Journée d’études : “Sens et Essence(s)”, Saint-Étienne, Cercle Européen de Recherche et de Création Littéraire (CERCL), le 8 avril 2026
Chaque année, les travaux du CERCL (Cercle Européen de Recherche et Création Littéraire) s’organisent autour d’une notion large. En 2026, le thème “Spectralité(s)”a été retenu. Entendu à la fois comme métaphore du spectre et donc de la polysémie des notions et comme espace intermédiaire de réflexion, un entre-deux entre recherche et création ; c’est dans ce large champ que s’inscrit cette journée d’étude, qui propose d’interroger le lien et le croisement entre deux notions très polysémiques : sens et essence, dans les littératures et les arts mais également au sein d’une pratique de recherche-création transdisciplinaire.
Il s’agit ainsi d’articuler une réflexion sur le monde sensible (entendu comme ce qui peut être perçu par les sens, ce qui concerne le domaine des sensations) – perception corporéité, expérience sensorielle, phénoménalité – et une réflexion sur la notion d’essence (entendue cette fois-ci comme le fond de l’être, la nature profonde, les caractères constitutifs d’une chose ou d’un individu) – absolu, vérité ontologique, transcendance, structures profondes du réel, ou “forme”. La notion d’essence, qui se trouve également au cœur des réflexions de René Descartes : “je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser” ou de Jean-Paul Sartre dans L’existentialisme est un humanisme : “Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, et se rencontre, surgit dans le monde et qu’il se définit après.”, pourra être élargie et associée à un corpus plus large, en particulier lorsqu’elle est articulée au sensible.
Le sensible est entendu, chez de nombreux auteurs tel que Charles Baudelaire ou Marcel Proust, comme une clé d’accès vers une vérité plus profonde de l’être : Pour Anne Simon, Marcel Proust déploie en ce sens une “esthétique de la surimpression” qui vise précisément à mettre au jour l’essence du sensible. C’est alors la synesthésie (l’intimité et la confusion au sein de l’expérience subjective), qui apparaît comme un outil et une pratique privilégiée pour accéder à une connaissance parfois ontologique. Il faut en ce sens envisager l’œuvre littéraire du point de vue de la convergence des sensations, qui d’une part déplace le champ de la perception, et d’autre part ouvre un espace de révélation sur le monde. Entre symbolisme et exploration phénoménologique de la mémoire et du corps, l’expérience sensorielle se présente comme un opérateur herméneutique ambigu (qui met au jour une “conscience en actes”), dont il serait également pertinent de questionner la fragilité.
Les œuvres littéraires et artistiques mettent fréquemment en jeu une véritable dialectique du sensible et de l’essence qu’il s’agira de mettre au jour durant cette journée. En premier lieu, l’expérience de la perception, du sensible, apparaît comme une médiation possible vers une vérité profonde de l’être et agit comme une révélation. Mais, dans un second temps, il faut également considérer que cette même expérience sensible peut fonctionner comme une surface d’opacité, une limite structurelle de la connaissance (est-il possible d’atteindre l’essence autrement que de manière indirecte, fragmentaire, ou négative, auquel cas l’espace de perception fonctionne également comme un espace d’illusion). Cette tension dialectique ne semble pas avoir de résolution possible, et constitue au contraire un moteur majeur de la création littéraire et artistique, où l’exploration du monde perceptible devient indissociable de l’interrogation sur ce qui, dans le réel, excède toute saisie immédiate.
La littérature et les arts, dans leur dimension esthétique et heuristique, constituent en ce sens un laboratoire privilégié pour observer cette articulation entre expérience sensible et vérité du réel (selon les cultures, les époques, etc.). Il s’agira de montrer que les champs de la création et de la critique deviennent également des espaces de réflexion qui produisent, transforment ou déstabilisent le sens.
Plusieurs axes d’études ont été annoncé, dont deux qui intéressent notre époque d’étude :
– l’esthétique théologique et mystique explore la potentialité d’une transcendance, d’une dimension excédant toute phénoménalité ordinaire.
– La théorie de l’expérience esthétique interroge également la manière dont l’œuvre produit des effets de vérité ou de transformation du sujet.
Responsables scientifiques : Paolo Dias Fernandes (UCA/CELIS), Alicia Faure (UJM/ECCLA)
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Aussedat Gaëthane (24 mars 2026). Journée d’études : “Sens et Essence(s)”, Saint-Étienne, Cercle Européen de Recherche et de Création Littéraire (CERCL), le 8 avril 2026. Collectif d'Historiens de l'Art de la Renaissance. Consulté le 1 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15xm9



