➡️ Le diagnostic
J’ai passé en avril des jours à relire et relire la première partie de mon livre : 18 chapitres. J’avais fait depuis quelques temps un synopsis détaillé de mon livre que je complétais régulièrement, chemin faisant.
Cette lecture intensive me donnait vaguement une impression de tourner en rond. Que faire? J’aurais pu continuer comme ça encore un an à écrire et écrire…
J’ai essayé de prendre du recul, de faire une pause, puis, des soucis extérieurs m’ont éloignée durant quelques temps du livre. Finalement, cela s’est révélé, non pas une perte de temps à quitter mes travaux d’écriture (en craignant de perdre le fil) mais une période de réflexion interne non identifiée comme telle.
Donc, Il a fallu se rendre à l’évidence : les lieux et les situations changeaient mais les personnages n’évoluaient pas ou bien sous le coup d’un facteur extérieur, par exemple, une colère ou un départ précipité. Ensuite, il y avait, à chaque chapitre, une montée en intensité, un twist final. Et le chapitre suivant obéissant à la même mécanique, en conséquence, l’ensemble était sinusoïdal.
Je veux dire qu’il n’avait pas d’évolution interne. Comme si la psychologie des personnages était figée une bonne fois pour toutes. Je me servais de ces événements extérieurs pour faire bouger les personnages mais, eux, intérieurement, n’évoluaient pas.
Au fond, je le savais depuis longtemps, quand je relisais un chapitre après l’autre, j’avais une drôle d’impression de repartir à zéro à chaque étape. Tout cela est paradoxal car je donne la priorité à l’imaginaire. À croire que le mien tournait en boucle… Il a fallu rectifier, déléguer l’imaginaire aux personnages, s’effacer… Il a fallu (re)travailler autrement et au détriment du plaisir d’écrire spontanément, la fleur aux dents.
➡️ L’imaginaire
En laissant la priorité à l’imaginaire, voire à l’imagination, on court le risque que les personnages vous échappent, vivent leur vie, si l’on peut dire. Et on finit par perdre le fil.
Pourtant, je faisais régulièrement un point de situation pour suivre le tempo, voire redresser la barre. En vérité, je subissais, lucide, en m’illusionnant que cette lucidité était déjà une victoire. Un peu comme dans la vie : on a le diagnostic mais aucune idée de solution.
Au passage, laisser trop de liberté aux personnages est périlleux, on peut perdre de vue l’idée de départ, la diluer, chapitre après chapitre, dériver vers d’autres rives, un autre livre. Et c’est cela le plus grave. Cette idée de départ, celle qui avait conduit à débuter ce livre, où se cache-t-elle à présent?
➡️ Un autre livre
Le risque réel est de dériver vers un autre livre et c’est un peu ce qui m’est arrivé : j’ai trop sentimentalisé mon récit. J’ai glissé sur le terrain de la douceur. J’avais sans doute besoin de douceur, on met toujours trop de soi dans les personnages. Et cette impression que le livre m’échappait était davantage le fruit de ce que cela révélait de moi à moi-même que le leurre pratique que j’entretenais que les personnages m’avaient entraînée ailleurs…
D’où ce blocage ressassant pour la seconde partie du livre : comment trouver une cohérence, reprendre le contrôle de la situation et rester fidèle à l’idée de départ? Et, soit dit en passant, quel dommage de renoncer à se laisser porter par une histoire plus douce et hédoniste qu’au départ (où les rapports de force, nécessaires au récit, étaient en place.)
➡️ Ebauche de solution
J’ai alors fait un résumé de ce point de situation de 9 pages. Puis le résumé du résumé…
J’ai donc enfin mis le cap sur la seconde partie du livre, bien décidée à ne plus sentimentaliser ce récit. De la douceur égarée à la conscience de la situation, la solution s’est imposée, un peu frustrante, au début : durcir le ton en douceur, donner aux personnages des intentions plus réalistes, revoir l’évolution de la psychologie des personnages et aller crescendo, au fil des conflits, pas trop non plus. Ne pas tomber dans le schéma formaté, le climax aux deux tiers comme au théâtre. Un compromis.
ET la première partie du livre était à revoir AUSSI : elle gagnerait en intensité, en l’infléchissant, même légèrement, jusqu’à ce point bascule du dernier chapitre de la première partie, celui-là même qui avait déclenché l’alarme.
Pour la première fois, le personnage féminin disait NON (je n’ai pas eu à imaginer beaucoup la situation, compte tenu de mes difficultés dans la vie à dire NON). Il fallait emmener ce personnage à finir par refuser. Et non pas, soudain, elle refuse, cela tombe de nulle part mais interpelle le lecteur..
➡️ La recherche d’une cohérence narrative
Evidemment, restructurer a posteriori n’est la méthode idéale. C’est une méthode à l’envers. Certains chapitres n’ont plus leur place et prennent le chemin du purgatoire : la chemise en carton grise des textes dits en attente. Rien de grave.
Tout de même : Heureux les écrivains qui savent construire un plan strict en amont! Et je ne conseillerais à personne d’écrire des chapitres dans le désordre comme je le faisais (fais encore) sous l’emprise de la sacro-sainte inspiration.
➡️ La recherche d’une cohérence interne
Chaque chapitre devrait avoir la mémoire des événements qui précèdent. Dit comme ça, on me répondra : évidemment! Mais c’est plus subtil. Chaque personnage ne réagit pas de la même façon. Certains sont dans le déni, d’autres dans l’anxiété, d’autres encaissent, réagiront plus tard (ou pas) ou de manière non spectaculaire.
➡️ À l’origine
La genèse de ce livre, je me rends compte que je n’en ai jamais parlé tellement cela me semblait transparent d’autant que cela n’en intéressait pas grand monde. Je finis donc ce post par le début!
On sous-estime souvent le facteur extérieur qui fait prendre une direction déterminante dans la vie.
Un été à Paris. L’écriture d’une nouvelle. Un sujet que je porte en moi depuis un certain temps, et puis, la tentation de poursuivre et le temps pour le faire. Oublier l’été à Paris et le souvenir de cette saison qui fut longtemps, dans le sud, celle de l’indolence, de l’insouciance, À cause d’un été imparfait, j’en suis là, presque un an plus tard, ayant débuté ce projet en juillet.
➡️ Activités parallèles
CINÉMA
Comme chaque année fin avril, la question se pose : retourner ou pas au festival de Cannes? (cf. Post précédent). Une bulle hors du temps où l’on pense cinéma, planning des projections et comment trouver une place pour voir les films? Malgré cette fatigue annoncée, inhérente au festival, le cinéma nourrit mon imaginaire. Et si cela m’inspirait un chapitre se passant sur la Croisette?
Comment aller à Cannes en restant chez soi?
Depuis quelques années, les cinémas Pathé programment 10 films en compétition en simultané du WE de clôture du festival de Cannes : du 22 au 24 mai 2026.
Paris : Pathé Palace
Province : voir les salles sur l’appli Pathé.
4 films de Cannes sortiront en mai :
La Vénus électrique (Pierre Salvadori) : 13 mai
Auto-fiction (Pedro Almodovar) : 20 mai
Histoires parallèles (Asghar FARHADI) : 14 mai
L’Objet du délit (Agnès Jaoui) :
Voilà!
Merci d’avoir lu ma première Newsletter.
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Bon dimanche à tous.🍀
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