« Ça marche vraiment, ton truc ? »
Si je touchais un euro à chaque fois qu’on me pose la question, je n’aurais plus besoin de manifester quoi que ce soit.
Face à cette question il y a quelques années, j'aurais ri. Franchement ri. Genre le gloussement poli de quelqu'un qui cherche déjà la sortie. La « manifestation » ? Désolée, je ne suis pas encartée à la CGT, je déteste les bains de foule, et j'ai mieux à faire de mes dimanches. Bref, incapable de comprendre de quoi on me parlait.
Et pourtant. Le concept a débarqué dans ma vie il y a moins de dix ans - bien avant qu'il envahisse TikTok. Verdict : je manifestais déjà sans le savoir. En clandestine.
En 2018, année de mon mariage, j’avalais les voyages de presse comme on gobe des Haribo. Long chapelet de vols, trains, hôtels, taxis, valises. Revenir, recommencer. Un lifestyle que seuls les couples sans enfant peuvent s’offrir - autant dire une autre vie que la mienne aujourd’hui.
Juin 2018. Je suis sur une terrasse à Monaco pour une marque de beauté. Tout le monde est au champagne. Sauf une autre journaliste et moi. Aucun mérite : je déteste ça. Mais à une époque où le sans-alcool était encore un truc de chieuses (comme quoi, les temps changent), ce genre de posture tisse des liens.
Elle a la cinquantaine. Le métier l’a essorée. Elle cherche autre chose, une voie plus spirituelle. Je l’écoute et je me demande immédiatement si j’en serai là à son âge : sans illusion, en quête de sens, et plus que tout, fatiguée par les gens.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.