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La Newsletter de BODOI · Mar 24, 2026

BoDoï, la newsletter : Detroit, Helsinki, Bastia

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La Newsletter de BODOI · La Newsletter de BODOI

Ou comment tenter de vous convaincre de lire un album en moins de temps qu'il ne faut pour dire "Mille milliards de mille sabords".
Par Natacha Lefauconnier.

BISTOURI. Grâce à un concours, trois personnes vont voir exaucer leur vœu le plus cher, mais gratuitement : une opération de chirurgie esthétique réalisée par le célèbre Dr Nazer, au sein du Complexe, un centre à la technologie dernier cri planqué sur une île. Inès, une jeune fille persuadée qu’on l’aimera davantage avec un nez différent, Nadège, quadragénaire qui a peur de vieillir, et Toni, beau jeune homme rêvant d’un corps parfait, remportent le Grolot.

SOURIS. Enfin, ils vont pouvoir devenir « la personne qu’ils méritent d’être » ! Nez rectifié, paupières remontées, peau tirée, liftée, remodelée… De quoi retrouver le sourire. Bien sûr, il y a des règles à respecter dans ce centre très fréquenté, comme troquer ses affaires personnelles, téléphone inclus, contre un objet « lèvres » moulé sur celles de chaque client·e, qui permet de s’identifier et de payer ses achats en « moula », la monnaie du Complexe.

ASSERVIS. Hélas, tout n’est pas aussi rose que le décor (joliment contrasté avec un vert « blouse d’hôpital »). Lucie Albrecht dénonce dans cet album les dérives (lucratives) de la chirurgie esthétique lorsqu’elle exploite sans vergogne et sans accompagnement psychologique les complexes et le mal-être des gens, jusqu’à les rendre dépendants. Les réseaux sociaux sont aussi épinglés, avec leur propension à valoriser une beauté standardisée à coups de filtres et d’algorithmes. Un excellent outil de prévention, qui coûtera moins cher qu’une opération.

Le Complexe. Par Lucie Albrecht. Casterman, 208 p., 25 €.

Par Maxime Gueugneau.

La nouvelle échappée de Philippe Dupuy sur les voies impénétrables de la création artistique se fait, avec Sarcophage, pour la première fois aux éditions 2042. La maison strasbourgeoise sait, comme peu, adapter la matérialité du livre à son propos et faire de l’objet une trame narrative à part entière. Pour l’éminent transversaliste qu’est Philippe Dupuy, le pain était béni et l’occasion de faire sortir la couverture de sa platitude a fait le larron.

Ainsi, la couverture de Sarcophage est faite de deux éléments. Le premier est un carton épais, hachuré de lignes pouvant faire penser aux striures du bois et nimbé d’une encre dorée. Cette couche est évidée d’un losange en son centre, laissant apercevoir la page suivante qui indique le titre et le nom de l’auteur, ainsi que le personnage principal de l’histoire, Isis. Cette jeune fille au regard curieux se trouve comme enfermée par cet enchâssement que l’ouverture du livre viendra, peut-être, libérer.

Au-delà de l’efficacité visuelle indéniable de cette une au graphisme minimal et à la fabrication complexe, cette introduction contient déjà de nombreux fils que le livre viendra tirer. Sarcophage nous raconte la déambulation d’Isis au sein d’une arche construite par sa mère mourante et visant à sauvegarder au maximum une partie de l’histoire de l’art quand, tout autour, le monde brûle. Par ce hublot réellement palpable et à travers le regard de la jeune fille, nous entrons par effraction dans ce tombeau flottant d’une humanité qui s’achève. Alors, archéologues d’une époque future ou d’une planète lointaine, nous pénétrons un mausolée tout entier dédié à la création artistique et à sa transmission. Il ne reste qu’à fouiller ce coffre au trésor.

Sarcophage. Par Philippe Dupuy. Éditions 2042, 208 p., 32 €.

Oui, on mesure notre chance.

Avec le printemps reviennent les allergies, les chocolats de Pâques, et encore bien mieux, les chouettes festivals de BD. À commencer, dans le calendrier, par BD à Bastia, dont BoDoï est partenaire et dont nous vous donnerons un aperçu en images en fin de semaine.

C’est année, Bastia aura des reflets d’Helsinki, car la cité corse accueille la première étape d’une année de la BD finlandaise en France, avec de nombreuses artistes exposé.es. Elle aura aussi le parfum de Detroit, USA, théâtre du dernier album d’Elene Usdin, avec son fils Boni (Detroit Roma). La dessinatrice signe d’aileurs la superbe affiche de cette 33e édition.

Et comme on ne peut pas vous emporter dans nos valises, on vous offre quand même la possibilité de gagner un exemplaire signé de cette affiche ici.

Une BD qu’on aurait mieux fait de ne pas lire.
Par Benjamin Roure.

Sa mère la reine l’a baptisée Sauvage, car elle voulait une princesse “courageuse, forte et libre”. Voilà chose faite, avec une enfant puis une ado préférant monter à cheval et tirer à l’arc plutôt que de se pomponner. Censée se marier, elle rejette les prétendants old school et réussit à épouser le jeune et fringant Rodrigue, qu’elle aime sincèrement. Et là, tout dérape. Son destin comme le scénario.

Car c’est bien le scénario qui pêche ici, et pas tant le dessin de Rosalia Radosti, lumineux et énergique, malgré une tendance trop prononcée aux poses théâtrales (l’artiste vient de la scène, cela dit). En effet, d’abord, les princesses version bad ass, ça commence à sentir le réchauffé. Ensuite, les rebondissements sont soit absents soit ahurissants (la palme, c’est le départ du couple royal pour une mission diplomatique le jour même des noces de leur fille unique!). Enfin, le romantisme noir saveur gothique, avec le vilain mari maléfique et la sorcière des bois trop stylée, c’est un peu la cerise dégoulinante sur le gâteau aux clichés. Un album qui n’a, au final, de sauvage que le titre.

Sauvage. Par Rosalia Radosti. Ankama, 128 p., 19,95 €.

Où on vous reparle d’une série ou d’une œuvre qu’on ne lâche pas.
Par Mathilde Loire.

On avait aimé l'album précédent de Nicoz Balboa, Play with fire, autofiction érotique oscillant entre le rire et les doutes. L'auteur et illustrateur italien y retraçait son rapport à son identité de genre, et son cheminement intérieur dans un récit souvent cocasse, parfois absurde ou torturé. On retrouve cet esprit-là, et le dessin foisonnant, coloré et suggestif de Balboa dans Transformer, publiée trois ans après. L'auteur y poursuit son journal intime d'une transition de genre, et d'une vie gourmande en amour et en plaisir. S'il ne déroge pas à quelques passages pédagogiques, il ne s'embarrasse pas de didactisme. Les émotions sont au premier plan, pour raconter avec fantaisie, mélancolie et une grande vulnérabilité l'expérience trans, et l'euphorie qu'elle peut procurer quand on la laisse exister.

Transformer. Par Nicoz Balboa, Ici Même Éditions, 160 p., 25 €.

Focus sur un livre pour les jeunes lectrices et lecteurs.
Par Romain Gallissot.

L’adolescence est rarement un long fleuve tranquille, c’est une période où la quête de soi dépend très souvent de la validation de ses pairs. Dans Les Amitiés sauvages, la scénariste Mette Vedsø explore ce dilemme. Le jeune Lars se retrouve tiraillé entre d'un côté, les sollicitations de Josefine, la plus populaire de ses camarades, qu'il n'apprécie guère, et de l'autre, les après-midi joyeux qu'il passe chez son amie Joy et son grand frère Tof, autiste. Tout dérape lors d’un anniversaire, quand ces deux univers se rencontrent. Lars vit alors une expérience cruelle aux multiples rebondissements qui le dépasse rapidement.

Porté par la force narrative des images de Sofie Louise Dam, à mi-chemin entre bande dessinée et illustration, ce roman graphique offre un récit délicat et bouleversant. L'exclusion, le harcèlement, le poids du regard des autres, les mots qui blessent, l'effet de groupe, l'injustice : autant de thèmes difficiles traités ici avec justesse. Une lecture nécessaire, à tout âge, pour saisir la fragilité de nos liens sociaux.

Les Amitiés sauvages. Par Mette Vedsø et Sofie Louise Dam. La Doux, 144 p., 15,95 €.

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