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Explorer nos liens au Vivant · Jul 28, 2024

Géologie intime

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Anaïs Gauthier · Explorer nos liens au Vivant

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Bonjour,

Pour cette édition #5 de ce nouveau format sur Substack, dans lequel j’approfondi les thématiques que regroupe mon concept d’Ecologie Personnelle reliant le mieux-être individuel aux enjeux écologiques collectifs, j’ai envie de vous partager une observation intime sur une thématique que j’ai appelé “Géologie(s) intime(s)”.

Comment notre vécu des paysages que nous habitons nous renseigne sur ce que nous vivons ?

Bonne lecture ☀

AU PROGRAMME :

  • Géologie intime

  • Comment mon grand-père est devenu gardien des montagnes ?

  • Influence du lien humain

  • Toutes les météos ne me soignent pas

Quand les paysages et la météo nous enseignent sur ce que nous vivons

J’observe depuis des années la façon dont je me sens dans le paysage. J’ai remarqué que la façon dont je vis un même paysage peut évoluer avec le temps et les périodes de vie.

A mon retour d’Alaska en 2018, je ressens un tel décalage avec mon environnement social et urbain (à l’époque j’habite encore Paris), que je décide de passer davantage de temps en montagne.

Ma famille est arrivée dans un petit village de haute-savoie au début du XXème siècle, à une époque où c’était encore une grande aventure de faire le trajet depuis la gare de Lyon qui déversait déjà son lot de touristes parisiens.

C’est un village en fond de vallée, le dernier espace habité avant que les montagnes ne forment une murailles matérialisant la frontière avec la Suisse. Entourée de sommets découpant le ciel tout autour de moi, ce lieu fut mon hermitage plusieurs mois par ans pendant cinq années.

Je m’y suis même auto-isolée plus d’un mois avant l’annonce d’un confinement national par le gouvernement pour cause de COVID en 2020. J’avais décidé de m’y réfugier afin de poursuivre la phase d’introspection dans laquelle j’étais.

Que puis-je apporter au monde ?

Quelle est ma place ?

A quoi ressemblerait une activité professionnelle qui partirait de qui je suis profondément, de ce qui m’anime, de mes talents ?

Alors qu’il s’agissait d’un petit studio, je m’isolais là-bas comme je l’aurais fait dans une cabane perdue au milieu du bush alaskien. Le studio est juste assez en bordure de village pour ne pas ressentir l’effervescence du tourisme dans cette station qui ne vit que par le ski l’hiver, le VTT l’été et sommeille entre les deux.

Ne voyant que quelques commerçants familiers le jour du marché, je passais mes journées entre réflexions, introspections, créations et marches dans la nature. La forêt de conifères qui surplombe le studio, la rivière s’écoulant non loin et les montagnes me surplombant chaque jour, étaient alors un soutien inespéré, non jugeant, inspirant. J’entretenais une relation quasi quotidienne avec la cascade dont l’humeur changeante résonnait avec ce qui se passait en mon intériorité. Le vent me donnait parfois des réponses dont l’élan d’enthousiasme me transportait pour plusieurs jours. Je demandais parfois inspiration et clairvoyance à la forêt. Les montagnes m’offraient une forme d’humilité et de stabilité qui atténuait mes tourments. Je remerciais toujours pour chaque petite avancée, pour chaque flash de lucidité, pour chaque émergence créative.

C’est alors assez naturellement qu’à mon retour de six mois vécus au sein de la communauté du Schumacher College dans le Devon (UK) l’année dernière, je choisi d’élire domicile dans ce coin des Alpes auquel je me sens appartenir.

Moins d’une année après cette décision, alors que je reviens de 2 mois en van dont une bonne part sur ce territoire du Devon que j’affectionne particulièrement, je note alors un changement en moi. De ces changements subtiles qui pourraient passer inaperçus. Comme si quelque chose avait été remplacé par autre chose que je ne connais pas encore.

Ce ressenti apparu dès le lendemain de notre retour chez nous. Mais il me faudra des jours pour commencer à le mettre en mots. C’est comme un appel sourd, une sensation à la fois profonde et vaporeuse qui se situerait entre le plexus et les entrailles. Un besoin de prendre de l’altitude, de gravir l’un des sommets qui me dominent, de m’extraire de cette vallée qui m’entoure et me contient.

Arpenter une crête, prendre un téléphérique, monter pour respirer.

Comme cette urgence ressentie en fin d’apnée, à regagner rapidement la surface.

Ce paysage protecteur et réconfortant il n’y a pas si longtemps, se serait-il transformé en étau ? Serait-il à présent trop étriqué pour moi ?

Cette observation m’interpelle d’autant plus que je ne suis plus au même stade de ma vie. L’abysse des doutes, des craintes, des incertitudes, a laissé place à la confiance et une phase d’expansion a pris le relais. Plus palpable que jamais en ce moment, l’expansion se matérialise par l’augmentation de ma visibilité professionnelle et de mes travaux et créations (écriture, conférences, déploiement du concept de l’Ecologie Personnelle). A travers eux, c’est l’épanouissement de ce qui m’animait enfant, de ce qui me rendait joyeuse, de ce qui me semblait avoir un sens.

Mon essence qui trouve sa place dans le monde.

Je ne peux que constater qu’un paysage qui signifiait pour moi, la sécurité, le confort et le secret, est aujourd’hui devenu presque inconfortable. Le contraste est d’autant plus frappant qu’il est juxtaposé à plusieurs semaines passées dans le Sud du Devon, là où j’ai vécu l’année dernière. C’est une terre vallonnée, très valonnée par endroits, aux routes et aux arbres sinueux et mystérieux. Un maillage de haies entourant les champs et quelques bois et forêts disséminés.

Là-bas aussi, je suis en relation avec une rivière, la Dart dont les flots sont bien plus calmes et plus bruns que les eaux glacières et limpides de la Dranse qui traverse mon village. Le paysage du Devon a quelque chose de plus humble, de plus accessible que les hauts sommets des Alpes. Je peux facilement l’arpenter à pieds ou à vélos et le sommet d’une colline m’offre l’horizon plus facilement que dans la Vallée d’Aulps. Là où la Dranse s’est imposée vivement, creusant la roche en sillons de plusieurs dizaines de mètres de profondeur, la Dart semble s’écouler en douceur et en largeur, mollement, dans un paysage bucolique et verdoyant.

Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’influence des relations sociales que je tisse dans ces deux paysages. Quand le territoire de la Dart me parait plus doux et soutenant mes aspirations, c’est aussi que l’environnement humain y est particulièrement chaleureux et ouvert d’esprit. Aucun autre territoire ne m’a offert ainsi de pouvoir exprimer librement toutes les facettes de ma personnalité et toute la palette des sujets qui m’intéressent. Sans jugement, avec bienveillance, curiosité et encouragements. Il m’a semblé en à peine trois jours, que j’avais eu davantage de relations sincères et nourrissantes qu’en plus de six mois au coeur de la vallée.

Est-ce que la difficulté à créer du lien avec la population ne contribuerait pas à me faire ressentir les montagnes qui nous encerclent comme un isoloir ?

Quand le soleil révèle le relief dans toute sa splendeur et que le bleu du ciel n’accueille aucun nuage, ce sont les moments où je ressens ce besoin presque irrépressible de m’extraire du paysage pour retrouver ampleur et aisance. A contrario, j’affectionne particulièrement les nuages qui descendent dans la vallée et gomment le haut des sommets parfois jusqu’à douter de leur présence. Enveloppée de leur fraicheur humide, je me sens apaisée, rassurée.

J’accueille cette météo comme un ami cher qui me rendrait visite et avec qui je me sens bien. Même la pluie - à condition qu’elle ne soit pas d’une grande intensité, auquel cas mon sentiment de sécurité peut disparaitre au profit de l’incertitude - à ce quelque chose de familier et de réconfortant.

Cette météo était fréquente dans le Sud de l’Alaska. Je passais des heures à savourer le ballet des nappes de brouillard défaire le paysage autour de moi. J’aimais sentir l’humidité à travers mon pantalon imperméable lorsque je posais mes fesses sur le banc froid du ferry ou sur un tronc d’arbre allongé au sol.

Cultiver ma relation aux paysages et mon observation des effets de la météorologie sur mon être, est pleins d’enseignements me permettant une connaissance plus fine de moi-même et de mon environnement.

Nous vivons ensemble.

Co-évoluons.

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/// Anaïs

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