On vit à une époque où l’on s’écoute beaucoup. Beaucoup, beaucoup.
Parfois avec justesse, parfois avec intensité, on s’écoute comme si chaque micro-sensation intérieure devait immédiatement être identifiée, nommée, rangée dans une case, contextualisée, respectée, partagée, validée, puis éventuellement affichée sur Instagram dans une typo beige avec une phrase du type : “honorer mon rythme”.
Alors évidemment, il y a du bon là-dedans. Je ne vais pas faire semblant de regretter l’époque où tout le monde serrait les dents jusqu’à finir avec un ulcère, trois addictions et une personnalité en carton-pâte. Mettre des mots sur ce que l’on ressent, comprendre ses blessures, identifier ses limites, reconnaître ses différences, ses traumas, ses fonctionnements, tout cela est nécessaire, et je pense même que c’est une des plus belles avancées de notre génération.
Mais comme souvent, nous avons pris une avancée nécessaire et nous l’avons poussée jusqu’au ridicule ; nous, êtres humains, sommes décidément très doués pour transformer un outil en abonnement premium à notre propre nombril.
Aujourd’hui, tout porte un nom. Tout se catégorise. Tout s’explique. Tout devient une identité. On ne dit plus simplement “je n’ai pas envie”, on dit “je sens que mon système nerveux n’est pas disponible pour ça aujourd’hui”. On ne dit plus “j’ai la flemme”, on dit “mon corps me demande du repos”. On ne dit plus “j’ai peur d’être nulle”, on dit “je ne suis pas alignée avec cette énergie”.
Et pour être honnête, je pense qu’ici on s’éloigne de l’alignement. A un moment, il faut juste se lever et arrêter d’obéir à tous nos petits bobos intérieurs.

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