Les journée commencent au soleil, à récolter ce que j’ai semé dans mon potager, les doigts de mes enfants tâchés de mûre, et se terminent dans l’herbe sous l’ombre des arbres.
Ce rythme lent, loin du bruit des notifications, ne me font pas oublié que nos choix, même un simple clic, laissent une trace bien plus grande qu’on ne l’imagine.
Dans la dernière édition, je vous ai parlé de la bataille pour notre attention.
Aujourd’hui, on ouvre le rideau sur ce qui se passe après le clic.
Derrière chaque “Acheter maintenant”, “Retour gratuit”, “Livraison express”, bienvenue dans cette partie 3 de ma série sur le design éthique :
Vous vous souvenez de cette robe commandée à 22h47 et retournée 2 jours plus tard? Statistiquement, elle n’a jamais revu les rayons.
Entre 30 % et 43 % des vêtements retournés en Europe sont détruits chaque année : neufs, jamais portés.
Cela représente jusqu’à 4 milliards de t-shirts détruits1.
Pourquoi ? Parce que remettre en vente coûte plus cher que de détruire : trier, nettoyer, ré-étiqueter… une logistique lourde pour une marge déjà rognée.
Résultat : ma robe beige neuve a probablement fini incinérée.
Et si, au lieu de devenir fumée, elle avait été pensée pour vivre plusieurs vies dès sa conception ?
En Europe, 1 vêtement sur 5 acheté en ligne est retourné, 3 fois plus qu’en magasin.
En 2023, une jupe H&M équipée d’un traceur GPS a parcouru 24 800 km après son retour… pour finir sur un terrain vague au Mali2.
Pourtant, un magasin H&M se trouvait à quelques kilomètres de l’acheteuse. Pourquoi ?
Les retours suivent un circuit parallèle : centres de tri, plateformes logistiques, transport international… avant d’être parfois incinérés à l’air libre.
Coût moyen pour l’entreprise : 10 à 15 € par retour, sans compter les émissions de CO₂. Aux États-Unis, la facture totale est passée de 171 milliards $ en 2019 à 348 milliards $ en 2022. En trois ans, elle a doublé.
Derrière chaque promesse “livré demain” se cache un coût carbone bien réel : Selon le World Economic Forum, livrer en 24 h augmente de 15 à 20 % d’empreinte transport en moyenne3, car les camions roulent moins pleins et les trajets sont moins optimisés.
Sans parler des autres impacts liés au transport, tels que la congestion urbaine, qui mériteraient un article à part entière.
Dans chaque poche, un magasin ouvert 24/7.
Qui vous donne accès à tout et surtout n’importe quoi.
Notifications, réductions “qui expirent”, recommandations automatiques… Tout est conçu pour faire de l’achat un réflexe, pas un choix.
Conséquences :
extraction de ressources,
production massive,
déchets,
émissions de CO₂…
L’e-commerce est devenu un catalyseur de la consommation moderne : pratique, rapide, addictive.
La bonne nouvelle ? Les lignes bougent.
L’UE vient d’interdire la destruction des invendus textiles.
Les coûts cachés explosent, menaçant la rentabilité même des marques.
Les utilisateurs deviennent de plus en plus critiques.
Ce qui ressemble à une contrainte peut devenir un avantage concurrentiel pour celles qui sauront réconcilier performance et conscience.
À ce stade, tout cela peut sembler bien noir.
Peut-être que vous vous demandez pourquoi j’ai commencé cette newsletter en vous parlant de potager et de mûres… pour finir par pour vous plomber l’ambiance.
Ce n’est pas mon but.
Je ne dis pas qu’il faut arrêter de cliquer sur “acheter maintenant”.
Mais qu’il est temps de se demander quel impact ce clic laisse derrière lui et si c’est bien la trace qu’on veut laisser.
Observer, questionner, choisir… même à petite échelle, ça compte.
Parce que la croissance qui a du sens ne se mesure pas qu’en chiffres, mais en cohérence avec ce qu’on veut voir durer.
Promis, la prochaine édition, sera plus positive, car nous analyserons ceux qui ont réussis à faire mieux sans faire plus !
Merci d’avoir lu et à très vite,
Marie
Pourquoi A l’Est d’Eden : On nous pousse à faire plus, plus vite, avec moins.
Pendant ce temps, les vraies questions restent : comment créer quelque chose qui dure ? Comment vendre sans s’épuiser, alors que les ressources du monde s’amenuisent ?
Dans cette newsletter, j’y explore ces enjeux chaque semaine : marques qui osent ralentir, stratégies qui privilégient l’impact aux vanity metrics, et moyens de grandir sans brûler ce qui compte.
Du concret, de la réflexion, et la conviction qu’un business peut être ambitieux tout en prenant en compte la planète et le vivant.
Pour rattraper le reste de la série :
https://www.rtl.be/actu/decryptage-rtl-info/43-des-vetements-achetes-en-ligne-et-renvoyes-sont-detruits-par-les-marques-ca/2024-06-20/article/682001
https://changingmarkets.org/wp-content/uploads/2023/07/Take-back-Trickery_French.pdf
https://www.weforum.org/stories/2020/01/carbon-emissions-online-shopping-solutions/
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