La haine est une émotion hors de prix.
La semaine dernière, je vous parlais du ressentiment, de sa lourdeur tenace qui entre en nous sans fracas, s’installe dans un coin, pose ses affaires, demande à peine la permission, puis finit, quelques mois plus tard, par occuper tout l’espace intérieur comme une invitée que personne n’a vraiment conviée, mais qui commente désormais nos choix, nos souvenirs, nos blessures, nos humiliations et nos frustrations.
Cette semaine, j’ai envie de continuer ce fil en parlant d’un autre sujet collant : la haine.
Il y a la haine cinématographique, celle des portes qui claquent, des verres cassés et des phrases définitives que l’on regrette en général assez vite, et puis il y a la haine ordinaire, et c’est celle-là qui est dévastatrice, principalement pour la personne qui la porte.
Cette haine-là banalise le ressentiment quotidien, les désaccords. Elle est plus banale, certes, plus quotidienne, mais aussi plus insidieuse. Elle ne se présente d’ailleurs pas toujours comme de la haine, mais elle se glisse partout, dans les commentaires, les jugements, les conversations, les petits rires secs, les phrases cassantes qui laissent derrière elles une odeur très reconnaissable : celle d’une âme qui commence à manquer d’air.
La haine est une émotion hors de prix.
Elle coûte cher moralement, physiquement, nerveusement, elle coûte cher en temps, en disponibilité mentale, en beauté intérieure, et même si je sais que cette expression peut rapidement donner l’impression qu’on va ouvrir un atelier poterie avec des femmes en lin beige qui parlent de vibrations autour d’une tisane bio, je ne trouve pas de terme plus juste, parce que la haine a ce pouvoir assez fascinant de déformer les traits de l’esprit avant de déformer ceux du visage.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.