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BD sans modération · Jul 27, 2026

Quelles BD lira-t-on à la rentrée ?

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Larcenet, Meurisse, Lahoche : de bonnes nouvelles vous attendent

Le mot de la patronne

J’ai regardé une vidéo de McFly & Carlito. Eh oui. Mieux encore : je l’ai trouvée tout à fait positive. C’est super que Carlito transmette sa passion et qu’il se serve de son audience pour recommander des livres et les librairies indépendantes. Fortiche, la sélection, à savoir “Blast” de Manu Larcenet (Dargaud), “La couleur des choses” de Martin Panchaud (Çà & Là), “Les Indes Fourbes” d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido, “Mutafukaz” de Run (Label 619 / Ankama), a le génie de représenter des albums qui sont à la fois des succès commerciaux et critiques. De même pour la mention à “L’amourante” de Pierre Alexandrine (Glénat), passé injustement plus inaperçu sauf dans BD sans modération qui le classait parmi les meilleures BD de 2025. Allez, on n’attend plus que la partie 2 avec des autrices.

Qu’est-ce qui se trame ?

Le clan de Walden, par Catherine Meurisse, Dargaud, 152 p., 26,50 euros. 18 septembre.

Le retour de la grande Catherine. Après s’être surtout concentrée sur des albums d’inspiration autobiographique (“Les Grands espaces”, “La Jeune fille et la mer”), notre académicienne préférée renoue avec le genre de la biographie déjantée dans lequel elle excelle. Ici, on retrouve David Thoreau, qui aiguise le concept de désobéissance civile et organise la résistance depuis sa cabane dans les bois. Une figure on ne peut plus actuelle. Au même moment paraît aussi “Sur le pont des arts”, livre d’entretien de Catherine Meurisse avec Thierry Groensteen (Glénat, 272 p., 33 euros, 16 septembre).

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L’Insensé, par Manu Larcenet, Dargaud, 176 p., 27 euros. 2 octobre.

Autre poids lourd chez Dargaud, Manu Larcenet, dont on se remet à peine de la beauté noire et désespérée de son adaptation de “la Route” de Cormac McCarthy – primé en 2025 aux Eisner Awards, les Oscars de la BD. Dans “L’Insensé”, un vieil homme confie à ses enfants qu’il a abandonnés ses vues sur la vie, la mort, la nature, le dessin. Un nouveau chef d’œuvre de la part d’un auteur qui en a signé quelques-uns ?

Ernestine 2, par Salomé Lahoche, Même pas mal, 116 p., 20 euros. 4 septembre.

Enfin des nouvelles de la génialement insupportable Ernestine, sorte d’enfant maudit d’April Ludgate et Mercredi Addams. Dans ce deuxième tome, la mère a mis les voiles et puisque le père est démissionnaire et le frère bon à rien, voilà Ernestine en charge. Ce qui n’augure rien de bon, sachant que la gamine injuriait tout le monde, se barrait à Cuba avec l’argent du poker en ligne et incendiait un camp scout la dernière fois. C’est l’occasion d’aller soutenir l’excellente maison indépendante Même pas mal, en difficulté suite à la faillite annoncée du distributeur Makassar.

Nanbanjin, par Cyril Pedrosa et Taiyô Matsumoto, Dupuis, 480 p., 59 euros. 4 septembre.

Projet d’ampleur chez Dupuis : faire dialoguer le maître Taiyô Matsumoto (“Amer Béton”, “Ping Pong”) et le tout aussi talentueux Cyril Pedrosa (“Portugal”, “L’Age d’or”). Un album tête-bêche qui relate l’arrivée d’un marin portugais au Japon au XVIe siècle. Deux points de vue, deux chocs des cultures : l’ensemble promet d’être somptueux, à la hauteur, on l’espère, du prix.

Bon débarras !, par Léa Murawiec, éd. 2042. 16 octobre.

Après une entrée fracassante dans le monde de la BD en 2022 avec l’épatant “Grand vide”, Léa Murawiec revient à l’album au long cours, après quelques formats courts et fanzines. Dans la société qu’elle imagine, les mourants se transforment en relique de leur choix, ce qui commence à peser sur le moral de Raad, psychopompe qui accompagne leur passage d’un état à l’autre. Une réflexion sur le deuil, mais aussi sur les objets que l’on laisse derrière soi.

Fire!, par Hideko Mizuno, traduit par David Pollet, Akata, 16,99 euros. Couverture provisoire. Octobre.

Enfin, la grande Hideko Mizuno traduite en français ! Pionnière du shôjo, elle fut la seule femme à séjourner à la prestigieuse résidence d’artistes Tokiwaso (devenue un musée que je vous enjoins à visiter si vous êtes de passage à Tokyo). Hanté par Fire Wolf, voyou à l’aura charismatique croisé dans un centre de détention pour mineurs, Aaron décide de s’accomplir dans le rock. Publié dans les années 1970, cette ode à la liberté et à la contre-culture aurait inspiré Moto Hagio ou Keiko Takemiya.

Calvitie, par Florence Dupré La Tour, Glénat, 128 p., 20 euros. 2 septembre.

Belle prise pour Glénat, qui fait entrer Florence Dupré La Tour à son catalogue. Mettant de côté son cycle autobiographique (“Cruelle”, “Pucelle”, “Jumelle”, “Jeune et fauchée”), la dessinatrice croque, dans la même palette de couleurs, un jeune homme confronté au plus grand problème que peut rencontrer un homme : perdre ses cheveux. Nul doute que son approche ironique et franche fera merveille.

Quand j’étais petite je rêvais d’être muse, par Erell Hannah et Maëlle Réat, Casterman, 192 p., 25 euros. 26 août.

Jolie association, avec la scénariste Erell Hannah, spécialisée dans la vulgarisation scientifique et autrice du joyeux “Derrière : une étonnante histoire de fesses”, et Maëlle Réat et son impressionnant “Blanche”, sur le sida. Ici, les deux jeunes femmes questionnent la place de la muse, qui loin de n’être qu’un modèle, tient plutôt de l’artiste spoliée. On appelle aussi ça : une arnaque.

L’Homme de fer-blanc, par Camille Jourdy, Actes Sud BD, 240 p., 28 euros. 7 octobre.

On est toujours là pour le petit théâtre de Camille Jourdy, ces albums chorale où de délicates aquarelles mettent en scène des personnages paumés et fantaisistes. Après “Rosalie Blum” ou “Juliette”, voici “L’Homme de fer-blanc”. Le temps d’un été, trois générations sont réunies sous le même toit : Blanche 86 ans, sa sœur Marcelle, Mathieu et Jeanne, les enfants de Marcelle, et enfin Billie, 12 ans, la fille de Mathieu. Quiproquos et aventures rocambolesques de mise.

Le Grand saut, par Gabrielle Piquet, Barbier, 96 p., 24,90 euros. 4 septembre.

Ce n’est pas peu dire mais il y a du Sempé chez Gabrielle Piquet. Prix de l’audace au Festival d’Angoulême pour “La Mécanique du sage” (Atrabile), qui commentait l’injonction au bonheur, remarquée aussi pour “De l’air” (Seuil), sur la façon de vivre en société, elle devrait poursuivre dans sa veine cocasse et délicieusement surannée pour ce nouvel album autour de la pensée d’Allan Kardec et d’artistes spirites.

Sunday, par Olivier Schrauwen, L’Association, 472 p., 49 euros. 2 octobre.

Extrêmement intriguée par ce “Sunday” signé d’un auteur qui ne fait rien comme les autres il n’y a qu’à voir son “Arsène Schrauwen”, méditation hallucinée sur la colonisation belge en Afrique. Ici, nous passons donc à un certain Thibault Schrauwen, cousin de l’auteur qui lui a fait part de ses journées apathiques. Le dessinateur a alors étudié la manière dont il pouvait décomposer et représenter l’ennui et la procrastination. Quelque chose – ou quelqu’un de très recommandable – me dit qu’on n’a jamais rien vu de tel.


ET AUSSI… Le tome 23 de Gaston Lagaffe, “Des Boum et des Paf” paraît le 21 octobre, signé par le dessinateur québécois Delaf, qui ne s’en tire pas trop mal, et, pour la première fois, Lewis Trondheim au scénario // Ce n’est plus, comme dans la série d’Arte, Samuel aux commandes, mais Bérénice dans “L’été de Bérénice” d’Emilie Tronche, à paraître en octobre chez Casterman // Louison rejoue “College Attitude” dans “40 ans, toujours en sixième”, 28 août chez Dargaud.

ET AUSSI… Beaucoup d’attentes pour beaucoup de jeunes femmes : le récit d’épouvante féministe “Hysteria” d’Elizabeth Holleville (Glénat, août), le rapport à l’habitat décortiqué dans “Home sweet home” de Chloé Cruchaudet (Futuropolis, septembre) ou l’éducation à domicile dans “L’école à la maison” de Tarmasz (Glénat, août). // C’est dur à croire mais parfois j’ai aussi des attentes pour les hommes, comme Jules Magistry, qui s’empare du malaise adolescent dans “Avec les mecs” (Sarbacane, septembre).

ET AUSSI… Vos enfants ne veulent pas lire vos vieux Tom-Tom et Nana, vos enfants veulent lire Ariol, qui mettra le cap sur le Japon dans le tome 22, “Au pays du poisson cru” (Bayard, 4 novembre). // Deux shibas pour le prix d’un avec le volume 3 de “Shiba Inu Rooms” de Esu Oomori (Doki-Doki, août) et le volume 1 de “Ton Shiba ou moi” de Yamanobe (Soleil, novembre).

Dernier coup de cœur

Donne-moi ton cœur, par Louise Janet, L’employé·e du moi, 152 p., 26 euros.

Morne été pour Louise, en vacances chez ses grands-parents, qui cherchent à vendre leur maison isolée et démesurée. À Crapéou, la canicule enferme les gens à l’intérieur, couverts de mouches et réduits à regarder la télévision en continu. La jeune fille de 19 ans, elle, s’enfonce dans la lecture et l’éternel même circuit à vélo. Régulièrement, elle pense à TimTim, ce camarade de fac trop égocentré pour la considérer. Quand, sur place, elle retrouve une vieille connaissance, un garçon qu’elle nommait “Gros Guy” en primaire, et son ami, le beau Léo. Louise peut-elle transformer ces semaines d’ennui en aventure ? Comment doubler Joana, petite-fille de chirurgien et ennemi jurée depuis l’enfance ? Une chronique du dernier été où le temps coule “visqueux et écœurant, comme du sirop”, de la même manière que l’héroïne quitte laborieusement sa carapace adolescente. On retrouve dans “Donne-moi ton cœur” l’étrangeté poétique de Camille Jourdy (“Rosalie Blum”, “Juliette”) et le dessin photoréaliste façon Sylvain Bordesoules (“Azur Asphalte”). Sinon, vous aussi vous l’avez dans la tête ?

Télégrammes

  • Petite sélection des familles, avec notamment “Ce qui séduit”, par Juliette Boutant (bayard), “Mon Village révolté”, par Lili Sohn (Delcourt), “Mystère à Champignac”, par Elric et Sophie Guerrive (Dupuis), “Sumo Girl”, par Léa Hybre et Guillaume Scaillet (Sarbacane), “Calentura”, par Zéphir (Fidèle).

© Le Nouvel Obs

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