Je suis toujours embourbée dans la seconde partie de mon «livre en cours». Pour la première partie du livre, des mois durant, j’écrivais, j’écrivais, les idées se bousculaient, j’avais à peine le temps de retranscrire tout ça. Les corrections, évidemment, cela n’a pas été aussi jouissif que d’écrire le premier jet avec cette crainte, en corrigeant, de perdre l’émotion initiale, de rationaliser, de banaliser, de sur-développer.
J’en arrive à me demander si j’ai raison de m’obstiner à écrire la seconde partie de ce livre. D’ajouter une seconde partie à ce récit serait plus exact. Car, au fond, la première partie était déjà un livre en soi.
Je crois qu’il y a plusieurs raisons à cette obstination.
➡️ D’abord, j’ai constaté que j’avais dérivé de mon sujet originel. Ma façon d’écrire, en laissant émerger l’imaginaire, m’y conduisait fatalement. Même si je faisais le point périodiquement pour ne pas me perdre. Un choix tout relatif que cette manière d’écrire, imputable à un handicap de créer, en amont, un story-board avec une construction narrative stricte où il n’y aurait plus ensuite qu’à remplir des cases.
➡️ Ensuite, le dernier chapitre de la première partie ouvrait une porte. Il y avait un point de bascule, matière à développement. Mais j’aurais pu m’en tenir là. La fin de la première partie, je l’avais déjà écrite depuis longtemps (j’en avais même écrit deux, une plus sombre que l’autre). Au passage, le problème d’écrire prématurément la fin est qu’on se bloque. L’avantage, c’est ce que l’on sait où l’on veut arriver.
➡️ Enfin, je crois que j’ai entamé cette seconde partie car je ne voulais pas quitter l’univers de mon livre. Pour quelqu’un qui ne n’aspirait autrefois qu’à écrire le mot Fin à un manuscrit, trop autobiographique, trop douloureux, impubliable (trop personnel)… Cette fois-ci, c’est le syndrome inverse : je voudrais poursuivre.
Et puis, je me suis tellement auto-suggestionnée à écrire pour moi, surtout pas pour plaire ou par crainte de déplaire que j’en arrive à redouter que ce tapuscrit ne devienne un livre pour moi, la transcription d’une réalité alternative (ce qui est, sans doute une des raisons pour lesquelles j’écris).
Et puis, la peur. J’écrivais pour échapper à la réalité, en paix devant mon ordi, et j’irais ensuite m’y confronter afin d’être publiée? Il ne faut pas sous-estimer la validation de soi (au delà de son travail) que signifie de voir son texte imprimé. Quand j’avais signé mon premier article pour un grand magazine, une fierté enfantine de lire mon nom imprimé en bas de page, m’avait envahie. Comme si j’étais passée d’une obscure solitude à la lumière de l’immeuble qui abritait la rédaction de ce journal, nommé désir. Je pourrais aussi écrire sur cette période, on peut écrire sur tout…
Le désir supérieur à la réalisation du désir.
Je crois que si l’idée de l’amour est plus forte que l’amour, le rêve que son livre soit publié, obéissant à la même logique interne, est plus fort que la publication du livre.
Et puis, le doute. De : comment ai-je fait pour écrire tout ça? À : c’est nul, immature. En passant par : oui, en corrigeant, ça pourrait aller. Corriger, encore… Je fais une petite digression sur un thème annexe qui expliquerait l’étonnement à se relire.
De l’inconscient à l’écran.
J’ai noté depuis longtemps qu’on écrivait différemment sur un cahier ou sur un écran. Quand on ne voit pas ou peu ce qu’on écrit (écrans), on est toujours étonné de lire ensuite ce qui
en résulte. Comme si l’on avait squeezé le conscient et libéré un flot inconscient de pensées, d’idées, de désirs. L’imaginaire aurait donc ses racines dans l’inconscient. Dans tous les cas, écrire, c’est s’autoriser tous les possibles. Quand on imprime, l’étonnement est encore plus flagrant.
Et puis, le fond : je sais que j’ai trop sentimentalité cette histoire que j’avais imaginée, avant de l’écrire, plutôt sombre. Je me suis laissé embarquer par les personnages, et, contre mon gré, la douceur s’est imposée. Le fond du problème serait-il le fond?
Pour revenir, en conclusion, à mes ressassements, je suis certaine que d’aucuns me conseilleraient de faire une pause. Evidemment, j’y ai songé mais je crains de perdre le fil de l’histoire. C’est une impasse. Mais, faute d’avoir confiance en moi, je suis opiniâtre.
Merci pour vos lectures. C’est un peu décousu, désolée, c’est à l’image du fil de mes réflexions.
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