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La Newsletter de BODOI · Jun 16, 2026

BoDoï, la newsletter : Marjane forever

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Oui, ça fait longtemps, mais on est toujours là. Merci de votre patience !

En trois mots

Ou comment tenter de vous convaincre de lire un album en moins de temps qu'il ne faut pour dire "Mille milliards de mille sabords".
Par Maxime Gueugneau.

BLANCHE. Au commencement, il y a cette foutue feuille blanche. Après tout, Mandy Ord est autrice de BD, son travail est de nous raconter des choses extraordinaires, pense-t-elle. Mais ne viennent que la routine et l’anecdotique. Multipliant les petites histoires loin du spectaculaire attendu du 9e art, l’Australienne croit s’enfoncer dans l’inutile et l’inintéressant. Pourtant, par petites touches, le tableau prend forme : ce que nous raconte l’autrice du formidable Sur les toits est bien plus fort que n’importe quelle aventure, c’est la vie même.

NOIRE. Première traduction française d’un livre paru en 2011 de l’autre côté de la Terre, Créatures Sensibles offre déjà la substance du talent immense de cette artiste malheureusement méconnue dans cet hémisphère. Adepte du noir le plus profond, Mandy Ord dessine son existence comme on traverse un cauchemar. Son anxiété, les turpitudes d’un monde qu’on comprend de moins en moins et l’éternelle errance de cet âge de l’adolescence tardive insufflent à chacune de ses anecdotes des sensations d’universel.

GRISE. Descendante de Julie Doucet, Mandy Ord fait d’un dessin instinctif le véhicule d’une réflexion bien plus profonde. Là où elle pense ne rien raconter, c’est la réalité d’un monde qui se déploie sous nos yeux. Celle où le bien et le mal sont des notions dépassées, où la zone grise est celle dans laquelle chacun.e se démène tant bien que mal. Ce qui ne signifie pas que cela n’a aucune incidence. Nous sommes effectivement des Créatures sensibles, et cet album nous en offre une illustration implacable.

Créatures sensibles. De Mandy Ord. The Hoochie Coochie, 248 p., 23 €.


Marjane dort, Marjane d’or

Des larmes et une idée folle.
Par Benjamin Roure.

La disparition de Marjane Satrapi laisse un trou béant dans le monde de la bande dessinée, et même bien au-delà. Les nombreux témoignages d’auteurs et surtout d’autrices sur l’importance de son œuvre et de ses prises de position ont bien montré l’influence que la créatrice de Persepolis, Broderies et Poulet aux prunes a eue pour les générations suivantes. Comment lui rendre hommage désormais, comment continuer à crier tout ce qu’on lui doit, comment faire vivre son héritage ? Je me disais que le festival d’Angoulême nouvelle formule qui se prépare, sous la houlette de Céline Bagot et Marie Parisot, devait être en train de réfléchir à des nouveaux prix pour remplacer les Fauves nés sous l’ancienne direction. Et si on les appelait les Marjane ? Un Marjane d’or, ça ferait la double fierté du/de la lauréat(e), non ?


Le coin des enfants qui débordent d’émotions

Par Romain Gallissot.

Une île en forme de chaussure, d’étranges petites créatures… Bienvenue dans le monde des Minimachins, un univers sorti tout droit de l’imagination de Théo Grosjean et des crayons de Mallo. Albin Michel lance cette nouvelle collection de mini bandes dessinées avec 4 titres qui peuvent se lire indépendamment, mais se répondent assez subtilement.

Chaque opus est centré sur un personnage en particulier et explore une forêt d’émotions et de comportement sociaux comme la colère, l’amour, la tristesse, la paresse, l’empathie, la ruse ou la timidité. Orientés pour les tout jeunes lecteurs, ces ouvrages de petit format se prêteront aussi bien à un moment de lecture partagé entre un parent et son enfant, qu’une tentative de lecture en toute autonomie.

Les Minimachins. Par Théo Grosjean et Mallo. Albin Michel, 4 tomes disponibles, 32 p., 6,90 €.


Radar alternatif

Un regard perçant sur la bande dessinée indépendante et alternative.
Par Frédéric Hojlo.

Frédéric Coché est un sorcier. Chacun de ses ouvrages est un mystère, et Infini ne fait pas exception. Il faut en multiplier les lectures pour toucher ce qu’il en émane, ne serait-ce qu’un peu. Et ça tombe bien : ce livre est conçu pour être lisible presque dans tous les sens. Sens de lecture occidental ou japonais, de la première page vers le centre et inversement, de la dernière page vers le centre et réciproquement… Frédéric Coché invente le récit perpétuel, sinon totalement infini.

Ce dispositif n’est pas un artifice, ni même un exercice oubapien. Il fait écho aux thèmes suggérés par l’artiste, qu’il les frôle simplement ou y confronte le lecteur de plein fouet. Dans une approche à la fois mystique et cérébrale, il y interroge la Vie et la Mort, compagnes indissociables que personne ne peut ignorer, perpétuelles apories qui font notre condition. Les plus terre à terre le qualifieront d’hermétique, les autres inventeront leur propre herméneutique pour mieux goûter leur lecture.

La finesse et la rugosité de ses gravures à l’eau forte sont elles-mêmes des représentations du sort de tout être humain. Le voyage qu’il propose est avant tout sensoriel, et pourtant plein de références artistiques et métaphysiques. L’Antiquité et la Renaissance sont convoquées dans cette exploration aussi introspective qu’universelle. Mais ce ne sont là que des mots, qui ne peuvent qu’effleurer l’infini que nous désigne l’artiste. Car, décidément, Frédéric Coché est un sorcier.

∞ - Infini. Par Frédéric Coché, Éditions Frémok, 64 p., 24 €.


Le coin des enfants qui se grattent la tête

Par Maxime Gueugneau.

Non, les poux ne sont pas qu’un vecteur de folie furieuse. Ils ont aussi un cœur. Youri Roseau et Henriette Soleil nous rappellent cette vérité avec l’ultra-charmant Mais où est donc Mini-Boulon ? sorti chez Biscoto. Le topo : une famille composée de deux parents poux et de leurs 453 enfants dérive en pleine mer accrochée à une casquette. Éjecté du fragile navire, le jeune Mini-Boulon s’échoue sur une île et se retrouve sous la coupe de Gérard L’hermitte, un type du genre manipulateur. Le delta entre l’amour familial et le désir d’émancipation est ici finement comblé, avec beaucoup d’humour et un dessin qui lie habilement lisibilité et cartoonerie. Mieux, ni le grotesque, ni l’absurde, n’empêche l’intrigue d’être prenante et les émotions d’affleurer. Avez-vous jamais imaginé vous inquiéter pour un pou ? Ce sera le cas.

Mais où est donc Mini-Boulon ?. De Youri Roseau et Henriette Soleil. Biscoto Éditions, 80 p., 15 €.


Non merci

Une BD qu’on aurait mieux fait de ne pas lire.
Par Benjamin Roure.

Avec sa couverture délicatement ajourée, son design léger où on sent la bienveillante influence du trait paternel (Maïa Neel est la fille de Julien, le créateur de Lou!), et sa promesse de comédie fantastique sociétale, ce Spa-là donnait envie. Hélas, passé ses premières pages, l’expérience sensorielle tourne court.

On suit la jeune graphiste Marnie, qui se laisse convaincre par ses copines d’aller faire l’expérience d’un spa pas comme les autres, où on entre dans un caisson hermétique après avoir bu du kombucha et où, après avoir lâché un prout (si, si…), on est projeté dans un monde étonnant… Un monde où les rencontres et les mystères ont un goût de reviens-y : Marnie devient peu à peu addict au spa…

On voit bien l’idée de l’autrice pour sa première BD : brocarder les injonctions au bien-être, la dérive capitaliste du monde du soin, les manipulations masculines sur des femmes fragilisées… Le tout sous une forme de fiction surréaliste non dénuée d’humour. Hélas, là où, sur un thème et une cible proches, Lucie Albrecht faisait des miracles avec Le Complexe, Maïa Neel tourne en rond dans un scénario creux et sans ressort, ni vraiment drôle ni jamais inquiétant, et avec un dessin qui opte trop souvent pour des solutions graphiques prémâchées, tirées du manga ou de l’esthétique web. Une déception à vous faire passer le goût du kombucha.

Le Spa. Par Maïa Neel. La Ville brûle, 172 p., 23 €.


Le coin des enfants qui fêtent la musique

Par Romain Gallissot.

Un livre, ça se lit, ça se partage, ça s’écoute et ça se chaaaaaaaaante également ! Aurore Petit et Mathis, duo créatif sans pareil, proposent « Mes livres à chanter », une collection où ils revisitent les comptines et chansons enfantines avec une liberté assumée et un grain de folie revendiqué. Lapin caché dans le jardin, souris verte et bon roi Dagobert en font les frais et se retrouvent parodiés pour notre plus grand bonheur. QRcode à la clé, on peut bien évidemment écouter, pour de vrai, ces versions survitaminées, dans la droite lignée d’un Vincent Malone ou encore Steven Warring. Vivement les prochains tomes et, pourquoi pas, la tournée !

« Mes livres à chanter ». Par Aurore Petit et Mathis. Éditions La Doux, 26 p., tout carton, 11,95 €.


Par ici la sortie

La BD, ce n’est pas qu’en librairie.

Les Rendez-vous de la BD d’Amiens ne sont pas terminés ! Un dernier week-end est programmé, ces 20 et 21 juin. L’occasion de découvrir les très chouettes expositions dédiées à Emil Ferris et à Pénélope Bagieu, notamment.

Plus d’infos sur le site du festival.


À (re)lire sur le site


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