Ce qui me fascine avec les notes vocales, ce n’est même plus leur existence, mais la vitesse à laquelle elles ont redessiné notre manière de communiquer sans qu’on s’en rende vraiment compte.
En quelques années, nous sommes passés d’une génération qui s’appelait constamment à une génération qui considère désormais un appel imprévu comme une forme d’agression psychologique.
Soyons honnêtes : aujourd’hui, quand le téléphone sonne sans prévenir, personne ne pense spontanément : « Tiens, quelqu’un veut me parler. » Non. Notre cerveau part immédiatement dans quelque chose de dramatique : qu’est-ce qui se passe ? Qui est mort ? À quelle sauce vais-je être mangée ?
Et pourtant, paradoxalement, les mêmes personnes capables de laisser mourir un appel entrant regardent sans trembler une note vocale de neuf minutes trente-huit arriver sur WhatsApp comme si elles recevaient un petit courrier de la poste.
Neuf minutes trente-huit.
À ce stade-là, ce n’est plus une note vocale, c’est un épisode de podcast indépendant, un TED Talk, voire une forme extrêmement moderne de prise d’otage affective.
Le plus ironique étant que je fais exactement la même chose et que, bien évidemment, j’adore ça.
Je suis une immense adepte des notes vocales justement parce que je déteste le téléphone. Le téléphone impose quelque chose qui m’a toujours crevée : l’immédiateté. L’obligation d’être disponible maintenant. D’être émotionnellement prête maintenant. D’interrompre ce qu’on est en train de penser ou de faire pour entrer instantanément dans le rythme mental de quelqu’un d’autre.
Je trouve ça parfois intrusif.

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