Au fil des corrections, j’ai l’impression que je n’y arriverai pas. Un sentiment que je connais bien (ne pas arriver à faire les choses). Que je n’arriverai à finir ce livre. Une version lisible. Pour aggraver la situation, quand je relis ces chapitres, je me dis deux choses paradoxales : comment ai-je pu écrire tout ça? Immédiatement suivi par : cette histoire est immature, c’est nul. Parfois : après tout, ce n’est si mal (les bons jours).
Quand je parle de corrections, il ne s’agit pas d’un manuscrit premier jet que je corrige. Non, j’ai écrit les chapitres un peu dans le désordre (cela doit correspondre au désordre de ma pensée). Et puis, à mi-parcours, j’ai suivi un atelier d’écriture et j’ai retenu notamment une chose : se laisser porter par l’imaginaire, c’est bien, mais, régulièrement, il faut faire le point : une sorte de synopsis de ce que l’on vient d’écrire. Et ce conseil : ne pas écrire la fin pour ne pas «se bloquer». Or, la fin, j’en avait déjà écrit deux… Un peu comme dans les bonus des DVD : une fin «officielle» et une fin alternative, en option, à lire ou pas.
Depuis, je m’astreins à reprendre l’ensemble, chapitre après chapitre, et, cela, dans un ordre cohérent. Mais je ne peux pas m’empêcher d’écrire et écrire encore… C’est tellement facile d’écrire sans perspective particulière que de se dire : oh, je trouverai bien un moyen d’intégrer ce chapitre dans mon projet de livre… Ainsi, malgré les avertissements (et auto-avertissements aussi), j’ai écrit une troisième fin… Et je l’ai archivée. Je ne m’en servirai pas mais je me suis fait plaisir.
À présent, il y a deux grosses chemises en carton, celle du livre, chapitre après chapitre, avec une cohérence (bien qu’à chaque relecture, correction, je perds en émotion, en spontanéité) et une autre chemise en carton gris avec toutes ces pages imparfaites mais tellement plus sympa. Et une troisième chemise en carton verte (la couleur de l’espérance…) mais plus petite avec ces fameux résumés ponctuels.
Et puis, l’humeur, entre rêve et réalité, quand la réalité reprend le dessus. Qu’il y a toutes ces choses assommantes à faire, ces mails, ces factures, ces messages, ces activités d’intendance, ranger, laver, etc.
Tant qu’à faire, autant sortir, fuir… Ce que j’ai fait hier, aller reprendre pied dans la réalité, superficielle, en vérité, mais communiquer, marcher, me reconnecter avec les humains, ceux qui n’écrivent pas mais vivent leur vie. Un écrivain que j’ai toujours admiré disait : «Vivre ou écrire», il faut choisir (Angelo Rinaldi). Pas si simple. Il faut alimenter son imaginaire, un minimum, pour ne pas tomber dans l’abstraction.
Donc, je m’y remets. Lire toutes ces pensées, ces remises en question, sur Substack, m’encourage à partager mes doutes. Les posts avec des méthodes clé en main pour écrire m’intéressent moins mais l’état d’esprit, ici, est bienveillant, on n’a plus l’habitude.
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