RSS Amplifier

Life Is a Tango · Jul 3, 2026

Non

0
Sign in to vote or save

Andrea Shepherd · Life Is a Tango

Que ce soit par un regard détourné ou par un mot ferme, dire non nous apprend à respecter nos limites et celles des autres.
Mots pour vivre et danser, une série à l’occasion

Lire la version originale en anglais ici

L’idée de cet article m’est venue à la suite d’un événement récent. Une jeune femme que je connais est venue me demander un conseil de femme à femme. Elle ne danse pas le tango, mais travaille à temps partiel dans une milonga. Un danseur de longue date n’arrêtait pas de la harceler pour qu’elle danse avec lui. Selon elle, il l’a achalée pendant 10 bonnes minutes et peu importe combien de fois elle lui a expliqué qu’elle travaillait et qu’elle ne savait même pas danser, il n’a pas lâché prise, allant même jusqu’à la tirer vers lui par le collet de son chandail.

D’après ce qu’elle m’a raconté, elle a tenu son bout, s’est éloignée et l’a ignoré par la suite, mais elle est venue m’en parler quelques jours après, je crois pour savoir si je trouvais ça normal ou acceptable, ce qui, bien sûr, ne l’est pas. Je lui ai dit qu’elle avait tous les droits de dire non et qu’elle aurait même pu être plus ferme sans que ça pose problème. Elle aurait très bien pu dire « Touche-moi pas » ou carrément le repousser. Je lui ai aussi dit qu’elle avait le droit de demander à son employeur (mâle) ou à un collègue d’intervenir. Non pas qu’un gars devrait écouter un homme plus qu’une femme, mais c’est souvent ce qui arrive avec un gars comme ça.

Ce danseur fréquente le milieu depuis des décennies et je sais qu’il ne respecte pas les limites des autres. Il y a plusieurs années, il avait glissé son bras autour de ma taille d’une façon qui m’avait semblé trop intime, alors que je regardais une démonstration, et, ne voulant pas faire de vagues ni attirer l’attention, je n’avais rien fait, je suis simplement restée là, mal à l’aise, jusqu’à ce que la prestation se termine et que je puisse m’éloigner. De toute évidence, ça me dérange encore aujourd’hui, autant l’intrusion dans mon espace personnel que mon incapacité à le protéger sur le coup. Ce danseur n’utilise pas le cabeceo et ne lit pas le langage corporel. Même si tu l’évites volontairement et que tu lui tournes le dos, il va venir te voir directement, collé à ton visage, pour t’inviter à danser. Je le sais d’expérience. Mais maintenant, je sais aussi qu’il est un bon candidat pour ma pratique du non, sans culpabilité.

Je suis fière d’avoir dit à cette jeune femme qu’elle avait tous les droits de s’affirmer et de dire un non ferme, même si ça voulait dire déplaire à un client. Il y a vingt ou trente ans, je me demande si j’aurais donné le même conseil, ou si je l’aurais suivi moi-même.

Apprendre à dire non a été, pour moi, un travail de toute une vie.

J’ai eu une enfance heureuse et j’ai des parents aimants et généreux. Mais ils ne m’ont pas appris à dire non, ni à recevoir un non. Ma mère me refusait certaines choses, à l’occasion, mais quand ça arrivait, j’allais simplement voir mon père, qui, lui, ne me refusait jamais rien. Souvent, quand je voulais quelque chose, j’allais directement le voir. C’était pratique, c’est sûr : j’avais de l’argent de poche en plus ou la permission de faire à peu près tout ce que je voulais. Mais j’ai raté quelques leçons importantes en cours de route.

En tant que fille, surtout, c’est vraiment important de savoir dire non, sans hésitation et sans s’excuser. Adolescente et jeune adulte, j’ai appris cette leçon trop lentement, et parfois à la dure. Sur le plan professionnel, ma personnalité de plaire à tout prix a influencé beaucoup de mes façons de faire au début de ma précédente carrière, et à l’occasion, une collègue plus affirmée me remettait à ma place, m’aidant à comprendre que j’avais le droit de fixer des limites et de tenir mon bout. Ensuite, en tant que mère, c’est devenu plus facile, parce que je devais m’affirmer non seulement pour moi-même, mais aussi pour mes enfants. Et une fois devenue propriétaire d’entreprise, j’ai vraiment dû apprendre à refuser des demandes déraisonnables, toujours avec gentillesse, mais aussi avec fermeté.

Si tu dis toujours oui alors que tu ne le veux pas vraiment, tu peux finir par être débordée ou par faire des choses que tu n’aimes pas. Ça peut mener à une surcharge chronique et, éventuellement, à de la frustration ou du ressentiment envers les personnes qui font ces demandes. Apprendre à dire non, par contre, peut renforcer le respect de soi tout en apprenant aux autres (et à soi-même) à valoriser ses limites et son temps. Dans un contexte de tango, ça pourrait vouloir dire rechercher des tandas de meilleure qualité plutôt qu’un plus grand nombre. Résultat : tu pourrais quitter certaines milongas plus satisfaite et moins épuisé physiquement.

Recevoir un non avec grâce n’a pas été facile pour moi non plus. En apparence, oui, toujours. Tout le monde a le droit de refuser n’importe qui, sans explication ni justification. Mais j’ai réalisé, ces dernières années, qu’au fond, je ne gère pas bien le rejet, et que cette peur du rejet m’a affectée de bien des façons au cours de ma vie. Plus jeune, je me retenais souvent d’aller chercher ce que je voulais, probablement en grande partie par peur de l’échec, ou du rejet. Je n’ai jamais poursuivi mon rêve de ballet sérieusement et ça m’a pris des décennies avant de finalement me lancer dans mon rêve d’écriture. Je suis meilleure maintenant pour aller de l’avant, parce que les réussites que j’ai eues m’ont appris qu’en essayant, on obtient parfois ce qu’on veut. Parfois. Pas toujours. Et pourtant, quand on me dit non, quand je ne gagne pas un concours d’écriture ou que des éditeurs refusent mes textes, je le prends très mal et j’ai envie d’abandonner chaque fois.

Dans ma vie amoureuse, si quelqu’un me laisse ne serait-ce qu’entrevoir la possibilité d’un rejet, je ferme la porte vite et je jette la clé. Le genre de réponse « Tu peux pas me congédier, je démissionne! », sauf que c’est plutôt « Tu peux pas rompre avec moi, je romps avec toi en premier! »

En tango, j’ai poursuivi mon rêve d’avoir ma propre école et j’ai réussi à la faire vivre pendant 18 ans, contre vents et marées, contre les conseils qu’on me donnait et malgré le risque d’échec. Comme je l’ai dit, j’ai fait des progrès. Mais je prends encore chaque rejet professionnel très à cœur. Si un événement ou un cours n’attire pas assez de monde, c’est émotionnellement dévastateur pour moi. Je ne le montre pas, et intellectuellement, je sais que chaque tentative ne peut pas être un succès, surtout dans ce milieu imprévisible, mais j’ai du mal à ne pas le prendre personnel. Socialement, c’est difficile pour moi aussi. Si j’ai l’impression que quelqu’un a évité volontairement ma mirada, ou s’il me dit carrément non, même gentiment, j’abandonne vite l’idée, en me disant presque toujours que ça veut dire que la personne n’aime pas danser avec moi. Je vais rarement réessayer plus d’une fois, jamais plus de deux, si j’ai l’impression d’avoir été rejetée.

Ce n’est pas une bonne chose. Ce genre de mécanisme de défense est signe d’un ego fragile, je le sais bien. Et ça pourrait me faire perdre de futures connexions (ou des danses) à cause de ce qui aurait pu être un simple problème de synchronisation ou une raison personnelle qui n’avait rien à voir avec moi. J’en suis consciente et j’y travaille.

Tout ça me ramène encore une fois au système traditionnel non verbal de la mirada-cabeceo, qui élimine le besoin de dire non ouvertement. Il respecte l’espace personnel de chacun, nous force à lire et à respecter le langage corporel et fait de chaque danse une entente mutuelle, permettant aux guides et aux interprètes de danser avec les personnes qu’ils ont envie d’inviter plutôt qu’avec celles qu’ils se sentent obligés d’accepter.

Certaines personnes qui n’aiment pas le système du cabeceo disent que les danseurs devraient apprendre à recevoir un non avec grâce, alors les invitations verbales devraient très bien fonctionner. C’est vrai, mais dans les faits, c’est difficile pour bien des gens de dire un non direct et franc, sans excuses. Et quand les règles établies du jeu dictent le système du cabeceo, mais que tu insistes pour utiliser des invitations directes, tu dois être prêt à recevoir des refus tout aussi directs, et bien des gens ne le sont vraiment pas.

L’incident que j’ai mentionné plus haut en est un exemple frappant.

Alors, quelle leçon tirer de tout ça?

Que c’est toujours correct de dire non, sans culpabilité et sans explication. Et qu’il est essentiel d’accepter qu’on nous dise non, avec grâce et maturité, autant intérieurement qu’extérieurement. Dans une danse aussi rapprochée, aussi intime, respecter les limites de l’autre est plus important que jamais. Les frontières peuvent devenir floues, le toucher peut les franchir, et il peut suffire de très peu pour qu’une personne passe d’un sentiment de confort à un malaise, voire à un sentiment d’insécurité.

Enfin, ceci : si un danseur insiste, ignore ton non, ou va jusqu’à violer ton espace personnel, dénonce son comportement et n’hésite pas à le signaler aux organisateurs de l’événement.

Vous connaissez quelqu’un d’autre qui aimerait lire ceci? Veuillez partager!

Share

Achetez mon livre, 25 leçons de tango

Plus dans la série «Mots pour vivre et danser» :

No posts

Read the original on ashepherd.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.