Dans les années 2010, je me souviens avoir observé le “boom” des applis dans le sillage de la démocratisation de l’iPhone, de l’iPad et de l’écosystème Android (et surtout des appstores associés).
Tout à coup, tout le monde avait un concept d’application en tête. Quelques “success stories” alimentaient la machine à rêve (Instagram, Whatsapp, Angry Birds, ou encore Summly, vendue par un développeur de 17 ans à Yahoo pour 30 millions de dollars). L’idée qu’une seule personne ou une très petite équipe pouvait toucher des millions d’utilisateurs (et engranger au passage des millions, voire milliards de dollars) semblait enfin accessible.
Mais les barrières à l’entrée restaient quand même fortes. Le développement (et la maintenance) d’une application n’était finalement pas si facile. Le faire découvrir non plus. Beaucoup de projets d’app se sont donc arrêtés là.
Avec la vague du “vibe-coding”, j’ai l’impression qu’on assiste aujourd’hui à un mouvement similaire de démocratisation, mais avec la même difficulté de passage à l’échelle.
Aujourd’hui, les outils comme Claude, Cursor, Bolt, Lovable, Emergent, Replit et bien d’autres abaissent à nouveau les barrières à l’entrée. Avec ces services, il est possible de générer des prototypes fonctionnels ou des applications complètes en quelques heures. Résultat : la création d’applications, d’interfaces et d’outils est (presque) devenue accessible à tous, que ce soit pour des usages perso, ou pro. La seule limite serait l’imagination et la créativité (c’est du moins ce que promettent tous ces outils).
La nouveauté par rapport à l’époque du smartphone, c’est que ce phénomène touche aussi l’entreprise, souvent sous la forme de ce que l’on appelle le “Shadow AI” : on voit ainsi des directeurs marketing qui automatisent leur reporting ou qui construisent leurs propres outils de veille, des opérationnels qui fabriquent des mini-apps internes sans passer par la DSI, etc. Mais la démarche, si elle a parfois été encouragée, est en train d’être reprise en main, en raison des risques de sécurité, et surtout des coûts…
Et même si la barrière à l’entrée est (en partie) levée pour ce qui concerne les aspects techniques, comme avec les applis des années 2010, il reste tout de même beaucoup de questions à résoudre : que ce soit du côté de la distribution, de la découvrabilité, de la montée en charge…
La plupart de ces outils et services “vibe-codés” resteront donc mono-utilisateurs, même si on verra peut-être émerger l’équivalent d’un Instagram ou d’un Angry Birds de l’ère IA… À suivre donc !
Benoit Zante
PS. Si ça vous intéresse d’aller plus loin sur l’aspect “btob” de ce mouvement, j’ai justement accompagné ce printemps les équipes du cabinet Converteo dans la rédaction d’une première mouture de leur “AI Product Playbook” : un document évolutif qui se penche sur l’essor des “produits IA” en entreprise et de tout ce que cela implique.

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