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TLDR par Benoit Zante · Jun 9, 2026

Sortir des algorithmes

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Benoit Zante · TLDR par Benoit Zante

“Leave your algorithm behind” : c’était l’un des ‘motto’ de la version londonienne du festival SXSW la semaine dernière, qui s’affichait sur les murs de Shoreditch, où avait lieu l’événement.

L’idée était sûrement avant tout d’inviter les participants à lâcher leurs smartphones et leurs “feeds” pour “vivre l’instant” et se connecter avec les autres festivaliers. Mais ce mot d'ordre résonnait aussi particulièrement avec la programmation des conférences.

Comme à Austin, le concept de l’événement repose sur la “convergence” entre des secteurs qui ne se mélangent pas forcément spontanément (la tech, le marketing, la politique, la culture…), dans un format associant conférences, expositions, concerts, projections de séries, documentaires et films (y compris en réalité virtuelle), à l’échelle d’une ville (ici en l’occurrence d’un quartier, East London/Shoreditch).

Tout ça dans un certain ‘chaos’ que l’on pourrait qualifier de ‘créatif’, avec des files d’attente avant d’entrer dans chaque salle, une dispersion de l’événement dans une multitude de lieux souvent labyrinthiques, des consignes pas très claires sur les accès auxquels donnent droit les différents badges…

Du côté des “talks”, il était donc beaucoup question des algorithmes. Parfois pour les défendre (par exemple, la créatrice de contenus voyage Carrie Patsalis décrivait les algorithmes des plateformes sociales comme "un grand frère qui vous donne parfois une claque" mais qui, au fond, "est là pour vous aider"), mais bien plus souvent pour les dénoncer.

Ainsi, lors d’une table-ronde consacrée à la “manosphère” (terme qui désigne tout l’écosystème des influenceurs masculinistes), le journaliste d’investigation Matt Shea, le Youtuber Max Klymenko (connu pour son show The Career Ladder) et le maire de Londres, Sadiq Khan, s’accordaient sur un diagnostic commun : les algorithmes des grandes plateformes amplifient systématiquement les contenus négatifs, anxiogènes et clivants.

“Ces entreprises ont monétisé la négativité. Elles ont monétisé le poison”, expliquait Sadiq Khan. D’où un appel à une régulation bien plus stricte des plateformes. Mais pas seulement : la mairie de Londres a développé une approche proactive qui consiste à investir dans des contre-récits positifs, à sensibiliser les parents et à aller là où se trouvent les jeunes - y compris, donc, sur les plateformes sociales. C’est un sujet que j’ai détaillé pour Socialrama.

Comme en réponse à cette prise de position, Rose Wang, la COO de Bluesky, présentait une vision radicalement différente de ce que pourrait être le réseau social de demain. Avec 44 millions d’utilisateurs en deux ans, la plateforme incarne une promesse simple : la possibilité pour chacun de posséder son identité numérique, son espace, et surtout de choisir (ou de construire) ses propres algorithmes de curation, grâce à un protocole ouvert. Reste maintenant à convaincre une audience bien plus massive et à trouver un modèle économique soutenable, en dehors de la publicité…

Dans le même esprit, le groupe média américain Caliber présentait son application d’actualité Sayso, pensée comme un antidote au “doomscrolling”. Le principe : un fil d’actualité fini (6 à 10 contenus par jour maximum) alimenté par des créateurs vérifiés, invités à assurer la transparence de leurs sources.

“Vous pouvez choisir votre algorithme. Si vous avez tout lu et que vous sentez mieux informé, fermez l’appli. On ne cherche pas à capturer votre temps, on cherche à le mériter”, expliquait Cydney Adams, responsable produit de l’application.

Mais c’est peut-être la thérapeute de couple Esther Perel qui a incarné le mieux le message du festival. Elle était interviewée sur scène par le médecin et podcasteur Rangan Chatterjee devant une salle comble, pour parler de la nouvelle édition de son livre “Mating in Captivity”, vingt ans après sa première parution.

En 2006, sa question était “Le désir peut-il survivre au mariage, aux enfants, à la vie domestique ?” En 2026, c’est plutôt : “Le désir peut-il survivre à nos vies technologiques sans friction et à nos existences désincarnées ?”

Rangan Chatterjee a notamment évoqué le mariage arrangé de ses parents indiens : son père, installé en Grande-Bretagne, avait pris deux semaines de congé, pris l'avion pour l'Inde et rencontré sa future femme à l’arrivée, avant de l’épouser le lendemain. Et leur couple avait fonctionné. “Tes grands-parents étaient meilleurs que l’algorithme !” en a conclu Esther Perel, sans pour autant éprouver la moindre nostalgie pour les mariages arrangés du passé.

Car la vraie cible de sa critique, c’est le “dating” contemporain, intermédié par des algorithmes de matching. Plus largement, c’est le principe même d’une vie “sans friction” qu’elle remet en question : alors que les technologies sont pensées pour supprimer tout obstacle, tout inconnu, toute aspérité, on optimise et on maximise, mais on s’ennuie profondément.

Sa conclusion ? Faites très attention à ne pas remplacer le rituel par le virtuel, l’IRL par l’URL. Nous sommes des créatures incarnées. Les émotions sont des expériences incarnées. Si vous ne pouvez pas toucher quelqu’un, sentir sa présence, essuyer une larme, vous ne vivez pas la connexion.”

Benoit Zante

PS. Un autre sujet évoqué à SXSW que j’ai développé pour Socialrama : le modèle du comédien britannique Fin Taylor, qui compte 40 000+ abonnés payants à son podcast humoristique “Fin vs. History”.

Read the original on benoitzante.substack.com

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