Bonjour,
Et bienvenue dans le numéro 27 de mon exploration de l’événement parfait.
Plutôt que de le chercher, j’ai décidé de le créer. C’est une immersion dans ma tête pour des événements qui font agir et réagir les équipes.
C’est le 2ème épisode de ma série Si j’étais le directeur des événements internes de…
Je parle d’un événement que j’aurais voulu concevoir. Je prends une entreprise. Je décortique son ADN. Et je propose un concept qui crée de l’impact. Pour montrer que l’événement parfait commence toujours par la même chose : une tension que personne n’a encore nommée. Là, c’est l’équipe Innovation et R&D de Decathlon !
Bienvenue dans ma tête de concepteur-rédacteur d’événements à la recherche de l’événement parfait…
La fois précédente, on entrait dans l’envers du Loto pour les 50 ans. Cette semaine, j’ai imaginé le séminaire annuel des équipes R&D de Decathlon.
Et j’ai voulu m’attaquer à un mythe d’apparence très simple.
La R&D chez Decathlon Pour le grand public, Decathlon, c’est l’évidence. La tente qui se jette en l’air et se monte en deux secondes. Le masque de snorkeling pour respirer sous l’eau naturellement. Le filet de ping-pong qui s’accroche sur n’importe quelle table. C’est le sport accessible, facile, malin. Le côté “sans effort”.
Mais la tension est là : pour que l’usage soit aussi enfantin, la conception doit être une guerre. Derrière chaque bouton-pression qui tient, il y a une ingénierie de pointe, des machines de torsion infernales, et surtout, des centaines d’échecs cuisants. L’innovation, ce n’est pas l’étincelle de génie. C’est la résilience face à ce qui casse.
PS : Si cette newsletter vous plait, n’hésitez pas à la partager autour de vous.
Le mantra de l’événement tient en une phrase :
“Pour que le sport de nos clients soit facile, notre quotidien doit être extrême.”
En d’autres mots :
NOS PLUS BELLES CASSES ou l’éloge du crash
L’idée, c’est de renverser le dogme de l’entreprise.
Je ne célèbre pas l’innovation qui réussit, je sacralise l’itération qui échoue.
C’est l’échec (des milliers de tests) poussé à sa limite qui garantit la fiabilité finale.
Pour ce séminaire, je supprime la plénière classique, les chaises alignées et les slides de présentation.
Je crée un rendez-vous, bâti sur le volontariat absolu.
Les équipes décident de venir parce qu’elles savent qu’elles vont vivre une expérience physique, immersive, qui touche à la chair de leur métier. Un équilibre parfait entre le quotient intellectuel (la data, la biomécanique) et le quotient émotionnel (la frustration de l’échec, la fierté de l’acharnement).
Je commence par un teaser physique.
Chaque participant reçoit une petite boîte bleue sur son bureau. À l’intérieur : un morceau de carbone net, brisé en deux.
Ou un bout de toile de tente déchirée.
Et un carton d’invitation rigide : L’échec n°402 a permis la réussite de Sophie au trail. Le 14 octobre, venez célébrer nos plus belles casses. Rendez-vous au Laboratoire.
On est chez Décathlon. En priorité, je proposerai le B’TWIN Village, à Lille.
Un ancien aéroport devenu usine de tabac, puis lieu de sport, de mobilité, de conception et d’usage.
Ou bien le Tripostal, à Lille. Parce que c’est une grande installation culturelle. Ca donne une version plus exposition. Ca permettrait d’ouvrir la scéno du séminaire au grand public.
L’idée, c’est de quitter la salle de réunion aseptisée pour plonger dans le réel. Un immense entrepôt industriel brut. Des bruits métalliques résonnent au loin.
Et je crée un seuil avec des comédiens. Ce ne sont pas des hôtes ou hôtesses d’accueil. Ce sont des “Crash-Testeurs”. Ils portent des blouses de laboratoire usées, des lunettes de protection sur le front. Ils interceptent les collaborateurs par petits groupes et les guident à travers l’entrepôt comme s’ils les menaient au cœur d’une base secrète.
L’expérience commence…
1. L’antre des tests ratés
C’est le vestibule principal.
La scénographie ressemble à un immense laboratoire de test de résistance croisé avec une galerie d’art contemporain. J’y expose sous des cloches de verre magnifiquement éclairées les prototypes ratés, cassés, déchirés. Ca peut-être la chaussure fondue ou le cadre de vélo plié.
Et j’y rajoute un cartel sous l’œuvre : “Prototype B-12. A cédé à 85 kg de pression. Merci à lui. Il a permis à ” Les ingénieurs redécouvrent leurs pires fiascos, mis en valeur comme des chefs-d’œuvre. C’est une célébration de la création.
2. Les Chambres de Stress
Là, exit les salles de sous-commission. Les comédiens-techniciens répartissent les collaborateurs dans des “Chambres de Stress” thématiques. L’objectif est d’interagir et de co-construire.
La boite noire : un espace plongé dans le noir comme dans TOP CHEF pour découvrir les matériaux qui ont cassés. En complément, les participants peuvent écouter des bruits de casse, ou encore des cris de victoires des clients.
Le Bloc Opératoire : Sur des tables en inox, des produits concurrents “parfaits”. Les équipes ont des outils et doivent trouver leur point de rupture exact en les démontant. Je reconnecte le cerveau à la matière.
La Soufflerie : Une salle plongée dans le noir, ventilateurs à pleine puissance (bruit du vent à 80km/h). Les équipes ont 15 minutes pour résoudre un problème d’aérodynamisme sur un nouveau produit, dans des conditions d’inconfort total.
L’Atelier des Versions : Dans une salle plus petite, plus intime. Les invités découvrent une longue table centrale,avec quinze versions d’un même produit, alignées. De la première esquisse à la dernière commercialisée. Du dessin papier au prototype final. Un comédien-conservateur raconte le parcours. Il décrit l’histoire des objets, sans nommer personne.
L’invité comprend ce qu’il regarde. C’est la chronologie de quelque chose qu’il a vécu.
3. Le Point de Rupture (La Plénière)
Tout le monde converge vers l’espace central transformé en arène pour l’occasion.
Au centre, une presse.
La machine s’allume. Elle commence à compresser le matériau en direct.
Le compteur de pression s’affiche sur écrans géants. 100 kg. 500 kg. 1 tonne. CRAC. Le matériau explose.
Le Directeur de l’Innovation s’avance au milieu des débris, prend le micro et dit : “Tant que ça casse ici, ça veut dire que nous cherchons encore. Et tant que nous cherchons encore, ça ne cassera jamais entre les mains de nos clients. Bravo pour cette année de crashs.”
Une voix off en IA annonce la suite des tests.
Sauf que là, des clients défilent pour partager leur amour de la marque et des produits.
Mais surtout pour remercier les équipes R&D.
Ensuite, les équipes de la R&D défilent pour partager leur vision et leur énergie.
4. La décompression (La fête)
Après l’extrême des émotions, le relâchement. Le lieu change de couleur. Les lumières d’alerte rouges deviennent chaudes. Et ça part en soirée avec plein de happenings des ateliers de customisation de goodies, un DJ set avec les bruits des machines de tests, des cocktails signatures, un bras robot pour servir au bar.
Côté cocktail dînatoire, les invités retrouvent l’idée de L’Atelier des Versions avec la table avec avec quinze versions d’un même plat mais pas au même niveau d’aboutissements. Du produit brut (une carotte) à la version chef 3*.
Et pour finir, pour laisser une trace, dans un espace dédié, les invités avant de repartir sont invités à laisser une épitaphe. A dispo : Stylos, encriers, cartons à liseré noir, sous-mains en feutre. Sur les murs, des cartons déjà écrits, exposés.
Sur chaque carton, une épitaphe rédigée par un collaborateur, à propos d’un prototype qu’il a vu mourir.
« Boucle K3. Avril 2018. Tenu six mois. Aurait pu être belle. »
« Veste imper-respirante V12. Lâché à la couture d’épaule. Trois ans de travail, pas perdus. »
« Semelle moulée S2. Cassée onze fois sur onze. La douzième a tenu. Sans elles, la douzième n’existait pas. »
Chaque invité est invité à en écrire une.
Les cartons rejoignent le mur. La salle se remplit pendant que la soirée avance.
Ça coûte combien ?
Une fourchette pour la dynamisation de 30 000 à 80 000 euros. Assumer un lieu brut ou déjà équpé, c’est faire la moitié du travail sur son budget.
L’engagement ne se décrète pas avec un PowerPoint.
Il se vit.
Quand on offre à des collaborateurs un événement basé sur l’immersion totale et l’interaction plutôt que sur l’écoute passive, on ne leur explique pas la culture de l’entreprise : on la leur fait ressentir physiquement.
Valoriser l’échec dans une scénographie premium, c’est enlever la culpabilité de la recherche pour ne garder que la noblesse de la persévérance.
Dans votre métier, qu’est-ce qu’on jette à la fin de chaque projet sans jamais en parler ?
C’est probablement de là que partirait votre prochain séminaire.
D’ici là, bons événements.
Benoît
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