Mots pour vivre et danser, une série à l’occasion
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J’ai récemment participé à un atelier de yoga sur les mantras, où on a passé beaucoup de temps à explorer et à en apprendre davantage sur le mantra Om. Ce mantra, le plus important et le plus connu, est traditionnellement chanté au début des récitations ou des pratiques spirituelles. Dans les cours de yoga, on peut le chanter pour ouvrir ou fermer la pratique. C’est un son sacré et un symbole spirituel dans les religions orientales, dont le bouddhisme et l’hindouisme, qu’on dit à la fois représenter et contenir l’univers entier.
La personne qui donnait l’atelier a aussi dit qu’on pouvait voir Om comme une version de Oui. Comme pour à peu près tous les concepts en yoga, en tango et dans la vie, plus on en apprend sur quelque chose, plus on se rend compte à quel point on en sait peu et à quel point il nous reste encore à apprendre. Je pratique le yoga depuis 20 ans, de façon régulière depuis 15 ans, et j’enseigne depuis une dizaine d’années. J’ai chanté Om d’innombrables fois, dans des cours que je suis et des cours que je donne. J’ai lu sur Om et j’ai écrit sur Om. Et pourtant, cette idée de Om comme Oui m’avait complètement échappé.
Mais ça m’a parlé tout de suite. Oui. Dans le sens de réceptivité et d’acceptation. De la vérité, de la réalité, de ce qui est, que ce soit bon ou mauvais, heureux ou triste. Cette version profonde du Oui peut nous aider à trouver la paix dans bien des situations, parce qu’elle nous met en harmonie avec l’univers.
Et je pense que le Oui peut grandement enrichir notre apprentissage du tango et le plaisir qu’on en retire.
Quand on est ouvert et réceptif, les résistances et les blocages commencent à fondre. La résistance aux nouvelles idées, par exemple, ou les blocages qu’on érige contre elles, qui pourraient autrement nous empêcher d’apprendre quelque chose d’important. Souvent, l’instructeur dit quelque chose qui semble complètement nouveau à l’élève, ou qui semble contredire une idée que l’élève avait déjà, et sa première réaction pourrait être de rejeter tout de suite ce nouveau concept comme étant stupide ou faux. Mais si l’élève était ouvert à cette nouvelle idée, il pourrait réaliser qu’en fait, ça ne contredisait pas ce qu’il avait appris avant, mais que ça le recadrait, en présentant un nouvel angle qui pourrait débloquer la prochaine étape de son apprentissage.
J’avais un élève qui prenait beaucoup de cours et qui travaillait fort pour s’améliorer. Mais il prenait aussi les explications au pied de la lettre et avait plein d’idées préconçues sur le fonctionnement du tango. Une fois qu’il sentait avoir compris une idée (comme « Garde ton cadre » ou « Tout est guidé »), il avait tendance à s’y accrocher et à résister à toute nouvelle explication qui semblait contredire ce qu’il croyait (comme « Détend tes bras » ou « Laisse ta partenaire terminer son propre mouvement »). Il finissait souvent mes phrases pendant que je lui expliquais quelque chose, tellement sûr qu’il était de savoir ce que j’allais dire, et c’était souvent en fait le contraire de ce que je voulais dire. Ça le rendait difficile à enseigner, non pas parce qu’il ne voulait pas apprendre, mais parce qu’il résistait automatiquement à toute nouvelle idée qui lui sortait de sa zone de confort.
Cette idée profonde du Oui pourrait aussi réduire notre tendance à juger. Juger quelqu’un ou quelque chose, surtout négativement, peut nous empêcher de faire bien des choses : évoluer, apprendre à connaître une personne, vivre pleinement quelque chose de nouveau. On décide d’avance ce que c’est ou ce que ce n’est pas, ce qui devrait ou ne devrait pas être, au lieu de reconnaître la réalité telle qu’elle est — sans essayer de la combattre, de la juger ou de la contrôler. C’est une étape essentielle pour trouver la paix et avancer.
En psychologie, l’acceptation est décrite comme un processus actif : laisser exister les pensées, les émotions et les situations sans résistance. Ce n’est pas une résignation passive, mais un choix délibéré d’arrêter de se battre contre ce qui est déjà là.
Il y a beaucoup de jugement dans le monde du tango. La musique qu’on n’aime pas. Les gens qui ne sont pas assez bons, ou qui ne dansent pas de la « bonne » façon. On se juge nous-mêmes aussi : je ne suis pas aussi bon qu’un tel. J’apprends lentement. Je suis un mauvais danseur.
Le Oui nous demande d’accepter les gens tels qu’ils sont. En tango, ça veut dire accepter les danseurs et les danseuses pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’on aimerait qu’ils soient. Ça veut dire ne pas les corriger ni essayer de les changer. Être ouvert à l’expérience qui se présente devant nous, plutôt qu’à celle qu’on avait planifiée.
Ça implique aussi de t’accepter tel que tu es, dans ce moment précis, sans jugement ni comparaison — que ce soit avec les autres, ou avec qui tu étais avant.
Si tu guides, combien de fois as-tu indiqué quelque chose que ta ou ton partenaire n’a pas interprété ou exécuté comme prévu? Des dizaines de fois? Des centaines? Des milliers? Et combien de fois t’es-tu senti frustré, ou as-tu agi avec frustration, en te concentrant sur à qui la faute, en essayant peut-être de recommencer pour « bien faire »?
Si tu danses le rôle de l’interprète, combien de fois t’es-tu senti maladroit, peu sûr de toi ou pas à la hauteur parce que tu étais hyper conscient de toutes tes « erreurs »? Ensuite, combien de fois as-tu eu l’impression de ne pas avoir suivi le plan de ton ou ta partenaire, sans en être vraiment certain, parce que cette personne a simplement continué et a fait fonctionner quelque chose à partir de ta réponse? Est-ce que ça ne s’est pas senti mieux? Est-ce que ça n’était pas plus amusant et plus satisfaisant — pour vous deux?
Dans la danse sociale, ça ne sert à rien de se frustrer pour un faux pas ou une consigne ratée. On ne peut pas revenir en arrière et changer ce qui s’est passé, alors aussi bien accepter ce qui est arrivé et continuer à partir de là. C’est ça la vraie improvisation, et ça laisse de la place à la création partagée d’une danse par deux partenaires, pas juste par un seul.
Tout ça veut dire qu’on doit apprendre à se détacher de son ego, ce qui fait de la place pour recevoir, pour être ouvert aux nouvelles idées, pour vraiment apprendre quelque chose. En yoga et en méditation de pleine conscience, se détacher de l’ego nous rapproche de la liberté spirituelle, de l’éveil.
Dans un article récent, j’ai parlé de la difficulté qu’il peut y avoir à dire Non. Ça peut aussi être étonnamment difficile de dire Oui. Mais essaie, et vois où ça te mène. Que ce soit la prochaine fois que tu chantes Om, ou la prochaine fois que tu croises quelqu’un ou quelque chose que tu penses ne pas aimer, dis Oui. Oui à la musique, à la personne dans tes bras, à toi-même. Oui à ce qui est.
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