Extrait : « Il arrive un moment où des juges, des journalistes, des lanceurs d’alerte, des chercheurs, des citoyens obstinés et parfois quelques dirigeants honnêtes décident que la frontière a été franchie. »
Ne ratez surtout pas l’épilogue de cette lettre !
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Liminaire
Il existe des drames qui bouleversent une vie.
Des femmes qui n’osent jamais dénoncer un viol.
Des familles qui renoncent à demander des comptes après une faute médicale.
Des personnes âgées dépouillées de leurs économies.
Des artisans ruinés par un donneur d’ordre.
Des salariés humiliés qui finissent par croire qu’ils n’ont aucun droit.
Des abus de confiance qui ne seront jamais poursuivis.
Ces blessures-là sont immenses.
Et elles méritent toute notre attention.
Mais il existe aussi des histoires infiniment plus ordinaires.
Un colis perdu.
Une plateforme inaccessible.
Un contrat incompréhensible.
Une procédure interminable.
Un service client qui ne répond plus.
À première vue, ces affaires paraissent dérisoires.
Elles ne le sont pas.
Car elles révèlent souvent quelque chose de beaucoup plus profond.
Elles sont les symptômes d’une civilisation où l’épuisement est devenu un modèle économique, où l’on compte moins sur la qualité des services que sur la certitude que, tôt ou tard, la plupart des victimes renonceront.
Chaque affaire semble insignifiante.
Ensemble, elles dessinent une transformation silencieuse de nos sociétés.
On nous répète que tout cela relève d’incidents isolés.
Je crois exactement l’inverse.
Je crois que ces incidents sont les pierres d’un même édifice.
Et qu’à force de les accepter, nous finissons par accepter le monde qui les produit.
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Cette lettre ne parle donc pas seulement d’un colis.
Elle ne parle pas davantage d’une entreprise.
Elle parle de cette frontière presque invisible où une succession de petites résignations finit par fabriquer une grande servitude.
Car une civilisation ne s’effondre pas toujours sous les coups d’un ennemi.
Elle peut aussi se dissoudre dans l’habitude d’abandonner.
Je n’écris pas ces lignes parce que je crois pouvoir changer le monde.
Je les écris parce qu’il existe un moment où celui qui comprend ne peut plus prétendre qu’il ne savait pas.
À partir de cet instant, il lui reste un choix.
Continuer à détourner le regard.
Ou accepter de porter, à son échelle, une part du combat.
Non parce que son histoire est la plus grave.
Mais parce qu’elle ressemble à des milliers d’autres.
Et que, derrière ces milliers, se cachent peut-être demain des millions d’autres encore.
Nous n’avons pas toujours le pouvoir d’empêcher les injustices.
En revanche, nous avons presque toujours celui de refuser qu’elles deviennent normales.
C’est de cela que parle cette lettre.
Comprendre.
Relier.
Et peut-être, lorsqu’il le faut, décider d’agir.
Car il est une chose plus lourde encore que l’échec.
C’est le jour où nous découvrons que nous avions vu venir la pente… et que nous avons malgré tout choisi de laisser faire.
Ne pas manquer la prochaine lettre de la Table Rouge … ici (mais après avoir lu cette lettre !)
L’égrégore du binôme Macron pourrait …
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Bertrand Scholler | 55Bellechasse Media s’abonner gratuitement en 2 clics
Avant d’aller plus loin, permettez-moi une demande.
Cette lettre ne parle pas seulement d’un transporteur, d’une plateforme ou d’un litige. Elle parle de mécanismes qui traversent désormais presque tous les domaines de notre existence. Nous y sommes tous confrontés, parfois sans même nous en rendre compte : comme consommateurs, salariés, artisans, entrepreneurs, auteurs ou simples citoyens.
Certains y laisseront quelques dizaines d’euros. D’autres des années de leur vie. D’autres encore leur confiance, leur liberté de penser ou leur capacité à dire non. Nous avons tous vu des hommes et des femmes remettre leur argent, leur temps, leur intelligence ou leur espérance entre les mains de faux sauveurs, de gourous, d’influenceurs ou d’organisations qui prospèrent précisément sur les dépendances qu’elles entretiennent.
Je ne prétends pas détenir la vérité. Je ne me présente certainement pas comme un saint. Je m’efforce simplement, chaque jour, de demeurer libre, de n’être tenu par personne et d’agir, autant que possible, avec droiture et dignité.
Si cette démarche vous semble utile, alors je vous demande une chose : lisez cette lettre jusqu’au bout. Puis, si elle vous paraît juste, faites-la circuler. Nous ne pouvons pas combattre ce que nous refusons de regarder.
Et si vous n’aimez pas lire de longs textes, sachez que les outils d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de les écouter avec une qualité remarquable. Beaucoup de lecteurs le font désormais lors d’un trajet, d’une promenade ou d’un moment de calme.
Enfin, merci.
Chaque lecture, chaque partage, chaque abonnement, chaque livre acheté me donne un peu plus de temps et un peu plus de force pour poursuivre ce travail. J’essaie simplement d’être, lorsque les circonstances l’exigent, l’un de ceux qui acceptent d’entrer dans l’arène afin que d’autres n’aient pas toujours à le faire seuls.
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