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Alain Astruc · Dec 17, 2022

13. Longues nuits sombres, écrans bleus

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Alain Astruc · Alain Astruc

Une petite ville est un microcosme de la société dont elle fait partie, mais aussi de la vie humaine et de ses caractéristiques durables. Celle où je vis est nichée dans le méandre d’une rivière, c’est presque une île, enserrée entre les collines qui l’entourent, et elle est habitée depuis toujours. Aujourd’hui, loin dans le temps de sa glorieuse histoire antique et médiévale, elle est tiraillée entre la modernité et la concurrence impossible avec les grandes villes, et les fantômes lumineux mais déclinants de sa longue histoire.

En été, les ombres du passé semblent surgir partout, car même une courte promenade peut vous mener aux ruines d’une autre époque. En hiver, la ville semble dormir, comme un animal qui hiberne dans son nid au bord de la rivière, mais les gens y vivent et y travaillent quand même, et il me semble que l’allongement des nuits nous pousse à passer plus de temps à rêver nos vies qu’à les vivre vraiment. Mais peut-être que ce ne sont pas les longues nuits, peut-être que ça a quelque chose à voir avec notre façon de vivre.

L’envie de se raconter des histoires est la même qu’elle a toujours été, mais comme la technologie la rend irrésistible ! On racontait d’abord des histoires autour d’un feu pour toute la tribu, puis au coin du foyer à la lueur des bougies, puis à travers les ondes, les tubes de la télévision, et maintenant avec des écrans électroniques pixélisés.

Films d’hiver, longues nuits, rêves. Se serrer les uns contre les autres et oublier les rancœurs, espérer que la lumière revienne. Y a-t-il des Parques, des Moires, des Nornes, tissant les fils de nos destins, ou des marionnettistes derrière le mur ? Combien de photos par seconde faut-il pour que l’illusion du mouvement se crée dans nos esprits ?

Spectacle de marionnettes d’ombres de doigts, ombres sur les murs de nos cavernes projetées par la combustion de lampes à graisse, écrans d’ordinateur, projections électroniques.

D’une façon ou d’une autre, nous rêvons tous cette vie, la question reste entière : le rêve est-il le nôtre ?


Feuilles cousues par Sabrina Laiolo à Cahors Juin Jardins.

Read the original on alainastruc.substack.com

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