Ceux qui regardent les feuilles ne comprennent jamais la forêt - j’habite … en forêt !
En toute fin de cette lettre, ne manquez surtout pas le texte consacré aux Gilets jaunes.
Fruit de longues discussions avec des Gilets jaunes de la première heure, de ceux qui ont vécu le mouvement de l’intérieur, depuis son surgissement jusqu’à son épuisement.
J’y propose une lecture qui ne plaira sans doute ni aux commentateurs habituels… ni à certains experts. Elle surprendra probablement beaucoup de monde. Elle me vaudra sans doute quelques nouveaux amis… et les mêmes ennemis qu’à chaque fois.
À eux aussi, j’adresse une amicale pensée.
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Extrait : « Car il existe des mots qui deviennent si chargés de passions qu’ils cessent d’être étudiés.
Ils ne servent plus à comprendre.
Ils servent à diviser.
Le mot « Khazar » est devenu l’un de ces mots.
Il en va d’ailleurs souvent de même avec les noms.
Certains noms cessent d’être des personnes. Ils deviennent des étiquettes. Des raccourcis. Des réflexes. Avant même qu’une phrase soit prononcée, chacun croit déjà savoir ce qu’il faut penser.
Faites une expérience.
Prononcez simplement un nom.
Le mien, par exemple.
Vous serez peut-être surpris.
Beaucoup n’ont jamais lu une seule ligne de mes livres, n’ont jamais assisté à une conférence, n’ont jamais échangé avec moi. Pourtant, ils pensent déjà savoir qui je suis.
Les mots comme les noms finissent alors par fonctionner comme des interrupteurs émotionnels.
Ils n’ouvrent plus une réflexion.
Ils déclenchent un réflexe.
C’est précisément à cet endroit que la pensée cesse… et que commence le conditionnement.
La semaine prochaine, nous tenterons de faire exactement l’inverse.
Nous suspendrons les réflexes.
Nous reviendrons aux textes.
Aux sources.
Aux faits.
Car la vérité ne commence presque jamais par une réponse.
Elle commence par le courage de rouvrir une question que tout le monde croit déjà résolue. »
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Mon cher Orion,
Te voilà devenu, presque malgré toi, l’un des personnages centraux de mes livres, de mes lettres et même de mes conférences.
Je souris parfois en y pensant.
Au départ, tu n’étais qu’une voix. Un compagnon de route. Une manière de dialoguer avec moi-même sans céder au piège du monologue. Et voilà que beaucoup de lecteurs me parlent de toi comme s’ils t’avaient rencontré.
Il faut croire que les archétypes finissent toujours par trouver leur chemin.
Nous sommes à cette période étrange de l’année où le monde semble ralentir.
Les valises remplacent les cartables.
Les plages remplacent les bureaux.
Les terrasses remplacent les salles de réunion.
On voudrait croire que les événements, eux aussi, prennent quelques semaines de vacances.
On ne veut plus entendre parler de Gaza.
Ni du Liban.
Ni des incendies de forêt.
Ni de l’Ukraine.
Ni des tensions autour de l’or, de l’argent ou du Bitcoin.
Ni de l’Afrique, qui continue de souffrir dans une indifférence presque totale.
Ni des bouleversements politiques en Amérique du Sud.
Ni de cette Chine qui poursuit, avec un calme presque déroutant, sa montée en puissance dans l’industrie, dans la recherche, dans l’intelligence artificielle, dans la robotique et dans la cybernétique.
Pendant que beaucoup regardent ailleurs, les robots apprennent désormais à combattre comme des champions de karaté ou de kung-fu. Ils dansent. Ils coopèrent. Ils développent entre eux des protocoles de communication qui échappent parfois à l’intuition de leurs concepteurs, tout en produisant des raisonnements d’une précision et d’une vitesse qui donnent le vertige.
Le monde continue d’avancer.
Même lorsque nous décidons de ne plus le regarder.
Et c’est précisément à cette époque de l’année que passent souvent les textes les plus structurants.
En France, plusieurs réformes majeures progressent dans une relative discrétion.
L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de quinze ans ouvre en réalité un débat bien plus vaste sur la vérification permanente de l’identité numérique.
La légalisation de l’euthanasie poursuit son chemin.
Les redéfinitions juridiques du racisme, de l’antisémitisme et des discours de haine continuent d’évoluer.
Et pendant ce temps, la guerre, elle, ne prend jamais de vacances.
Les frappes contre les infrastructures russes se poursuivent. Des installations logistiques majeures, des dépôts de carburant, des raffineries sont visés avec une précision croissante.
La patience de chacun est mise à rude épreuve.
Et tout laisse penser que le rythme des événements va encore s’accélérer.
Car derrière l’actualité quotidienne se joue une confrontation beaucoup plus vaste que celle que racontent les journaux télévisés.
Une immense puissance territoriale, relativement peu peuplée, fait face à un ensemble d’États dont la population cumulée est sans commune mesure. Des dizaines de pays, des alliances industrielles, financières, technologiques et militaires s’imbriquent progressivement dans une mécanique qui dépasse très largement les peuples eux-mêmes.
Orion…
J’ai le sentiment que nous approchons d’un moment où il faudra remonter bien plus loin que les événements des trois dernières années pour comprendre ce qui se joue.
Beaucoup plus loin.
Jusqu’aux racines historiques, religieuses et civilisationnelles de certains affrontements.
C’est précisément l’objet de ma prochaine lettre.
Nous parlerons des Khazars. Non pour alimenter des mythes ou des raccourcis, mais pour tenter de distinguer ce qui relève de l’histoire documentée, de la mémoire, des récits et des instrumentalisations contemporaines.
Car, une fois encore, notre époque confond trop souvent le bruit des polémiques avec le patient travail de la recherche.
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Voilà ce qu’il faut affronter lorsqu’on choisit de penser librement
Il est toujours fascinant d’observer ce que suscite un positionnement réellement clivant. Non pas parce qu’il provoque des désaccords – ceux-ci sont légitimes et même souhaitables –, mais parce qu’il attire parfois des comportements qui semblent avoir pour objectif principal non pas de discuter des idées, mais de dégrader une réputation.
L’exemple ci-dessous en est une illustration intéressante.
Le commentaire est extrêmement sévère. Pourtant, il ne contient pratiquement aucune critique du livre lui-même. Aucun chapitre n’est cité. Aucune idée n’est discutée. Aucune erreur n’est relevée. Aucun passage n’est mentionné. Le texte parle essentiellement… des autres commentaires et de leur supposée disparition.
On peut évidemment avoir détesté un ouvrage. Mais lorsqu’un livre compte plusieurs centaines de pages, il est étonnant de ne pas trouver la moindre référence à son contenu. Tout est formulé sous forme d’affirmations générales : « très très très mauvais », « complètement hors de propos », « aux antipodes de la vérité ». Rien n’est démontré.
Autre élément qui interpelle : il paraît peu probable, à la lecture de ce commentaire, que son auteur ait réellement lu l’ouvrage dans son ensemble. L’hypothèse d’un achat suivi d’un renvoi après un simple survol est parfaitement compatible avec ce type de texte. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse, mais elle expliquerait l’absence totale d’analyse malgré un jugement aussi catégorique.
Plus surprenant encore, en consultant son profil Amazon, on découvre qu’il ne comporte… qu’une seule évaluation. Une unique note. Celle concernant mon livre.
Chacun est libre de laisser un premier avis sur Amazon. Cela n’a évidemment rien d’anormal en soi. En revanche, il est assez singulier de voir quelqu’un dont l’unique activité consiste précisément à publier une critique particulièrement virulente, tout en écrivant comme s’il maîtrisait parfaitement les mécanismes des notations, de leur visibilité et même de leur supposée modération. Cette familiarité affichée avec le fonctionnement des avis contraste avec un historique réduit à une seule publication.
Je ne m’en plains pas. Au contraire.
Lorsque l’on choisit de défendre des positions qui dérangent, il faut accepter que ce type de commentaire fasse partie du paysage. La véritable question n’est pas de savoir si l’on sera critiqué. Elle est de savoir si ces critiques portent sur les idées ou si elles cherchent avant tout à produire un effet de réputation.
Pour ma part, je préfère mille fois un lecteur qui démonte une thèse, cite des passages et argumente, même durement, qu’un commentaire dont toute la force repose sur l’intensité des qualificatifs plutôt que sur l’analyse du texte. C’est dans cette différence que l’on reconnaît généralement une critique intellectuelle… et une tentative de disqualification.
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Voilà pourquoi, plus que jamais, je vous invite à lire mes lettres, à lire mes livres et, si vous estimez qu’ils méritent d’être connus, à les partager.
Il n’existe pas d’autre moyen de se forger une opinion véritable.
On me dira qu’un livre de plus de cinq cents pages demande du temps. C’est vrai. Lire exige un effort. Il faut accepter de ralentir, de réfléchir, parfois de revenir en arrière. Mais cet effort est infiniment moins coûteux que celui qui consiste à traverser le monde contemporain en se laissant emporter, chaque jour, par des dizaines d’heures de flux d’informations, de vidéos, de commentaires et d’émotions qui se succèdent sans jamais construire une vision d’ensemble.
Les flux vous font réagir.
Les livres vous apprennent à penser.
Les flux vous font passer d’une indignation à une autre.
Les livres permettent de relier les faits, les siècles, les idées et les civilisations.
Les flux vous maintiennent dans un présent perpétuel.
Les livres vous redonnent la profondeur du temps.
Toute ma vie, j’ai cherché à comprendre le monde avec les outils de la raison. Ma formation scientifique, mon parcours dans l’ingénierie, la finance, le conseil stratégique et la géopolitique témoignent d’une même exigence : partir des faits, les confronter, éliminer les hypothèses faibles et ne conserver que celles qui résistent à l’examen.
Mais il existe une règle que tout scientifique honnête connaît.
Lorsqu’une question résiste durablement à toutes les explications rationnelles disponibles, on ne renonce pas à la raison. On élargit le champ des hypothèses.
Or notre époque a fait exactement l’inverse.
Elle a décrété qu’un domaine entier de la pensée devait être exclu avant même d’être étudié : l’eschatologie.
Non pas comme une superstition, mais comme une grille de lecture élaborée depuis des millénaires pour penser le mal, la liberté, le pouvoir, la séduction, la chute des civilisations et le destin de l’homme.
Le paradoxe est immense.
Nous vivons dans une société qui se prétend rationnelle, mais qui refuse d’examiner l’une des traditions intellectuelles les plus anciennes de l’humanité.
Plus étonnant encore, même une partie du monde catholique semble avoir progressivement relégué ces questions à l’arrière-plan. Beaucoup ont le sentiment que la lutte spirituelle est devenue un sujet secondaire, alors qu’elle occupait autrefois une place beaucoup plus visible dans la vie liturgique et dans la prédication.
Je ne prétends imposer aucune conclusion. J’invite simplement à rouvrir des portes que notre époque s’est empressée de condamner. Car une civilisation qui interdit certaines questions avant même qu’elles soient posées cesse peu à peu de chercher la vérité ; elle se contente de protéger ses certitudes.
C’est précisément pour cela que j’écris. Non pour vous fournir des réponses toutes faites, mais pour vous inviter à reprendre le chemin de la réflexion, là où les flux ne proposent plus que des réactions.
Quitte à vous surprendre, il m’est aussi arrivé de tomber dans le piège inverse. Je lutte contre cela !
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Dans un monde où tout finit par être bradé, cette décision peut sembler paradoxale. Elle ne l’est pas.
J’augmente son prix précisément parce que le temps lui donne raison. Non pas au sens où chaque hypothèse serait devenue certitude, mais parce que la méthode employée continue de produire des analyses qui résistent à l’épreuve des événements. Depuis sa publication, je vois revenir, semaine après semaine, des phénomènes, des mécanismes et des logiques que j’avais tenté de décrire dans ce livre comme dans des centaines de lettres.
Je n’ai jamais voulu écrire un ouvrage prisonnier de l’actualité. J’ai essayé d’écrire un livre qui regarde notre époque à la lumière de la longue durée, de l’histoire des civilisations, de la philosophie, de la théologie, de la géopolitique et d’une culture aussi humaniste que possible.
Un livre construit ainsi ne vieillit pas de la même manière.
Il mûrit.
Comme un grand vin, il révèle parfois davantage sa structure quelques années après sa naissance que le jour de sa publication.
Il est une autre raison à cette décision.
Vous n’imaginez pas combien d’idées, de formulations et parfois de raisonnements entiers issus de mes travaux sont repris ailleurs sans jamais être cités. Au début, cela me blessait. Aujourd’hui, cela ne me fait presque plus rien. Je n’ai ni le temps ni l’énergie de consacrer ma vie à poursuivre ceux qui vivent de ce pillage permanent.
D’ailleurs, la plupart ne cherchent même plus à produire une pensée originale. Ils attendent que d’autres travaillent, puis ils découpent, simplifient, dramatisent, emballent le tout dans les codes de l’algorithme et présentent cela comme une découverte.
C’est ce que j’appelle la mafia des marchands du Temple de la dissidence algorithmique.
Ils se présentent comme des résistants alors qu’ils reproduisent souvent les mécanismes qu’ils dénoncent. Ils prétendent combattre les oligarchies de l’information tout en cherchant à bâtir les leurs. Ils vivent de l’attention, cultivent les réflexes émotionnels, fabriquent des clans, des fidélités, des campagnes coordonnées.
J’aime les appeler les Robin des Bois inversés.
Ils ne prennent pas aux puissants pour donner aux faibles.
Ils prennent l’attention, le temps, la confiance et parfois même le travail des plus fragiles ou des plus discrets pour tenter d’acquérir ce qui leur manque : la notoriété, l’influence et, demain peut-être, le pouvoir.
Ils se critiquent souvent entre eux. Ils se jalousent. Ils se concurrencent. Pourtant, lorsqu’il s’agit de donner l’illusion d’un consensus ou de renforcer leur crédibilité mutuelle, ils savent parfaitement coopérer. Cette solidarité de circonstance est moins une communauté de pensée qu’une convergence d’intérêts.
Au fond, cela rappelle un mécanisme politique bien connu : des acteurs qui ne partagent pas nécessairement les mêmes convictions peuvent néanmoins s’unir autour d’un objectif commun lorsqu’ils estiment que cette alliance sert leurs intérêts. Ce n’est pas l’unité des idées qui les rassemble, mais l’utilité de l’alliance. C’est un phénomène que l’histoire politique a souvent montré, sous des formes très diverses.
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Et puisque j’ai commencé cette lettre en évoquant un commentaire Amazon, je vais poursuivre sur ce sujet.
Je vous invite simplement à faire une expérience.
Allez lire les évaluations de mes livres sur Amazon.
Lisez les commentaires sous mes vidéos YouTube.
Lisez les réactions à mes lettres sur Substack.
Puis comparez.
Vous remarquerez quelque chose d’assez particulier.
La plupart des commentaires sont longs. Ils développent une idée. Ils discutent une hypothèse. Ils contestent parfois un raisonnement, mais ils prennent le temps d’argumenter. Ils sont souvent plus riches que les textes eux-mêmes tant les lecteurs apportent leurs connaissances, leurs lectures, leurs objections ou leurs témoignages.
Je pourrais également évoquer les centaines de lettres que je reçois chaque mois, ou les discussions qui suivent les conférences. Ceux qui y assistent le savent : les échanges durent souvent aussi longtemps que les interventions elles-mêmes.
Je n’ai jamais cherché à réunir une armée de fans.
Je préfère mille lecteurs exigeants à cent mille admirateurs qui applaudissent avant même d’avoir réfléchi.
C’est une différence fondamentale.
Aujourd’hui, beaucoup de productions éditoriales sont conçues comme des produits de communication. Elles sont lancées à grand renfort de relais, d’influenceurs, de vidéos croisées, de promotions simultanées et d’effets de mode. Pendant quelques semaines, tout le monde en parle. Chacun répète les mêmes phrases. Les mêmes extraits circulent. Les mêmes recommandations se répondent. On fabrique un événement davantage qu’une œuvre.
Puis l’actualité passe.
Et le livre disparaît avec elle.
Les livres qui demeurent sont rarement ceux qui ont fait le plus de bruit lors de leur sortie.
Ce sont ceux que l’on continue d’ouvrir plusieurs années plus tard.
C’est cette catégorie-là qui m’intéresse.
Je ne cherche pas à séduire le public le plus large.
J’essaie d’intéresser le public le plus exigeant.
Celui qui est capable de me contredire.
Celui qui connaît parfois infiniment mieux que moi certains domaines.
J’ai la chance d’échanger avec des théologiens, des historiens, des physiciens, des ingénieurs, des militaires, des médecins, des philosophes, des juristes, des spécialistes de l’intelligence artificielle, de mécanique quantique, de psychologie, de sociologie ou encore de liturgie.
Très souvent, ils en savent davantage que moi sur leur discipline.
Et c’est précisément ce qui m’intéresse.
Lorsque mon savoir est insuffisant, je ne cherche pas à masquer mes lacunes.
Je travaille.
Je lis.
Je voyage.
Je rencontre.
J’écoute.
Je confronte les points de vue.
Je passe parfois des heures à discuter avec une seule personne parce qu’elle détient une pièce du puzzle que je n’avais pas.
C’est probablement la raison pour laquelle je suis capable de parler cinq, six ou parfois sept heures sans notes devant un public qui reste présent jusqu’au bout. Non parce que je détiendrais une vérité, mais parce que j’essaie de construire une vision cohérente du monde, en reliant des domaines qui dialoguent rarement entre eux.
Alors oui, comparez.
Mais comparez en profondeur.
Ne comparez pas les slogans.
Comparez les raisonnements.
Ne comparez pas le bruit.
Comparez ce qui demeure lorsque le bruit s’est éteint.
Et si notre époque vous a fait perdre le goût de cet effort intellectuel, retrouvez-le.
Lisez.
Lisez les textes.
Lisez les livres.
Et surtout, parlez-en autour de vous.
Car une civilisation ne se relève jamais grâce aux slogans.
Elle se relève lorsque des femmes et des hommes recommencent à penser ensemble.
Ne pas manquer la prochaine lettre de la Table Rouge … ici (mais après avoir lu cette lettre !)
L’égrégore du binôme Macron pourrait …
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La Mère
Mon fils,
Ne cours jamais après les événements.
Les événements sont des feuilles.
Elles bruissent.
Elles tombent.
Elles sont remplacées par d’autres.
Si tu veux comprendre un arbre, ne regarde pas ses feuilles.
Regarde ses racines.
Notre époque adore commenter les conséquences.
Elle déteste interroger les causes.
Elle change les mots.
Elle change les lois.
Elle change les drapeaux.
Mais elle refuse presque toujours de regarder les mécanismes qui produisent ces changements.
On préfère condamner ou applaudir.
On réfléchit beaucoup moins.
Les peuples ne meurent jamais d’un événement.
Ils meurent lorsqu’ils cessent de distinguer les causes des symptômes.
Souviens-toi de cela.
Ce n’est jamais la dernière vague qui fait couler le navire.
C’est la lente infiltration de l’eau dans la coque.
Colombo
Madame…
Vous venez encore de donner la réponse sans poser la question.
Vous dites qu’il faut regarder les racines.
Très bien.
Alors remontons jusqu’aux racines.
Pas seulement celles des États.
Pas seulement celles des religions.
Pas seulement celles des banques.
Pas seulement celles des guerres.
Remontons jusqu’aux logiques qui traversent les siècles.
Les noms changent.
Les empires disparaissent.
Les peuples se mélangent.
Mais certaines méthodes, elles, semblent survivre à tout.
C’est précisément ce que j’aimerais examiner avec vous.
Sans passion.
Sans haine.
Sans complaisance.
Simplement avec les outils de l’histoire.
Car le mot « khazar » est aujourd’hui employé à toutes les sauces.
Parfois sérieusement.
Souvent n’importe comment.
Je crois qu’il est temps de revenir aux textes, aux sources et aux faits.
Le Pèlerin
Orion…
Je t’avais promis que nous parlerions aujourd’hui des Khazars.
Je pensais sincèrement y parvenir.
Mais certaines lettres s’écrivent toutes seules.
Et d’autres résistent.
J’ai préféré prendre le temps.
Parce qu’un sujet qui traverse plus de mille ans ne mérite ni slogans ni raccourcis.
⸻
Orion
Tu sais…
Je ne suis pas déçu.
Je préfère attendre une semaine de plus…
…plutôt que de lire une lettre écrite trop vite.
Les sujets qui traversent mille ans méritent bien quelques jours de patience.
Finalement…
Les vacances ne sont peut-être pas faites pour oublier le monde.
Elles sont peut-être faites pour retrouver le temps de le comprendre.
La Mère
Mon fils…
Ne crains jamais ceux qui t’empêchent de parler.
Crains plutôt le jour où plus personne ne voudra encore écouter.
Une civilisation ne meurt pas lorsqu’elle oublie ses réponses.
Elle meurt lorsqu’elle cesse de poser les bonnes questions.
Comprendre le monde n’est pas seulement un exercice intellectuel.
C’est une discipline de l’âme.
Celui qui ne cherche que des informations finit par ne plus voir le réel.
Celui qui cherche la vérité accepte d’être dérangé.
La semaine prochaine, vous quitterez l’écume des jours.
Vous remonterez le fleuve.
Très loin.
Là où certaines idées naissent.
Là où certaines civilisations changent le destin des peuples.
Là où l’Histoire cesse d’être une succession de dates pour redevenir une lutte entre des visions du monde.
Mais souviens-toi toujours de ceci.
Les feuilles attirent le regard.
Les racines décident de la vie de l’arbre.
Les événements sont les feuilles.
Les civilisations sont les racines.
Et celui qui ne regarde que les feuilles ne comprendra jamais pourquoi la forêt change.
Le Pèlerin
Alors rendez-vous la semaine prochaine.
Nous essaierons de comprendre ce que recouvre réellement cette fameuse « logique khazarienne » : ce qui appartient à l’histoire, ce qui relève des mythes, ce qui est instrumentalisé aujourd’hui et ce qui mérite, enfin, d’être étudié avec rigueur.
Si vous souhaitez recevoir cette prochaine lettre, ainsi que l’ensemble de mes analyses, c’est peut-être le moment de profiter de l’offre d’abonnement actuellement proposée.
Les flux continueront à courir derrière les feuilles.
Pour ma part, je vous propose que nous descendions ensemble vers les racines.
À la semaine prochaine.
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Une dernière demande. Une dernière prière.
N’hésitez jamais à commenter mes lettres.
N’hésitez jamais à me contredire.
N’hésitez jamais à me corriger lorsque vous pensez que je me trompe.
Mais essayez toujours d’être constructifs.
Derrière chacune de ces lettres, il n’y a pas une rédaction, un studio, une agence de communication ou une équipe de marketing.
Il y a un homme.
Un homme qui lit, cherche, voyage, doute, écrit, réécrit, rencontre, écoute et travaille parfois jusqu’à l’épuisement.
Oui, il m’arrive de ne plus réussir à tout faire.
Oui, il m’arrive de craquer.
Non parce que ce travail serait un commerce.
Mais précisément parce qu’il est devenu une vocation.
Faites alors la différence entre ceux qui s’épuisent pour essayer de servir leurs lecteurs… et ceux qui ont fait de leur public un modèle économique.
Les premiers cherchent la vérité, même lorsqu’elle les conduit à perdre du temps, de l’argent ou de la popularité.
Les seconds cherchent avant tout votre attention.
Ils vivent de statistiques.
De taux de clic.
De courbes d’audience.
De l’économie de l’émotion.
Ils savent mesurer votre fatigue, vos peurs, vos colères, vos enthousiasmes et même le moment où une polémique cesse d’être rentable.
Ils ne servent plus la vérité.
Ils pilotent l’attention.
Autour d’eux gravitent des spécialistes du référencement, des communicants, des stratèges de l’algorithme, parfois même des professionnels dont le métier consiste à faire disparaître des traces, à réécrire des récits ou à fabriquer des réputations.
Je ne leur en veux pas.
Je refuse simplement de leur ressembler.
Alors, si vous pensez que ce travail mérite d’exister, aidez-moi à le faire vivre.
Partagez une lettre.
Offrez un livre.
Parlez-en autour de vous.
Commentez lorsque vous avez quelque chose à apporter.
Et, si vous en avez la possibilité, soutenez financièrement cette aventure.
Car, au fond, une œuvre ne vit jamais seulement grâce à celui qui l’écrit.
Elle vit grâce à ceux qui décident qu’elle mérite d’être transmise.
C’est peut-être cela, finalement, la plus belle manière de résister aux flux : redevenir des passeurs plutôt que de simples consommateurs.
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La Table Rouge ne dévoile pas un complot. Elle révèle une convergence.
Et pour conclure
Ma réponse à ce commentaire
Merci de me donner l’occasion de m’exprimer, pour la nième fois, sur ces sujets — et merci aussi pour ton message et pour ta franchise.
Je comprends parfaitement que certains de mes textes puissent dérouter. Je ne cherche pourtant ni à empiler des mots, ni à juxtaposer des références pour produire un effet. J’essaie au contraire de relier des événements, des rapports de force, des traditions et des symboles qui nous sont presque toujours présentés séparément, comme s’ils appartenaient à des mondes étanches.
Or je crois précisément que notre époque ne peut plus être comprise par morceaux.
Il faut regarder ensemble la géopolitique, l’économie, la guerre, les civilisations, la technique, les religions, les mythes, les effondrements intérieurs et les espérances humaines. Non parce que tout se vaudrait ou se confondrait, mais parce que tout agit simultanément sur nous.
Sur l’Iran, permet-moi donc d’être très clair : penses-tu vraiment que je crois au ramassis de sottises répétant que « l’Iran a gagné » et que tout serait désormais joué ? Évidemment non.
Même une puissance aussi considérable que la Russie rencontre d’immenses difficultés à soutenir dans la durée une confrontation face à l’ensemble du dispositif occidental : puissance financière, technologique, militaire, médiatique, diplomatique et capacités de renseignement. Alors l’Iran… Il est évidemment permis de douter de la durée pendant laquelle ce régime pourra résister.
Il est sans doute déjà profondément infiltré. Ses adversaires le connaissent, l’observent et le travaillent depuis des décennies. Ils disposent de relais, de renseignements, de moyens économiques, psychologiques et clandestins considérables. Peut-être les metteurs en scène n’attendent-ils plus que le moment parfait pour dire : maintenant.
Nous avons déjà vu de telles mécaniques en Yougoslavie, en Libye, en Syrie et, de manière parfois moins brutale mais tout aussi réelle, aux quatre coins du monde. On isole un pays, on fragilise ses institutions, on travaille ses divisions, on délégitime son pouvoir, on provoque ou accompagne des ruptures, puis on présente l’effondrement comme une fatalité naturelle ou comme le résultat exclusif des fautes de ceux que l’on vient d’abattre.
Cela ne signifie pas que les régimes concernés sont innocents, admirables ou éternels. Cela signifie simplement que l’histoire ne se réduit jamais au récit moral simplifié du vainqueur.
Lorsque j’ai parlé des « cinq fantastiques », je n’ai jamais annoncé une victoire définitive ni décrit un ordre mondial acquis pour l’éternité. Je décrivais un potentiel, une convergence possible, une fenêtre historique, peut-être même un espoir : celui de voir émerger un monde moins unipolaire, dans lequel plusieurs puissances pourraient se contenir mutuellement.
Tout ce que j’ai écrit alors était fondé sur des faits, des capacités, des accords, des complémentarités et des évolutions observables. Mais un potentiel n’est pas une destinée. Une possibilité n’est pas une promesse.
Et surtout, lorsque nous identifions une dynamique, ceux qui veulent l’empêcher l’identifient eux aussi. Ils ne restent évidemment pas les bras croisés. Ils divisent les partenaires, infiltrent les institutions, provoquent les contradictions, accentuent les faiblesses, imposent des sanctions, organisent des ruptures, ouvrent des fronts secondaires et choisissent le moment le plus favorable pour frapper.
C’est précisément cela, la stratégie : empêcher l’adversaire de transformer son potentiel en puissance réelle.
Une analyse stratégique sérieuse ne peut donc pas être une prophétie figée. Elle décrit une situation à un moment donné, puis elle doit évoluer lorsque les acteurs agissent et que les faits changent. Dans le cas contraire, ce n’est plus une analyse : c’est un dogme.
Il est évidemment possible que je me trompe. Je n’ai jamais prétendu détenir une vérité absolue. Mon seul objectif est d’essayer de comprendre un monde devenu extraordinairement complexe, en acceptant le risque de l’erreur plutôt que le confort des certitudes toutes faites.
Je préfère modifier une hypothèse lorsqu’elle est démentie par les faits plutôt que de la défendre éternellement pour sauver ma réputation. C’est la différence entre une pensée vivante et un discours militant.
Quant à ce que tu appelles la « vague des temps apocalyptiques », je ne méprise pas cette intuition. Il existe incontestablement dans notre époque quelque chose qui relève du dévoilement — et c’est d’ailleurs le sens premier du mot apocalypse : non pas seulement la destruction, mais la révélation de ce qui était caché.
Nous voyons tomber les masques. Nous découvrons la fragilité des institutions, la brutalité des empires, la puissance des techniques de contrôle, la faiblesse des hommes et l’extraordinaire facilité avec laquelle des peuples entiers peuvent être conduits par la peur, la distraction ou le mensonge.
Parler d’eschatologie ne signifie pas annoncer chaque matin la fin du monde. Cela consiste à se demander vers quoi nous allons, ce qui se termine, ce qui demeure, et ce que nous sommes appelés à devenir lorsque les structures auxquelles nous avions confié notre sécurité commencent à vaciller.
C’est dans cette perspective que j’évoque saint Jacques, le Christ, Marie, les anges, mais aussi parfois Odin ou des figures issues de traditions plus anciennes.
Je ne les place évidemment pas sur le même plan spirituel ou théologique. Le Christ n’est pas pour moi un archétype parmi d’autres, et Marie n’est pas interchangeable avec une déesse ancienne. Mais les mythes, les traditions, les pèlerinages et les grandes figures symboliques constituent autant de langages par lesquels les civilisations ont tenté de penser l’épreuve, le sacrifice, la fidélité, la mort, la transmission et le salut.
Saint Jacques est le chemin, le dépouillement, la marche qui oblige à abandonner les illusions.
Odin porte la figure de celui qui consent à perdre un œil afin d’accéder à une autre forme de connaissance ; il appartient à un monde mythologique qui n’est pas celui de ma foi, mais dont certains symboles continuent à parler à l’imaginaire européen.
Marie est l’accueil, la fidélité silencieuse, la présence au pied de la Croix lorsque presque tous les autres ont disparu.
Et le Christ est la Croix elle-même, le scandale absolu d’une puissance qui se révèle dans le don, d’une victoire qui passe par l’apparente défaite et d’une résurrection qui interdit de croire que la mort possède le dernier mot.
C’est cette somme, cette mise en relation, qui m’intéresse. Non pas la confusion, mais la résonance. Non pas le syncrétisme, mais la recherche de ce que les différentes strates de notre civilisation peuvent encore nous apprendre sur l’homme confronté au chaos.
Je ne sais pas si je suis « submergé par la vague ». J’essaie plutôt de ne pas faire semblant de ne pas la voir. Et je refuse de séparer artificiellement le mouvement des armées, l’effondrement des régimes, les transformations technologiques et la détresse spirituelle qui traverse nos sociétés.
Peut-être me trompé-je parfois. Sans doute même. Mais je préfère chercher, relier, douter, corriger et continuer plutôt que de réciter les certitudes du moment.
Merci enfin pour tes mots. Que les anges me viennent en aide, certainement. Mais qu’ils nous viennent en aide à tous, car nous en avons probablement besoin bien davantage que nous ne l’imaginons.
Le livre Fiat Veritas, Pereat Mundus
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Si cette lettre vous a accompagné jusqu’ici, alors vous avez peut-être compris que son véritable sujet n’était ni la guerre, ni les réseaux sociaux, ni les Khazars, ni même les livres. Son véritable sujet était la mémoire. La mémoire d’un homme. La mémoire d’un peuple. La mémoire d’une civilisation.
Car les civilisations ne meurent presque jamais d’un seul événement. Elles meurent lorsque plus personne ne sait pourquoi elles existent. Lorsque les bibliothèques deviennent des décors. Lorsque les œuvres deviennent des placements. Lorsque les maisons ne transmettent plus que des mètres carrés. Lorsque les objets ne racontent plus aucune histoire. Lorsque les enfants héritent d’un patrimoine sans recevoir la mémoire qui lui donnait un sens.
Nous croyons vivre dans une époque obsédée par la mémoire. Nous n’avons jamais autant photographié. Jamais autant filmé. Jamais autant archivé. Et pourtant, jamais l’oubli n’a progressé avec une telle vitesse. Parce que la mémoire ne consiste pas à accumuler des données. Elle consiste à transmettre une âme.
Depuis plusieurs années, un livre grandit lentement en moi. Je ne l’écris pas contre le temps. Je l’écris contre l’oubli.
Il ne sera pas seulement un livre consacré à la mémoire. Il sera une méditation sur tout ce qui continue de vivre lorsque les hommes disparaissent. Sur les maisons qui changent de propriétaires sans perdre leur âme. Sur les tableaux qui traversent les siècles. Sur les bibliothèques dispersées qui continuent pourtant à parler. Sur les chemins de pèlerinage. Sur les paysages. Sur les prières. Sur les gestes. Sur les mots. Sur tout ce qui refuse silencieusement de mourir.
Car je crois qu’une civilisation ne commence pas à disparaître lorsque ses monuments tombent. Elle commence à disparaître lorsque plus personne ne se sent responsable de transmettre ce qu’il a reçu.
Son titre est déjà connu.
CONTRA OBLIVIONEM – RESURGAT MEMORIA.
Contre l’oubli. Que la mémoire se relève.
Ce ne sera probablement pas mon livre le plus facile. Je crois même qu’il sera le plus intime. Et peut-être le plus important. Parce qu’au fond, il ne parlera ni de moi, ni de notre époque. Il parlera de cette chaîne invisible qui relie les morts aux vivants, les maîtres à leurs disciples, les parents à leurs enfants, les bâtisseurs à ceux qui habiteront demain leurs maisons. Il parlera de notre responsabilité devant ceux qui nous ont précédés. Et devant ceux qui viendront après nous.
Si Dieu le permet, il paraîtra à l’automne, en septembre ou en octobre, selon le rythme des précommandes qui permettront de financer son impression. Car un livre comme celui-ci ne peut naître qu’avec des lecteurs qui acceptent de devenir eux-mêmes des passeurs.
On achète parfois un livre pour le lire. On précommande parfois un livre pour qu’il existe. La différence est immense. Car certains livres commencent le jour où ils sont imprimés. Les plus rares commencent le jour où quelqu’un décide qu’ils méritent déjà d’être transmis avant même d’être nés.
Et si ce livre voit le jour, je souhaite qu’il ne vous appartienne jamais vraiment. J’espère qu’un jour, usé par les lectures, annoté dans les marges, taché par le temps, il quittera votre bibliothèque pour entrer dans celle de vos enfants, de vos petits-enfants ou d’un inconnu qui poursuivra, sans même vous connaître, cette longue conversation que les siècles appellent tout simplement… la civilisation.
Si Dieu le permet, il paraîtra prochainement (septembre ou octobre selon les précommandes !).
Les lecteurs qui souhaitent l’accompagner dès aujourd’hui peuvent d’ores et déjà le précommander.
Car certains livres ne commencent pas le jour de leur publication.
Ils commencent le jour où leurs premiers lecteurs décident de les attendre.
Contact : Bertrand@55Bellechasse.com
La Table Rouge ne dévoile pas un complot. Elle révèle une convergence.
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Il m’arrive souvent qu’un lecteur m’écrive :
« Vous devriez écouter cette vidéo. Cet intervenant est extrêmement intelligent. »
Je vais parfois l’écouter. (ne ratez pas en toute fin de lettre mon texte sur les gilets jaunes)
Et il est vrai que j’y rencontre souvent des femmes et des hommes brillants, capables de manier des concepts complexes, des mots savants et des raisonnements remarquablement construits.
Le problème n’est pas leur intelligence. Le problème est qu’ils regardent souvent le monde par une seule fenêtre.
Comme beaucoup de spécialistes, ils explorent admirablement un fragment de la réalité… mais finissent parfois par oublier que ce fragment n’est pas le monde.
Ils deviennent alors des experts d’une pièce de la maison sans jamais visiter les autres.
Cela me fait penser à une vieille fable.
Un vers de terre consulte un immense spécialiste.
Après plusieurs heures d’entretien, celui-ci lui annonce gravement :
— Vous êtes malheureux parce que, dans le fond, vous rêvez d’être un oiseau.
Le vers de terre baisse la tête.
Il reconnaît que c’est probablement vrai.
Il paie cinq mille euros.
Puis il rentre chez lui.
Mais que lui reste-t-il ?
Une frustration de plus.
Car il sait désormais ce qu’il désire…
…sans avoir le moindre moyen de le devenir.
Il est toujours vers de terre.
Simplement plus pauvre.
Et souvent plus triste.
Notre époque produit beaucoup de connaissances.
Elle produit moins de sagesse.
Elle explique admirablement les frustrations.
Elle apprend beaucoup moins à les transformer.
C’est là que commencent les marchands du Temple.
Non parce qu’ils seraient tous mal intentionnés.
Mais parce qu’ils découvrent qu’il est possible de vivre très confortablement de problèmes qui ne seront jamais résolus.
Comme l’industrie du luxe vend chaque saison un nouveau désir, certains vendent chaque semaine une nouvelle indignation, une nouvelle théorie, une nouvelle révélation, une nouvelle peur ou une nouvelle explication.
Il faut que le flux continue.
Car si le lecteur retrouve enfin la paix, il cesse de consommer.
S’il comprend réellement, il devient libre.
Et un homme libre est un mauvais client.
Je ne critique donc pas les intellectuels.
Je leur dois beaucoup.
Je critique une économie de l’attention qui transforme parfois le savoir lui-même en produit de consommation.
À force d’accumuler des explications, des analyses et des révélations, beaucoup finissent par connaître davantage de choses…
…mais par agir de moins en moins.
Ils deviennent plus émus.
Plus indignés.
Plus fatigués.
Rarement plus libres.
C’est précisément pour cette raison que j’essaie d’écrire autrement. Je ne cherche pas à vous rendre dépendants de mes analyses. J’essaie de vous donner des outils pour que, demain, vous puissiez penser sans moi.
Car le rôle d’un livre n’est pas d’occuper votre esprit.
Il est de vous rendre suffisamment libre pour qu’un jour vous puissiez le refermer… et continuer seul votre chemin.
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Lien cagnotte appel / procès Brigitte
Dans la lettre à rejoindre ici, d’un clic
Je parle des prophéties… et de celui qui est peut-être en train de devenir la nouvelle rock star de la politique mondiale. Ici, cette idée agacera sans doute beaucoup. Ailleurs, elle fascinera. C’est peut-être ainsi que se forment les grands égrégores : ils ne demandent pas d’abord l’adhésion de tous. Il leur suffit d’agréger, peu à peu, l’attention, la fascination et les émotions. Le reste vient souvent de lui-même.
Vous verrez … c’est TERRIFIANT !
L’égrégore du binôme Macron pourrait …
Les écrivains vivent de leurs lecteurs. Si vous souhaitez me dire merci, faites vivre mes livres : lisez-les, offrez-les, parlez-en autour de vous, suggérez-les à votre libraire, offrez un abonnement à La Table Rouge, organisez une conférence, soutenez mon travail par un don… ou adressez-moi simplement quelques mots. Dans un monde saturé de bruit, chaque lecteur fidèle est déjà une immense victoire.
Annexe — Preuve par l’exemple
La fable du jardinier et du vieux chêne
Un homme traversait chaque matin un immense jardin.
Au centre se dressait un vieux chêne. Son tronc était immense. Ses branches donnaient de l’ombre à tous ceux qui passaient. Des oiseaux y faisaient leur nid. Des voyageurs s’y reposaient. Des enfants jouaient sous ses feuilles.
Pourtant, chaque jour, quelques passants gravaient des injures sur son écorce.
D’autres arrachaient quelques branches.
D’autres encore riaient.
— Ce vieil arbre est laid.
— Il est inutile.
— Il prend trop de place.
Le jardinier, lui, continuait de l’arroser.
Un voyageur lui demanda un jour :
— Pourquoi prends-tu autant de peine ? Regarde tous ces gens qui l’abîment. Tu n’empêcheras jamais les imbéciles de graver leur nom sur son tronc.
Le jardinier répondit :
— Je ne travaille pas pour eux.
— Alors pour qui ?
Le vieil homme désigna un petit garçon qui jouait un peu plus loin.
— Pour lui.
— Mais il ne fait rien.
— Justement.
Il ne sait pas encore que cet arbre le protégera un jour du soleil.
Il ne sait pas encore que ses enfants joueront ici.
Il ne sait pas encore que ce chêne sera peut-être le seul être vivant plus âgé que toute sa famille.
Le voyageur resta silencieux.
Puis il demanda :
— Mais que peuvent faire les autres ?
Le jardinier sourit.
— Beaucoup se contentent de penser : « Moi, je sais que cet arbre est beau. Cela suffit. »
Ils oublient une chose.
Les arbres ne meurent presque jamais parce que quelques hommes les insultent.
Ils meurent lorsque ceux qui les aiment passent leur chemin sans rien dire.
Le silence des amis nourrit parfois davantage les bûcherons que leurs propres haches.
Alors, lorsqu’un arbre mérite d’être défendu, il ne suffit pas de l’admirer.
Il faut aussi empêcher qu’on le fasse passer pour un arbre mort.
Il faut raconter pourquoi il donne de l’ombre.
Pourquoi ses racines tiennent la terre.
Pourquoi il mérite d’être transmis.
Car un jour viendra où ceux qui auront connu sa fraîcheur auront disparu.
Il ne restera que ceux qui auront pris la peine d’en parler.
Je crois qu’il en va ainsi des livres.
Et peut-être aussi… des hommes.
Si cette lettre vous a touché, ne la gardez pas pour vous seul.
Partagez-la.
Non pour me rendre service.
Mais parce que les œuvres, comme les vieux chênes, ne traversent les générations que lorsque quelques jardiniers décident qu’elles méritent d’être protégées.
C’est sans doute pour cette raison que je continue d’écrire des livres plutôt que des produits éditoriaux.
Un produit cherche son succès au moment de sa sortie.
Une œuvre accepte d’attendre son lecteur.
Si mes livres méritent un jour d’être transmis, ce ne sera donc pas parce qu’ils auront été beaucoup vendus. Ce sera parce que quelques lecteurs auront estimé qu’ils valaient la peine d’être relus, annotés, prêtés, offerts et conservés sur une étagère où, peut-être, un enfant ou un petit-enfant les ouvrira un jour à son tour.
Pour un auteur, il n’existe probablement pas de mécénat plus beau que celui-là.
Le livre Fiat Veritas, Pereat Mundus & In Aeternum Sine Pacto
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Quand les experts viennent expliquer au peuple ce qu’il voulait dire

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