Un peu malgré moi, cette newsletter est en train de se transformer en newsletter de recommandations ! Après un livre et un documentaire, c’est d’une exposition dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
Si vous êtes à Paris d’ici au 2 février, je vous recommande vivement de faire un (dé)tour par l’hôtel de Soubise, siège des Archives nationales, dans le Marais. Ce musée - assez méconnu, il me semble - propose en ce moment une passionnante exposition gratuite sur le thème “faux et faussaires”.
En remontant l’histoire des “fake news” et en s’appuyant sur une centaine de pièces - le faux à l’origine de l’affaire Dreyfus, une sirène empaillée, un des crânes de cristal qui ont contribué à la légende d’lndiana Jones, etc. - les organisateurs développent un parti pris hautement d’actualité : “parler du faux stimule l’esprit critique”.
À l’exposition en elle-même, s’ajoutent en outre plusieurs installations artistiques qui interrogent notre rapport à l’authenticité, à la vérité et au “vrai”.
La plus marquante : l’œuvre “Truchement” de Tami Nozani. Composée de 100 photos illustrant la présence des femmes dans l’histoire, elle ne contient en fait que 6 véritables photos d’archive. Le reste ? Des visuels générés par l’IA* ! Charge aux visiteurs de les repérer.
Certains “faux” sont facilement identifiables (une femme qui marche sur l’eau, des ombres qui ne correspondent pas, des bras mal positionnés, des mains étranges, etc.) mais dans la plupart des cas, il est très difficile d’être catégorique, alors même que l’esprit des visiteurs est mis en alerte.
Ce constat est d’autant plus alarmant que depuis le lancement de l’exposition, mi-octobre, les modèles de génération d’images ont encore fortement progressé, notamment avec le lancement par Google de l’impressionnant modèle Nano Banana Pro (intégré à son assistant Gemini). Une offensive à laquelle Open AI vient de répondre par une nouvelle version de ChatGPT Image.
Les résultats obtenus avec ces modèles sont aujourd’hui bien loin des premières expériences de génération d’images avec Dall-e ou Midjourney, il y a de cela à peine quelques années ! Et les choses vont continuer à progresser.
C’est simple : on se doit désormais de considérer toute image et toute vidéo, même des plus réalistes, avec suspicion. Un changement de paradigme dont on a du mal à envisager l’ampleur, alors que dans nos sociétés, l’image fait aujourd’hui office de preuve absolue.
Comme je le relevais l’an dernier avec le concept du “dividende du menteur”, qui est décrit par l’entrepreneur Sean Gourley comme “le bénéfice que tirent les acteurs malveillants de la suspicion généralisée qui entoure désormais le monde de l’information”.
Car dans tout ça, ce sont "les menteurs [qui] en sortent vainqueurs, puisque dans un environnement où la méfiance est de mise, toute critique peut être balayée d’un revers de main.”
La seule réponse, ce serait justement, comme le propose cette exposition, de développer l’esprit critique de tout un chacun. Plus facile à dire qu’à faire, malheureusement.
Benoit Zante
*À l’origine, des visiteurs ont été invités à décrire les photos originales par leurs propres mots. Leurs descriptions ont ensuite été transmises à une IA (dont le nom n’est pas précisé) pour créer de nouvelles images.

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