La soute à charbon :
Voyage au pays des sherpas du code

jul & tagada johns pour les illustrations

6 juillet 2024
Version : reuratest:



Licence Anti Gad Elmaleh : Fais ce que tu veux avec ce livre sauf dire que tu l’as écris

En mémoire du doude

Paname

Il y a longtemps maintenant, j’ai tué un sherpa du code avec lequel on appelait notre taf ; la soute à charbon.

Le matin quand on rentrait, les chefs de projets sentaient le rance. Leur bureau emplis de l’odeur âcre de la sueur, leurs vitres design, parées de couvertures miteuses qui n’auraient pas dépareillées dans un squat de charclos.

Certains étaient là depuis plus de 48h sans interruptions, sans douches.

Mon pote s’appelait Édouard le doude.

Avec lui, et la gang du boulot on faisait la tournée des grands ducs le vendredi soir après des semaines de 50-60h, entre 7 pintes et plus.

Le vendredi c’était aussi le jour où les ressources humaines mensuellement viraient une dizaine d’employé pour assurer une méritocratie darwiniste.

Les virés se bourraient la gueule, les DA prenaient de la coke et ce beau monde vomissaient dans les locaux classieux classés au patrimoine historique.

Quelques mois plus tard, le Doude (Édouard) qui avait décidé d’arrêter les conneries est parti se sevrer en Creuse.

Un 31 décembre il m’a appelé de nul part à 23h00 pour que je l’héberge.

J’étais en cuvage de burnout -la bonne excuse- pinté, seul dans l’apparte vide de ma grand mère qui venait de décéder.

Le lendemain matin à 9:00, la police m’appelait.

Après que je lui ai refusé de lui tendre la main pour avoir un toit, il a retrouvé le chemin du squat où ça dealait de l’héro, et il s’est fait une overdose.

Et il est mort …

J’en ai marre du bullshit sur l’informatique et le coté privilégié du taf.

Pour un millionnaire, il y a des dizaines de codeurs comme le doude qui sont littéralement pressés comme des citrons, il y a une vraie soute à charbon dont les journaux, les livres ne causent pas.

Donc, moi, il me prend l’envie de causer d’Édouard et de tout les sherpas du code, j’ai même travaillé chez abusoft (le petit nom d’ubisoft) : j’en ai fait des marches de la mort que je peux conter.

Ne fermez pas tout de suite !

Pochoir inspirationnel à Paname

Qui était le doude ?

Bon, le début est abrupt, je devrais plus vous parler du sourire d’Édouard et comment il a jeté un rayon de soleil dans ma vie, qui ironiquement, m’aide encore pendant les périodes sombres.

Mec, sans toi, j’aurais pas acheté ma première barrette de shit à 35 ans quelques mois après notre rencontre.

Comme une deuxième adolescence, mais, positive cette fois.

Musique, discussion, ouverture, du code certes parfois en duo complètement gelés. C’était cool de retrouver après la date sociale d’exemption probable de faire des nouveaux amis d’en trouver un pareil.

En plus, pareil à des ados, on partageait notre secret : nous étions des huguenots. Cette espèce mystérieuse de français qui lors de la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV furent exilés ou occis pendant la guerre de Religion. On estime leur nombre à 12% de la population française de l’époque.

Vous vous en doutez, si on descend de gens, c’est logiquement plus du coté des exilés que des morts qu’il faut regarder.

Lui et moi, on faisait parti des descendants des protestants de l’Est qui avaient migré au plus proche : l’Allemagne.

Notons qu’à l’époque, toute l’Europe a eu accueilli ces réfugiés qui ne parlaient pas leurs langues et causaient de substantielles frictions sur leurs stocks de nourritures. Notons aussi, que ces réfugiés ont contribué au boom économique de TOUTES les nations qui les ont accueilli après coup et ont fragilisé l’hégémonie de la France (c’est un peu con de virer tous ses travailleurs qualifiés quand on a besoin d’armes).

Je dis pas qu’accueillir les réfugiés a évité à l’Europe de subir le joug français dans les siècles qui ont suivi, mais je suggère fortement que le premier dragon de Louis XIV qui a déserté pour la Prussie a littéralement formé l’armée qui va tanner les fesses de la France en 1870 (guerre où mes ancêtres vont se distinguer du coté des Français car ils reviennent avec l’ouverture que Napoléon fait aux protestants).

une petite absinthe?

L’huguenot est français en france, suédois en suède, danois au danemark et émigré quand cela ne lui plaît plus. Et le descendant de huguenot est naturellement enclin au trouble de l’identité nationale multiple. Et, de même qu’à l’époque en 1900 la société questionnait l’amitié franco allemande plutôt que la guerre que prônait certains ré immigrés, on questionne la loyauté des descendants des immigrés nord africains.

Je dis pas que l’Histoire se répète, mais je dis qu’elle a un peu le hoquet.

Si tout les citoyens du monde se comportaient en huguenot, à 16 ans nos états nous lâcheraient la bride pour voyager, et à l’issue de notre « rumspringa » (400 coups), on pourrait choisir si on veut rester de la nationalité qui nous a émancipé.

Ce ne serait plus les états qui décideraient de qui sont leurs citoyens à la naissance et sans discussions à la mode des rois tyranniques, ce seraient les adultes qui choisiraient leur citoyenneté selon leurs goûts comme à l’époque des rois dits fainéants.

Ouais, c’est le genre de discussion qui n’intéresse personne que je pouvais avoir avec le doude.

Qui donc était cet homme ?

On l’appelait le doude, car c’est la prononciation fainéante de dude (le gars, le mec cool) en français. Et c’est une référence courante dans l’univers du funk qui était sa musique favorite avec le guitare psychédélique des années 1970.

Il était un peu hippy d’apparence, cheveux mi-longs avec un grand sourire un peu jauni (tabac/café), une voix naturellement caverneuse et des yeux comme des fentes de bites en permanence à cause d’un manque de sommeil endémique.

C’était un bon vivant qui logeait dans une turne (un peu minable) de Clichy. Qui avait traîné ses guêtres dans les cités parisiennes et pris sa première dose à 13 ans.

On parlait drogue. Il me parlait beaucoup de comment il avait à cœur de décrocher. Il était sous méthadone. Et il me racontait tout ce qui ne donne pas envie de consommer.

Genre comment l’héroïne s’accroche aux trucs de la douleur dans le cerveau mais comme c’est plus fort que le truc que ça mime dans le cerveau (capteur d’endorphine) : ça les niques, et pendant un certain temps tu vas plus avoir de capteur de calmant anti-douleurs naturels qui marchent. Trolololol.

Tu vois le mal de dent sans tes précieuses endorphines ? Et ben, ça fait très mal.

Valà. La drogue, surtout l’héroïne : c’est pas bien. C’est pas moi qui le dit : c’est le doude.

C’est pour ça que je l’admirais. Vous-savez-tu je fais de la boxe. Et j’aime le petit teigneux qu’a morflé sévère mais qui prend sur lui de se relever pour se battre.

Des camés (héroïne, acide, alcool, crack, shit) j’en ai rencontré depuis le collège. Et je dirais que l’alcool a été la première drogue à apparaître.

J’ai grandi dans un coin où quand j’arrivais la première cause de mortalité était encore l’alcoolisme car les patrons du Vexin avait payé leur salarié de l’entre deux guerre pour un tiers en mauvaise gnôle et ils crevaient de cirrhose.

Je vous ai montré mes cuves de quand je brassais?

Et … se moquer des camés à cette époque revenait à rigoler de la paille dans la poutre qui était dans mon œil. L’alcool : c’est une sale came. C’est pas le doude qui le dit : c’est moi.

C’est comme le tabac, un sujet délicat où je navigue entre reprise de contrôle (ouf) et petite dérive. Entre « sous contrôle », et « à quoi bon se faire chier quand le paramètre le plus létale (l’exposition à la pollution de l’air) n’est pas sous mon contrôle ? »

À quoi bon te protéger d’une météorite quand l’air te tue (de manière indolore, incolore, inodore) ? Il faut se faire un peu plaisir dans la vie avant de clamser, non ?

Celui qui diffère de jouir ne s’apercevant pas qu’un poison mortel a été versé à la source de notre vie est en train de gâcher quelque chose.

Vous savez le gars qui bosse toute sa vie pour payer sa pierre tombale (ou autre monument de vanité comme une théorème à son nom ou une médaille sportive).

À chaque âge sa came. Moi en ce moment c’est l’écriture, puis je me reverrais bien profiter de mes dernières années avec un squelette pas trop ramollo pour faire de la boxe. Ce serait dommage de se priver de risquer de se faire crever les tympans ou pocher le nez, pas vrai ?

Et le pire, c’est que je déteste me battre.

Qui donc était cet homme égaré parmi nous ?

Un musicien.

Pas un grand musicien, mais le musicien que l’on souhaite tous avoir comme ami.

Brûlé par des années d’apprentissage de musique classique/jazz casse couille j’avais développé une allergie à jouer de la musique. Toucher un instrument.

Et là, il m’a redonné le goût de jouer, de repartir de zéro, j’ai même fait un blocage sur le solfège et utilise les tablatures pour jouer de la basse.

Alors, bon vous voyez où ça nous mène : il aime le funk, j’aime la basse.

Y’avait même un 2é zikos dans la gang qui interagissait bien avec le doude et qu’était dans le même délire musicale de jouer et entraîner à jouer plus que d’être reconnu. Une musique de bord de rue comme on peut en voir à Montréal quand on sait où se promener.

Le prisme. Lui, il est DJ, il est dans l’électro, il aime les grosses basses.

On était fait pour s’entendre. Et retrouver le goût de la musique même tard, ça valait le coup.

C’est pour ça que je dis que j’ai eu une chouette période d’adulescence (adolescence adulte) avec le doude et le prisme.

C’est ça le rock

Et tous, j’ai oublié le principal on était à fond dans le code et passionnés de faire et de technique. On a fait des super projets ensembles dont je suis aussi fiers que des conneries que l’on a faites après les heures de bureaux :D

C’était un pote comme on en rêve.

La gang

L’art de se présenter

Quand le duke avec sa chemise de bûcheron rouge et blanche que je ne connaissais pas encore m’a demandé de me présenter je lui ai dit de mémoire

Je suis un banlieusard croisé avec un bûcheron canadien.

spoileur : mes premières cuves canadiennes

Avec la chanson (qui maintenant me paraît de l’humour de gros con de Cleese) je pensais surtout à la partie « I’m a lumberjack and I’m Okay, works all night and sleep all day ».

Ça a pu surprendre. Surtout qu’il est pas courant pour un babtou de se dire banlieusard. Quand on est blanc, il paraît que les stigmates de banlieue nous touchent pas. En ce qui me concerne je sais simplement que j’ai commencé à avoir des réponses à des offres d’emplois autant sur Paris qu’en banlieue en mettant mon adresse chez ma grand mère parisienne. Et j’ai aussi découvert dans les facs parisiennes avec beaucoup de bourges de toute la france (faut payer la location ou avoir du piston pour le CROUS) que mes co-étudiants n’aimaient pas trop les banlieusards. Donc, comme ça faisait partie de ma vie à l’époque, j’étais banlieusard jusqu’au bout des ongles et jusqu’à la provoc.

Un open space comme on les aime

Évidemment, j’étais en openspace, les bureaux fermés insonorisés étant réservés la plupart du temps aux VIP : les chefs de projets et autres vizir.

Le bureau vitré des Chef de proj avait de gentils mémos genre « martine vide son cache » et autres rappel à vérifier avant de dire « bug! ».

Les gens présents étaient honnêtement compétents en HTML, flash, CSS et javascript. C’était à l’époque de la guerre des brouteurs webs quand il fallait faire des bidouilles partout autant en javascript qu’en CSS ou HTML pour s’accommoder de ce bordel sans nom, et malheureusement jquery n’en était qu’à ses débuts. Jquery pour ceux qui ne le savent était un sucre syntaxique élégant au dessus de javascript qui prenait en charge les différences entre versions de javascript et du modèle de document (DOM). Je me permet un petit saut dans le futur en disant qu’aujourd’hui jquery est encore présent sur 30% des sites webs alors que son but recherché de faire converger les brouteurs web a été atteint.

Il n’y a littéralement plus besoin de jquery aujourd’hui et tout que ce que jquery a proposé comme innovation a été intégré dans les versions de javascript encore en vie.

C’était aussi à l’époque de la folie PHP et de faire l’hébergement mutualisé sur des VPS.

Je venais plus du « back » (partie serveur) que du « front » (partie blingbling) de la production, mais ça me dérangeait pas avec des collègues savants et bienveillants, a priori ça ne pouvait que bien se passer. Non ?

Sachant que j’avais déjà quelques années de mercenariat (auto-entrepreneur) dans les pattes j’étais habitué à être envoyé en mission pompier à droite et à gauche soit pour éteindre des incendies de code en perdition, soit pour staffer en marche des équipes en tension car j’étais pas long à former.

La gang était fait de plusieurs tribus qui s’entendaient bien : les flasheux, qui développaient sur une technologie aujourd’hui disparue appelée « flash », les pisseurs de HTML/CSS qui étaient en mode donner le rendu conforme aux indications données soit sous formes fichiers photoshop (à l’époque les gens prenaient encore le web pour un espèce de papier magique), soit de powperpoint qui disaient tout sauf ce que l’on avait besoin de savoir, et enfin les intégrateurs. Des gens capables de faire un peu de DB, ssh, sysadmin, PHP pour faire bouger le papier magique.

Puis, il y avait toute la ribambelle classique de non-ouvriers de prod en train de cornaquer : les directeurs techniques, les chefs de projets, les directeurs artistiques.

Ne pensez pas que je les sépare par mépris de classe, on était simplement séparés par un mépris de glace, comme celle des vitres de leurs bureaux.

Chaque fonction dans l’entreprise avait sa place, et ne bougeait pas, ça aide pas à construire un sentiment d’équipe me semble-t’il, mais je m’en fous je ne suis ni RH, ni architecte donc mon avis : il vaut rien.

J’ai un peu oublié tout le monde, y’avait le toulousain -ben- qui chialait tout le temps qu’il voulait revenir au pays, le métis irlando-japonais, clem, qui nous faisait découvrir les meilleurs restos pas chers de paname, pik et duke les skaters fous, le doude.

Dans les mercenaires, il y avait prisme, un graphiste indé avec qui le courant passait bien. On en a fait des soirées ensembles après …

Et cette gang n’était pas que compétente, elle aimait partager, ce qui fait que j’en ai profité pour apprendre des meilleurs le HTML/CSS/javascript.

Si un jour je les revois je leur dirais bien merci car à l’époque mon niveau dans le domaine était un peu léger.

Le jour où je suis devenu pote avec le doude

C’est un jour de baroud pour fêter un chantier (projet en jargon informatique) qu’on avait terminé et pour lequel tout le plateau était invité qu’on était ensemble.

J’étais à coté du doude que je ne connaissais pas encore et je lui ai dit : > Pour un projet où l’on a trimé, ils ont invité tout le plateau (dont ceux qui > ont rien à voir) 49 personnes pour partager 7 bouteilles. C’est du foutage de > gueule.

Et tel Robin de la Soute à Charbon je suis allé près du buffet et j’ai eu glissé une bouteille de champagne dans la manche de mon blouson en cuir, soustrayant ni vu ni connu une bouteille d’un partage injuste des fruits du travail avec ses camarades prolétaires. Nan, je déconne, j’étais juste un gars qui voulait boire plus et eux aussi.

Et donc on est sorti dans le parc devant les locaux avec la gang et on s’est présenté, et il a fait tourner un bédot de fort bonne qualité. Je suis sûr qu’il y avait le pik et le prisme.

Il a kiffé mon audace, j’ai aimé être reconnu pour mon talent :D

Ce qui me fait pensé que je parle déjà de la soute sans avoir commencé à en parler. Ce n’est que partie remise.

Encore une bière pour fêter ça

Parler comme un livre, où écrire comme on jacte (à la gare de l’Est) ?

Là d’où j’ai grandi, parler comme un livre, c’est un compliment, de celui qui s’exprime d’une manière qui émerveille.

Quand j’étais déménageur ça voulait dire parler doctement et t’expliques tout de choses qu’il ne sait pas faire : synonyme de branleur ou consultant TI.

Quand ils ont vu que je savais démonter un meuble avec ma clé de poche pour vélo, ils ont arrêté de me dire que je parlais comme un livre. Ça s’appelle surmonter les handicaps liés aux préjudices.

Non que je sois opposés à leur point de vue, je dirais même que je le partage, mais mon coté inadapté social fait que je prend un peu de temps à bien causer comme le péquin avec lequel je turbine. Donc, des fois j’ai du retard à l’allumage sur le comportement social, l’accent et le vocabulaire.

C’est terrible de ne pas fréquenter qu’un milieu social et linguistique. À chaque groupe il faut changer ses mots et intonations et se méfier des faux amis.

Ce qui pour le conio de la rue veut dire l’évidence, veut dire la preuve par calque avec l’anglais chez les managers qui ont trop biberonné d’anglais. Ils ne corrigent plus leurs trous dans leurs infras : ils fixent les issues. L’absurdité en français de fixer les issues pour éviter à un bateau de couler crée donne envie de pouffer en réunion.

L’illusion qu’il existe UN français qui nous dominerait tous, c’est de l’ébousgroufe, de l’entourloupe, du foutage de gueule.

Je ne critique pas, mais je dis verge. Je dis qu’on diverge, et je trouve ça cool.

Non, que je serais contre que ça change, et je rêve de règles de simplifications. Je suis même tenter de dire -mais merde- pourquoi on colle un sexe sur tout ?

Est-ce qu’il faut voir derrière LA voiture qui essaie de RENVERSER MON VÉLO une tentative d’accouplement ? Est-ce que ça porte du sens que le vélo soit un trav qui en jouant de la pédale devienne UNE bicyclette ? Est-ce que c’est sensé qu’un motocycle électrique (une moto) débridé soit à 50 de blinde sur les pistes cyclables car un quidam appelle ça un vélo à assistance électrique ?

Je sais pas ce qui se passe avec le français, mais les mots deviennent absurdes souvent aidés par une bureaucratie qui nous vend de l’absurdité.

J’en suis au point où vu qu’on condamne les masses à vivre leurs dernières générations, autant qu’on leur foute la paix.

On devrait vider les caisses de tout les états et faire la fête jusqu’à ce que le réchauffement climatique rende le monde invivable.

Je propose même qu’on laisse un grand terrain en alaska pour que ceux qui ont envie de se taper dessus se tapent dessus une bonne fois pour toute.

On parle pas la même langue car la langue est auto-référentielle, et on ne peux pas échapper à « je », ni à « nous »; donc elle converge et diverge au gré des gens qu’on rencontre et de leurs histoires.

Pour pas introduire de biais il faut parler de soi quand on parle des autres, pour diminuer les malentendus. Le doude, l’avait le parler titi ayant grandi dans les quartiers mixtes avec grands ensembles dans le sud de Paname. C’est peut être à 13 ans m’a-t’il dit, qu’il avait eu sa première l’expérience avec l’héroïne.

Tu vois, dit-t’il, le plaisir est si intense que tu veux le retrouver à nouveau, manque de pot à chaque fois ton plaisir ressenti est moindre, donc certains sont tentés de monter les doses pour rester à plaisir égal.

Tu sais moi j’ai arrêté les conneries, d’ailleurs, j’ai un bote en Creuse qui a un podcast qui va m’héberger, et je prends la méthadone.

Je dois admettre qu’il avait parfois les grosses poches sous les yeux quand ils prenait de la codéine.

Ça lui donnait des yeux rigolos.

Donc, voilà, on est prêt à ouvrir la porte de la soute à charbon des sherpas du codes.

Qui se déroule à Paname # Banlieusard, et alors ?

Se prendre les clichés dans la figure dès le premier CV

My sweet banlieue pourrie, qu’est pas le Mississipi, mais la boucle de l’Oise

L’acte fondateur de mon embauche en informatique a été de mentir sur mon CV sur mon lieu de résidence, tant pour les études que pour mon premier boulot.

C’est magique comme même pour un babtou comme oimedé (mézigue en verlan), un simple changement d’adresse postale change la donne. D’un seul coup, une adresse de la mère grand dans les beaux quartiers vous fait passer de 0 retours sur 100 CV à 50% de rappels.

Même chose en effaçant stratégiquement le bac +2 dans le public obtenu à 500m de l’ESSEC. À croire que quand il s’agit d’aller faire de la bullshit éco chez les Jésuites la discrimination n’importe plus.

De plus, la « banlieue » est un phénomène récent, lié au doublement de la population sur une zone. Résultant dans 2 choses : la hausse des loyers, et la bétonisation/dégradation du niveau de vie. Par contre, avant on se faisait chier car y’avait rien, après on se faisait chier en contemplant les terrains de sport vide 95% du temps où l’on aimerait bien jouer, mais le gardien vous explique que c’est interdit car si on laissait tout le monde en profiter ce serait l’anarchie.

L’immigration ici n’a jamais été un sujet, elle a toujours été traditionnellement divisée entre les ouvriers étrangers moins chers pour remplacer les ouvriers locaux (que ce soit parce qu’avec 1/3 de la paie en nature en mauvaise gnôle le taux d’attrition était élevé, ou que ce soit pour casser les mouvements ouvriers), et les bénéficiaires du droit d’asile pourvu qu’ils aient soutenu une dictature, soient riches et collent pour le FN.

Un ami du XXé à Paname m’expliquait la distinction entre quartiers populaires et ouvriers. Les quartiers populaires sont … peuplés et cosmopolites de toutes catégories sociales, les quartiers ouvriers sont les anciens ghettos d’avant qu’on vilipende la « racaille ». Ces quartiers comme « les cordeliers » dont venait le Charb de Charlie hebdo il y a (à 2km à vol d’oiseau) une tradition orale différente de mon quartier « Notre Dame » (aka little Portugal).

Je suis moi même descendant d’une des nombreuses vagues d’immigration locale dont les plus anciennes avaient leur rue, comme les ploucs (terme péjoratifs pour les désigner) de Bretons de la rue de la Bretonnerie. Moi, c’est les huguenots (comme le doude), wallons et les creusois. Les immigrés du XIXé, auxquels on expliquait que la messe le dimanche était obligatoire et le syndicalisme une cause de licenciement. Et comme les espinguoins, ripalous ou polak qui ont suivi au XXé siècle on a pas été mieux traité que les précédents, ni que les suivants.

Après, l’émigration africaine a ceci d’aggravant, c’est qu’eux ça se devine à là couleur du faciès comme avant ça se faisait sur les nippes ou sur l’accent.

Pour moi, les cris d’orfraies que je me prends quand on me dénie le droit d’être banlieusard sont les mêmes conneries que ceux qui essaient de cliver les banlieusards entre immigrés récents et anciens. Vous voyez on a une continuité de tradition orale souterraine.

À Pontoise (capitale du Vexin Français), surplombant la gare le fils du pays -criminel de guerre et casseur du mouvement d’émancipation des esclaves Haïtiens- se trouve le général Leclerc. Dans les environs, les rues Leclerc sont légions et on a du mal à se souvenir si par hasard ça date pas d’avant la deuxième guerre mondiale.

Ben voyez-vous, en tant que bon banlieusard, comme mon père, d’autres avant et après, j’ai repeint les couilles de ce fils de sa race d’enfant du pays criminel de guerre et beau frère d’un tyran.

Je suis pas spécialement un énervé, c’est juste que je suis plus un actif de l’ombre qu’une grande gueule. Genre plan, quand mes voisins ont leur portail qui grince je m’introduis la nuit dans leur résidence en loucedé pour mettre de l’huile dans les gonds de leur portail et dormir en paix. C’est mon coté bûcheron canadien.

Soyons honnête, avec mon faciès et mon histoire, dans la compétition à la victimisation de banlieue, je joue en mode « casual », je peux parler comme il faut (mais là c’est mon livre, alors j’écris comme ça me plaît), et enfiler un costard pour jouer des claquettes en avant vente. Il reste que la stigmatisation de banlieue touche tout le monde, sinon, j’aurais pas eu besoin de truander mon adresse aussi souvent.