Également: Renseignements statistiques du Congrès de Varsovie (annexe).
Printed in
Building an Oecumene of Historians. Documents on the History of the Comité International des Sciences Historiques 1926–2026, vol. 29, doc. 8
volume linkBern 2026
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| Archive | Publication |
| Archival classification | Pub No. 27 (1935) Vol. VII, p. 136–140 |
| Dossier title | Bulletin of the international Committee of Historical Sciences (BOICHS) |
dodis.ch/74819
Rapport du Vice-président du Comité organisateur du Congrès de Varsovie de 1933, Handelsman1
Documents présentés au Bureau et à l’Assemblée générale du Comité international
Je suis désolé de devoir prendre la parole pour remplacer notre cher président le Professeur Dembinski qui, avec son charme personnel et sa délicatesse serait le mieux qualifié pour répondre aux paroles si émouvantes de S. Exc. le Ministre et de notre éminent président, M. Coville. En les remerciant de leurs vœux de bienvenue, je me bornerai à dire que depuis le Moyen Âge chaque homme civilisé en Europe a deux patries: la sienne et la Sorbonne et c’est au milieu de cette même Sorbonne que le Comité français a cru devoir nous recevoir aujourd’hui d’une manière si hospitalière. Empêché par ses travaux scientifiques d’être des nôtres, M. Dembinski m’a chargé de prendre la parole dans cette réunion. Très fier d’être appelé à vous présenter ce rapport au nom du Comité polonais pour vous demander de sanctionner son œuvre, je tâcherai de me tirer de ce devoir de mon mieux.
Avant d’entrer dans les détails de mon rapport en ma qualité de premier vice-président du Comité organisateur du VIIème Congrès des Sciences Historiques, je tiens à rappeler devant cette assemblée si brillante tous les mérites de notre infatigable secrétaire général M. Manteuffel qui, à vrai dire, par son travail désintéressé, a été la véritable cheville ouvrière de cette immense entreprise (applaudissements). Car il faut le dire c’était une œuvre immense, n’en jugerait-on que par le nombre de participants. Il suffit de comparer les chiffres qui sont entre vos mains. Permettez de vous présenter ici même mes excuses pour quelques erreurs de copie qui se sont glissées dans le texte qui vous a été distribué avant la séance, erreurs dont vous vous êtes sans doute déjà aperçus vous-mêmes.
Le congrès de Varsovie a été le congrès le plus nombreux qui ait jamais existé: alors que 950 personnes avaient pris part au Congrès d’Oslo nous en avons eu chez nous 1031, et, il faut le dire, le Congrès de Varsovie a dû se réunir dans un moment de dépression économique universelle, après la chute du dollar. Je crois donc pouvoir dire que ce fut un véritable succès.
Pour les autres détails: nombre de communications qui furent présentées effectivement, participations de chaque pays, emploi des langues, vous les trouverez dans le rapport qui vous a été distribué. Il faut tout de même essayer de fournir pour la participation de différents pays une caractéristique générale. À Varsovie nous avons observé une intensification considérable de la participation des nations européennes continentales, surtout de nos voisines de l’Europe Centrale et Orientale, à une seule exception près, celle de la Lithuanie que nous avons déplorée – une grande part de la France, qui occupe la première place bien qu’elle ait eu moins de délégués à Varsovie qu’à Oslo, une part brillante de l’Italie, qui a annoncé 39 communications pour 15 à Oslo. Par contre, un fait déplorable – résultat immédiat de la situation financière – c’est le nombre très restreint des représentants des pays transatlantiques, États-Unis, Canada. Mais ce qui nous a frappé surtout au cœur ce fut l’absence de notre grand ami – l’inlassable fondateur du Comité international, M. Leland.
Avant de passer au résumé des travaux du Congrès je vous présente les sommes globales, en chiffres ronds, de notre budget. Le gouvernement de notre République nous a alloué, après les avoir fait voter par les Chambres, des subventions successives de 300 000 fs. fr. Les cotisations ont atteint 100 000 fs. fr. dont plus de 50 000 fs. furent versés par les membres polonais. Sur les 400 000 fs. fr. la part de la Pologne, État et particuliers, s’élève à plus de 350 000 fs. fr.
En passant à l’œuvre accomplie, au caractère des travaux du Congrès, je tâcherai de tirer certaines conclusions des données du rapport.
Le Congrès a été divisé en 15 sections et il a eu 12 séances spéciales, formant en somme 27 sections. Ces sections ou groupes spéciaux ont tenu 101 séances, avec 284 communications, ce qui fait 4 séances et 11 communications par section, et 2,8 communications par séance. C’est au fond une proportion raisonnable, une situation qui a donné pour la première fois la possibilité de discuter d’une manière scientifique, car on peut discuter 3 communications dans une séance de 3 heures. En comparant les travaux des séances à Oslo et à Varsovie, une observation générale doit être faite: c’est le nombre très élevé des auditeurs, nombre qui a atteint parfois 300 personnes, et qui n’est jamais descendu au-dessous de 20. Étant donné le nombre, la direction des discussions demandait une main très forte du chairman, du président, pour ne pas permettre aux séances de se transformer, ou plutôt de se déformer en réunions tumultueuses. Les noms des présidents garantissaient la réussite de ces travaux. Il faut souligner en outre un autre côté de l’activité du Congrès: c’est le nombre et l’importance des vœux adoptés par les sections. Sans apprécier leur valeur pratique, ce qui sera la tâche de nos assises actuelles, il faut souligner que l’initiative est venue du côté français, italien et polonais. Et puis il y eut une initiative vraiment et par excellence internationale, par son caractère et le caractère de son initiateur, je parle du vœu présenté par notre secrétaire général M. Lhéritier.
Le véritable titre de gloire de notre Congrès lui a été conféré par ses expositions. Il faut citer en premier lieu l’exposition de géographie historique, avec son excellent catalogue, œuvre d’érudition scientifique de haute valeur, l’œuvre collective d’un Allemand – Curschmann, d’un Belge – Ganshof, de deux Polonais Semkowicz, assisté d’Arnold, avec le concours si actif et si fécond de la science française et italienne.
D’autres entreprises de moindre envergure comme l’exposition du livre historique polonais, soviétique ou tchécoslovaque portaient leur marque spéciale et étaient d’un grand intérêt pour les congressistes. Du moins pour moi l’œuvre de la Russie soviétique dans le domaine de la production historique a été dans une certaine mesure une révélation.
En pensant à ceux qui vont venir après nous, je passe aux observations tirées de notre expérience.
Première constatation: 101 séances pendant 5 jours de travail, donc 20 séances par jour. C’est énorme. Il faut admirer l’assiduité des membres du Congrès, on peut les traiter d’ultra-travailleurs, mais on ne peut pas ne pas avouer que ce travail dépassait leurs forces. Pour le bien des congrès futurs il faudra prendre les précautions nécessaires pour restreindre l’ensemble du programme.
Autre constatation: le programme de chaque section et le programme de chaque séance ont été conçus de façon à former un ensemble groupé d’après un principe logique. C’est le grand succès de M. Manteuffel, qui conseillé par M. Lhéritier et M. Vigander, et avec les suggestions de M. Koht – a pu obtenir ces résultats. Mais tout de même 101, ou seulement 27 mondes organisés d’une manière harmonieuse, vivant, travaillant, à côté les uns des autres, ne peuvent en fin de compte aboutir qu’à un chaos, d’où l’on ne peut sortir. Et d’autre part, un programme plus limité et plus précis, peut servir de base pour un monde vraiment uni. Qu’il me soit permis de rappeler les travaux de la section XV, de l’Europe Orientale, qui donnèrent un bel exemple en constituant un véritable congrès, traitant d’un sujet restreint et qui a attiré de 50 à 300 personnes à chacune de ses séances. Ou bien je citerai le cas de la séance spéciale de la démographie historique, et à ce propos je me permets d’attirer votre attention sur la grande perte qu’a éprouvée cette branche importante de notre travail collectif, la science internationale et polonaise par le fait de la mort prématurée de notre éminente collègue, professeur et sénateur, Mme Sophie Daszynska-Golinska.
Enfin troisième constatation. Il n’y avait pas au fond de différence entre rapports et communications, ou plutôt l’idée ingénieuse de M. Lhéritier resta incomprise, ses suggestions sont restées inefficaces. Seul M. Pagès, à ce que je sache, s’est tenu rigoureusement dans le cadre de ce qu’on a prévu. Il faudrait donc pour l’avenir, ou bien supprimer cette division en deux catégories, insuffisamment définies, et revenir, à l’uniformité des communications, ou bien essayer de les différencier d’une manière beaucoup plus rigoureuse.
J’en viens à la conclusion. On a dit justement que l’esprit d’Oslo c’était le Geist der Versöhnung; je pense qu’à Varsovie nous avons fait un nouveau pas en avant dans cette voie de compréhension mutuelle.2 S’il fallait chercher un mot pour caractériser le Congrès de Varsovie, je crois qu’on pourrait dire, que l’esprit d’amitié a dominé nos travaux en Pologne. Une amitié qui embrassait non seulement nos amis de toujours, mais aussi tous ceux qui sont devenus nos amis, aussi sincères, dans l’atmosphère que nous avons essayé de créer à Varsovie et à Cracovie.
Ce fut une excellente idée de choisir la Suisse pour succéder à la Pologne, la Suisse qui représente depuis toujours, et qui j’espère représentera toujours den Geist der Versöhnung et l’esprit d’amitié entre les peuples – pour le bien de l’humanité.3 C’est donc à nos amis suisses que je passe la lourde besogne du nouveau travail d’organisation, que je transmets ces valeurs morales que nous avons créées dans le domaine du rapprochement international, c’est donc nos amis suisses que moi et tous mes collègues polonais nous sommes prêts à servir de notre expérience, de notre appui, de toute notre bonne volonté de coopération.
[…]4
- 1
- Bulletin of the International Committee of Historical Sciences, No 27, juin 1935, vol. VII, pp. 136–140. Ce rapport est présenté par le Vice-président du Comité organisateur du VIIème Congrès international des sciences historiques à Varsovie en 1933, Marceli Handelsman, devant l’Assemblée générale du CISH lors de sa huitième session à Paris en 1934. Le rapport est intégré au procès-verbal de l’Assemblée. Pour le procès-verbal dans son intégralité, cf. dodis.ch/75283.↩
- 2
- Sur l’esprit d’Oslo, cf. la conclusion du Congrès de 1928 par le président du Congrès et Président du CISH, Halvdan Koht, QdD 29, doc. 4, dodis.ch/74816.↩
- 3
- La localisation est votée par l’Assemblée générale lors de sa septième session à Varsovie en 1933. Pour le procès-verbal, cf. dodis.ch/75282.↩
- 4
- Pour les renseignements statistiques sur le Congrès de Varsovie, cf. le facsimilé dodis.ch/74819.↩


