RSS Amplifier

CineManiac/Camille MM · Aug 9, 2026

Corsican Connection

0
Sign in to vote or save

CineManiac/Camille Marty-Musso · CineManiac/Camille Marty-Musso

Les corrections hors les murs, c’était le bon plan.

Je suis venue ici en vacances (ce qui peut paraître des vacances depuis l’extérieur) avec l’arrière-pensée, pour ne pas dire le projet, de fignoler les ultimes corrections de mon manuscrit.

Le livre est terminé depuis fin juin.

Août démarre. Que s’est-il donc passé en juillet hormis se transporter ici et là à la recherche d’une connexion pour mes corrections ?
Compte tenu des difficultés à installer la fibre sur cette île, m’est venue à l’idée de commander un kit Starlink. Comme dit mon voisin : si en Ukraine, ils y arrivent, pourquoi pas nous?

🐟 4 semaines plus tôt…

Après avoir eu enfin la copie papier du manuscrit, j’ai démarré ma relecture finale, noté mes corrections dans les marges, sur un carnet.

En juillet, mon intuition me disait de rester à Paris. Le nez sur mon ordi, je reportais sagement mes corrections du papier au dossier PDF. Cela prenait du temps et j’avais besoin de ce temps pour fignoler. Parfois, je demandais un conseil à Claude, qui m’avait remis en forme laborieusement tout ça pour l’impression finale. Mais Claude est anxieux et tatillon et j’ai laissé tomber.

Soudain, les conseils avisés : envoyer ce manuscrit fin juillet en pleine préparation de la rentrée littéraire? Les éditeurs la tête sous l’eau… Et ce délai non désiré me donnait le temps d’en perdre.

🐟 3 semaines plus tôt…

Je pars avec ce sentiment qu’aux corrections va se substituer la tristesse d’être ici à galérer au quotidien sous la carte postale.

Pour me faire un cadeau, je squeeze la ville de mon enfance, peuplée de fantômes, et je vais directement de l’aéroport de Poretta à Saint-Florent, de l’autre côté de la montagne, là où l’air est tellement plus léger. Pour une rare fois, je m’amuse. Cela vaut qu’on s’y arrête. Je sors dîner dehors tous les soirs. Des robes sages, je passe aux shorts, aux vêtements cool avec des colliers multicolores et des tongs rose bumble-gum. Je le dois à mon mari : si tu vas aux concerts de Nuits de Patrimonio, passe la semaine à Saint-Florent (à quelques brasses de là)…

🐟 2 semaines plus tôt

J’enlève mes bracelets et mes colliers en coquillage. Ici, ça n’a plus de sens. Démarre alors un de ces étés que je connais bien, volets fermés sous la clim, à essayer, sans Wi-Fi ni réseau 5G, de commander mon marché en ligne et réserver mon billet de retour à Paris. Un billet retour que je serai tentée de prendre aussitôt arrivée.

Le voisin m’apporte des pêches et des tomates. On essaye d’installer Starlink : premier échec. P, mon ex-mari, m’emmène à la plage et faire mon marché. MC m’invite à dîner : elle a fait des tourtes aux aubergines et des oignons. Et pour dessert du Pecurinu, mon fromage préféré, et des glaces de chez Raugi. Ici, on sort rarement. On invite chez soi. J’aime MC, son mari et sa fille. Depuis le jardin où nous dînons, je rentre dans leur maison, sous un prétexte quelconque, et la douceur de vivre d’autrefois m’enveloppe.

J’ai lancé tant de SOS contradictoires en arrivant (oui, je me débrouille) qu’à présent, tout se télescope. Le téléphone sonne et je n’ai plus le temps.

Tous les jours, le meilleur ami envoie un message : je viens quand? Et ce n’est jamais le moment. Au milieu de la semaine, il me demande : qu’est-ce que je peux faire pour toi? M’acheter un poulet à la rôtisserie près de chez toi. Mais je n’ai jamais fait de marché de ma vie…
Est-ce égoïste de préférer les porteurs de tomates et de pêches, les cuisiniers de tartes aux oignons et aux aubergines à l’art de la conversation?

Le nez sur le guidon, rien ne doit me faire renoncer. Cette période blanche est dangereuse. Et si on en restait là? Et si ce livre demeurait ce manuscrit à corriger qu’on retrouverait après un cyclone dans un tiroir? Avec mes clés de Paris et mon passeport?

🐟 Quelques jours plus tôt

Essai ultime avec ce putain de Starlink. J’attends mon voisin en fin d’après-midi.

Le meilleur ami me contacte ce matin par WhatsApp : je passe aujourd’hui? Je dois rentrer tôt pour dîner. Rien ne presse sauf Starlink, je réponds.

D’autant que j’ai fini par attraper froid entre clim glaciale à 19 degrés et 32 degrés dehors sous abri…

J’appelle mon mari : je me soigne avec quoi? Tu connais les produits. Et pour le séjour à la plage de la Marana? Et pour la réunion d’Aleria? Et pour le 15 août à Saint-Florent? Et pour mon retour à Paris? Et pour le festival américain à Deauville? Je fais quoi? J’ai omis l’essentiel : ce petit chat pas encore né, on l’adopte quand?

🐟 Hier

P vient me chercher. La pharmacie va fermer : on est ouvert depuis 8h, vous auriez pu venir avant! On va dîner sur le port chez Huguette.

Enfin, la paix, poisson et connexion...

J’achète mon billet de retour en ligne, demande mon accréditation presse pour Deauville, mes doigts courent sur le clavier du téléphone.
Devant le glacier à la mode, il y a une queue qui occupe la moitié du Vieux-Port. Je m’en étonne.
Les amis qui habitent à 350 m de «chez moi» (je tente en vain de squatter leur jardin pour me connecter) téléphonent : on t’attend depuis 3 jours! Ils gardent leurs petit-enfants. On n’a plus le même rythme.

Le festival Porto Latino, interrompu la veille pour cause d’effondrement du sol, a déménagé à la Citadelle, à deux pas ; la voiture, garée loin, P va la chercher. Je demeure le nez sur mon téléphone, indifférente à la cohue.

Au retour, sur la route, un SMS du restaurant : partis sans payer. On y retourne. Moins de monde chez le glacier? Je m’y assieds me détendre. Ça va fermer.

Arrivée «chez moi», je vais me relaxer sur la terrasse.

Enfin, une heure de tranquillité...

Une musique assourdissante de fin de fête arrosée monte depuis la ville, on y massacre Dalida et Aznavour.

🐟 Ce matin

Enfin une journée off…

Le meilleur ami téléphone par WhatsApp, ça ne passe pas.
Mon neveu téléphone : je suis arrivé au village…
Une créatrice de vêtements téléphone : vous avez regardé votre boîte aux lettres?
Les amis des 350 m téléphonent : tu viens à 17h?
Je téléphone à mon mari : sa mère va mal, sa voiture en panne.
Je téléphone à P : je n’irai pas m’installer dans le bungalow de la plage demain, je n’ai plus envie d’y aller.

La plage, c’était synonyme de vacances, on y allait tous les matins.

Je rappelle mon mari. Répondeur saturé.
Je n’ai plus envie que d’une chose : quitter la carte postale et rentrer à Paris finir les ultimes corrections de mon livre…

🐟 Ce soir

Je dîne chez les amis à 350 m. J’y suis allée tôt afin de mettre en ligne ma newsletter. J’ai connu MC en CP. On a célébré son mariage dans cette maison. Sur les photos, elle est blonde, j’ai les cheveux ultra-dégradés, et on sourit à l’objectif, à l’avenir, à tous les possibles. Ma tante est encore là en robe fleurie et mise en plis. Je n’aime pas trop son sac. Je songe : j’aurais dû lui dire de porter une pochette… Il règne ici un arrêt sur époque. Les arbres sur la terrasse, les meubles anciens, l’épaisseur des murs qui conserve la fraîcheur, le fumet des petits plats qu’on mitonne. Ici, un hier discrètement pondéré d’aujourd’hui.

Comment l’atmosphère est-elle si différente à 350 m de distance ? Même la vue sur le port est différente.

Aucun post

Read the original on camillemartymusso.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.