Je me demande si je ne suis pas un peu comme le narrateur de A La Recherche du temps perdu qui se trouvant à Paris, rêvait de Balbec (Cabourg) et quand il était enfin à Cabourg rêvait de rentrer à Paris. La référence est un peu pompeuse, de celle qui lit (lisait) de la grande littérature…
Aujourd’hui, je me vois bien partir écrire seule en regardant la mer (ce cliché, et pourtant)… Il se trouve que j’ai un bungalow près de la plage au sud de Bastia. Pas plutôt pensé ça que déjà ça m’angoisse, titillée par les questions matérielles obstruant le projet : il va faire terriblement humide, il me faudra acheter un chauffage d’appoint et quid de l’imprimante? Dois-je acheter encore une imprimante? Car j’ai besoin de lire ensuite sur papier pour corriger. Et mes rendez-vous (la plupart ne sont pas passionnants mais nécessaires)? D’ailleurs, quand ai-je vraiment le temps de partir?
Il suffit que je fixe une date et viennent noircir mon agenda d’autres rendez-vous, des projections en avant-première (que j’annule souvent in extremis, encore un truc qui me pèse, cette tentation d’annuler la veille, des événements qui, au fond, ne m’intéressent plus autant qu’autrefois. Pourquoi ai-je confirmé que j’irai hier à la soirée des Critic awards? D’autant qu’avec mon livre en cours, c’est l’année où le cinéma n’est plus la priorité et j’ai vu peu de films actuels. Pas osé dire non, vaste sujet).
Je fixe une date et je reporte, reporte encore. Pour me rassurer, j’appelle un ami : oui, je viendrai le 15 février sauf que le 15 février approche, je viendrai plutôt le 22 février après mon rendez-vous chez mon psy, qui me dira, au passage, si c’est une bonne idée. Sauf que je devais participer au troisième WE de mon atelier d’écriture (ça me tient à cœur, pour le coup) et on n’a pas encore la date.. Ça s’éloigne, ce devait être en mars… (à l’issue des deux WE, sous le coup de l’émotion que ce soit fini, qu’on écrive plus ensemble, les participants avaient avaient demandé à rempiler pour un troisième WE). Oh, ils ont vie bien remplie, je me dis, la plupart ont sans doute oublié ce projet quand moi, j’attends.
Tout compte fait, il me semble que je serais mieux en Normandie dans un lieu sans mémoire, sans passé ni passif. Bastia n’est pas un lieu neutre, c’est la ville de mon enfance, de mon adolescence où rodent trop de fantômes. Et je suis incapable de faire le deuil de la ville d’autrefois, des personnes aimées qui ne sont plus là. Ce «vous avez de la chance d’aller en Cors » (la carte postale), je l’ai tellement entendu.
Donc, je n’ai même pas pris mon billet d’avion, certaine, par expérience que je vais, encore et encore, changer de date. On arrivera à Pâques que je serais toujours plongée dans des velléités non exaucées de partir.
D’autant que le vrai problème, il me semble, c’est qu’on s’emmène avec soi, même au bout du monde. Je ne sous-estime pas le facteur environnement, on se sent mieux en écoutant la mer que les travaux dans la rue. Je pense à une autre lecture (ancienne) où le héros (anti-héros) du livre (A Rebours de Huysmans) a tellement préparé son voyage en Angleterre, des mois durant, qu’arrivé à la gare, il se rend compte qu’il a déjà mentalement fait ce voyage.
Il me semble que mon rêve serait de retourner au Brésil, dans les années 2000/2010, j’y suis allée tous les ans. Là aussi, je vais me confronter au monde d’hier et celui d’aujourd’hui. Il me suffirait de réserver «ailleurs», un hôtel dans le Nordeste, par exemple, ces lieux où je suis pas encore allée comme Recife, Fortaleza. Et je passe alors de qui viendra le chercher à l’aéroport? A : au fond, je le suis toujours débrouillée…
Fin de ces pensées du lundi. Au départ, je voulais publier un petit extrait de mon livre, et, puis, je me suis dit que ferais mieux de poursuivre mes corrections…
Merci de vos lectures, merci+ si vous êtes allée jusqu’au bout…
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