Ici, on se penche sur l’acte de lire, sur ce que cela représente d’être lectrice, lecteur, à l’ère de Netflix, TikTok et Youtube. Toutes les deux semaines une thématique liée à la littérature et à la lecture dans ta boîte mail, pour te donner envie de (re)lire.
Cette newsletter a été créée en janvier 2023 et n’a aucun lien avec l’émission de radio qui a depuis emprunté ce nom.
Cette lettre est gratuite (et le restera). Vous avez la possibilité de soutenir mon travail, par un don ponctuel ou mensuel, à partir de quelques euros. Je remercie toutes celles et ceux qui m’encouragent par ce biais. 🙏
J’avais prévu d’envoyer une sélection d’accords vin-livre (ou plutôt boisson-livre, avec des alternatives sans alcool) mais l’actualité m’a rattrapée. Il y a bien trop de choses à partager en ce milieu (quasiment) d’été, je réserve donc la légèreté et l’ivresse pour plus tard.
Comme la coutume le veut, les newsletters se mettent en pause en été. J’avais dans l’idée de garder le rythme mais je prends finalement le parti de vous écrire quand je le peux (objectif paresse, conseillée par de sages amies). On retrouvera une activité normale en septembre pour la sacro-sainte rentrée littéraire, mais d’ici là je risque de faire des apparitions surprises dans vos boites mail (mais pas plus d’une fois toutes les deux semaines !).
Je vous propose donc cette semaine un tour d’horizon de ce qui a secoué l’univers du livre français récemment, ainsi que des retours de lecture et autres réflexions et réjouissances qui ont retenu mon attention.
Sans doute l’avez-vous remarqué si vous vivez ou circulez en France, Relay a un quasi-monopole sur les points de vente presse et livres dans les gares et aéroports.
Pourquoi est-ce un problème ? Non seulement cette entreprise est en situation dominante, mais en plus elle joue en faveur d’une idéologie tranchée. Ces espaces appartiennent à Vincent Bolloré (via Lagardère), qui comme on l’a déjà vu, commence à pas mal avoir toutes les cartes en main pour contrôler ce qu’on lit (et donc ce qu’on pense) !
Il s’avère que l’enseigne s’est illustrée pour la mise en avant (ou non) de titres très orientés politiquement. Cette vidéo revient sur la question plus en détail.
Quand j’ai vu circuler cette pétition (lancée par Alternatiba, SUD-Rail, le SNJ-CGT, Greenpeace et plusieurs organisations d’auteurs) visant à interpeller la SNCF pour mettre fin à ce monopole, autant dire que je me suis précipitée pour la signer. Je glisse le lien ici, si c’est une cause à laquelle vous pourriez être sensible.
Gros coup de tonnerre pour une centaine de maisons indépendantes au début de l’été, le distributeur (indépendant) Makassar est menacé de faillite et ne peut plus honorer certains de ses paiements. Des éditeurs se retrouvent donc avec des ouvrages vendus mais qui ne leur ont pas été acquittés, et ce depuis six mois.
Pour suivre et découvrir ces maisons indépendantes sur Instagram (c’est un point de départ), elles sont toutes répertoriées ici.
Ce sont souvent des maisons engagées qui ont un rôle important à tenir dans les mois et années à venir, difficile de fermer les yeux sur ce danger en pleine période de bataille culturelle.
Pour les soutenir, il est possible de : commander les ouvrages depuis leur site internet, participer aux cagnottes et pétitions qu’ils mettent en place et continuer à supporter leur travail en librairie (indépendante).
(Oui sans transition je mentionne un titre édité chez Grasset, mais il y a 20 ans donc…).
J’ai découvert cette information en mars dans la newsletter de Blandine Rinkel et j’ai attendu tout ce temps pour vous en parler… Je voulais lui dédier une édition tant ce livre puissant m’a marquée. C’est un des ouvrages incontournables de ce début de siècle, déjà classique à mes yeux, donc je vous invite à courir le lire si ce n’est déjà fait.
Les dates anniversaires sont toujours une bonne occasion de regarder en arrière et de se repencher sur les œuvres du passé (pour parfois faire une pause dans la course en avant et l’attrait de la nouveauté).
Et je dois avouer que j’adore les anniversaires, les célébrations, les rappels de petits et grands événements. Quel ne fut pas mon plaisir de découvrir le site France Mémoire sur lequel sont répertoriées les commémorations officielles de la France pour chaque année à venir. Avec notamment cette année : la naissance de Mme Sévigné (1626) et celle de René Gosciny (1926).
La mort de George Sand (1876) et de Raymond Queneau (1976).
L’an prochain on pourra entre autres avoir une pensée pour Simone Veil (naissance en 1927) et Jacques Prévert (mort en 1977).
Mon goût des « drôles de correspondances et fun facts inutiles » est totalement comblé.
Pas forcément ! Entre obligations familiales, appel du large et les multiples découvertes qu’offrent les vacances, je me retrouve assez souvent avec moins de temps pour lire que le reste de l’année. J’en avais déjà parlé en détail ici.
Si vous me suivez sur Instagram (ou sur Notes sur Substack) vous avez pu voir le programme que je me suis malgré tout concocté cette année (faut-il inventer le terme de lectrice delulu ?).
J’ai lu deux romans de la liste de Mathilde (je réserve les retours pour la rentrée comme prévu), je me suis enfin plongée dans Aqua de Gaspard Koenig et dans le récent Sanctuaires d’Abel Quentin.
Suis-je dans les clous ? Absolument pas. Je m’attaque à mes cinq livres chiliens avant la rentrée littéraire et, si je suis objective, je n’aurais a priori guère le temps de lire d’autres ouvrages avant mi-août…
Pour dire rapidement un mot de ces deux dernières lectures (toutes deux aux éditions de l’Observatoire, encore une coïncidence), j’ai apprécié le réalisme, le côté très terre à terre du roman de Koenig, Aqua, qui sensibilise à un enjeu d’actualité, celui de l’eau et des phases de sécheresse à venir. Une fiction politique ancrée dans le réel et la campagne normande, aussi instructive que plaisante (les nombreux personnages notamment sont bien campés et tous attachants).
J’avais déjà apprécié Humus, je poursuis avec plaisir ce cycle de l’auteur.
Que dire de Sanctuaires d’Abel Quentin si ce n’est que c’est un pamphlet magistral contre l’utilisation démesurée de l’IA générative ! J’ai corné quasiment toutes les pages donc le résumer me semble encore impossible, il faut que je le digère davantage. Je le conseille à toutes celles et ceux qui veulent approfondir cette question encore une fois très actuelle et les manières de se prémunir des dérives et de l’invasion de cette technologie (principalement écocides, mais aussi concernant l’éducation, notre faculté à raisonner et à articuler une pensée).
D’autant qu’il cite à plusieurs reprises le brillant essai de Bruno Markov dont je vous avais parlé, et qui invite à réfléchir au progrès et au nécessaire discernement technologique.
Si vous avez quelques minutes pour aider Nelly, partagez par ici vos éclairages sur vos habitudes et expériences de lecture. Un grand merci pour elle !
Je ne résiste pas à l’envie de vous partager un tout petit livre, qui date des années 90 (et qui est bien connu) mais dans lequel je n’ai plongé que le mois dernier.
Et quel bonheur.
Ce monologue se lit dans un souffle, en quelques heures. Le style très oral, magistral de Baricco nous entraîne (au rythme du jazz) à bord d’un bateau, où l’on découvre la vie de Danny Boodmann T. D. Novecento, pianiste virtuose, né sur l’océan et qui n’a cessé d’y vivre.
Ce texte a été écrit pour le théâtre et j’en ai raté toutes les représentations ces dernières années, je me languis qu’il soit à nouveau monté (quitte à le faire moi-même si vous connaissez un comédien [ou comédienne] trompettiste, faites-moi signe !).
J’étais restée sur la touche de Mr Gwyn du même auteur mais me voilà réconciliée.
Une lecture courte, rafraichissante et mémorable à vous offrir cet été. J’ai déjà envie de le relire.
Rendez-vous très bientôt et d’ici là, en vacances ou pas, lisez bien !
Julia

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