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MENADEFENSE ANALYSES · May 15, 2026

Un Think-Tank Allemand accable les Emirats et leur interventionnisme en Afrique

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Le SWP, Think Tank principal proche de la chancellerie allemande recommande une nouvelle approche aux autorités et à l'UE envers les Emirats Arabes Unis

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Le SWP (Stiftung Wissenschaft und Politik), Institut allemand pour les affaires internationales et la sécurité, n’est pas un think tank comme les autres. Il conseille directement le Bundestag et le gouvernement fédéral. Ses publications atterrissent sur les bureaux des ministres et de la chancellerie. Quand il publie un “Comment” de huit pages qui accuse nommément un partenaire stratégique de l’Allemagne de financer des génocidaires, alimenter des réseaux de mercenaires et saboter méthodiquement les processus de paix internationaux, ce n’est pas un signal anodin mais le signe d’une prise de conscience politique à Berlin.

C’est pourtant ce que viennent de faire Gerrit Kurtz, Wolfram Lacher et Stephan Roll dans leur rapport de mai 2026 intitulé The Destabilising Role of the United Arab Emirates in African Conflicts. Wolfram Lacher est la référence académique européenne sur la Libye post-2011. Stephan Roll suit le Moyen-Orient depuis des décennies. Ce ne sont pas des militants. Ce sont des chercheurs qui ont attendu d’avoir un dossier solide avant de l’ouvrir publiquement.

Un arc de conflits avec un seul fil conducteur

La thèse du rapport n’est pas nouvelle dans les cercles spécialisés, mais sa formulation officielle l’est : les Émirats arabes unis sont devenus l’un des acteurs externes les plus déstabilisateurs dans les conflits africains, sur un arc géographique qui court de la Libye à la Somalie en passant par le Soudan et l’Éthiopie. Leur méthode est cohérente. Leur agenda aussi.

Ce qui frappe à la lecture, c’est moins la liste des faits — beaucoup sont documentés depuis des années dans les rapports des panels d’experts de l’ONU, dans des enquêtes journalistiques, dans des documents déclassifiés américains — que leur mise en cohérence. Le rapport du SWP ne décrit pas une série d’interventions isolées. Il décrit une politique.

Le Soudan : le cas central

Le cas le plus lourd, celui sur lequel le rapport insiste le plus, c’est le Soudan. Les Émirats sont le soutien militaire, logistique et financier le plus important des Forces de soutien rapide (RSF) de Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé Hemedti. Cette milice, née des Janjawid du Darfour, est au cœur du conflit qui ravage le pays depuis avril 2023.

En octobre 2025, les RSF ont capturé El-Fasher, dernière capitale provinciale du Darfour encore tenue par les Forces armées soudanaises (FAS). Ce qui s’est passé ensuite a été documenté par une mission d’enquête de l’ONU : les RSF ont procédé de manière organisée contre la population civile non arabe - Masalit, Zaghawa - au point que la mission a conclu que les événements portaient les caractéristiques d’un génocide. Des dizaines de milliers de morts. Le Soudan abrite désormais la plus grande crise humanitaire au monde selon les critères onusiens : 33,7 millions de personnes dépendantes de l’aide, plus de 15 millions de déplacés.

Ce que le rapport établit, et qui devrait être au cœur de tout débat européen sur les relations avec Abu Dhabi, c’est que les approvisionnements émiratis aux RSF n’ont pas cessé. Même après le début de la guerre avec l’Iran, qui place les Émirats dans une situation de vulnérabilité sécuritaire inédite, des vols cargo suspects ont continué de relier les Émirats à l’Éthiopie pour acheminer des fournitures aux RSF via la frontière soudanaise. Ce n’est pas une politique maintenue par inertie, mais plutôt un choix délibéré, assumé au plus haut niveau.

La Libye : les conséquences longues

En Libye, l’engagement émirati remonte à 2014. Les EAU ont soutenu les Forces armées arabes libyennes (LAAF) de Khalifa Haftar, y compris lors de l’offensive contre le gouvernement de Tripoli internationalement reconnu entre 2019 et 2020. Ce soutien a transformé ce qui aurait pu rester une escarmouche en guerre civile prolongée, installant durablement des présences militaires turque et russe dans le pays.

Sur ce dernier point, le rapport est particulièrement précis. La coopération entre les Émirats et le groupe Wagner en Libye est documentée sur trois niveaux : la logistique de Wagner reposait en partie sur des vols depuis les Émirats ; les EAU ont déployé des systèmes de défense aérienne Pantsir opérés par du personnel Wagner ; et Wagner fournissait des coordonnées cibles pour les frappes de drones émiratis. Abu Dhabi et Wagner ne se sont pas seulement tolérés en Libye. Ils ont opéré en coordination tactique. La présence militaire russe aujourd’hui enracinée dans l’ouest libyen, à quelques centaines de kilomètres des côtes européennes, est en partie un héritage de cette coopération.

La Somalie : une présence ancienne et stratégique

En Somalie, la présence émiratie est antérieure à la vague d’interventionnisme qui a suivi 2011. Dès 2010, les Émirats ont financé une société militaire privée sud-africaine pour créer la Force maritime de police du Puntland (PMPF), officiellement dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Le port de Bosaso, base de cette force, est devenu depuis un hub de transit pour des équipements militaires acheminés depuis le Yémen, et pour des mercenaires colombiens recrutés pour les RSF au Soudan. Les Émirats soutiennent également les forces du Somaliland, dont le port de Berbera a servi de point de passage pour des matériels destinés aux RSF.

La récente coopération émiratie avec Israël pour établir une présence militaire en Somaliland, mentionnée dans le rapport, s’inscrit dans cette logique d’expansion stratégique sur la côte est-africaine, en bordure de la mer Rouge.

L’Éthiopie : l’exception qui confirme la règle

Le cas éthiopien est traité comme une exception dans le schéma général. En 2021, le gouvernement d’Abiy Ahmed a utilisé des drones émiratis pour repousser l’offensive des rebelles tigréens. C’est le seul cas documenté où les Émirats ont soutenu un gouvernement central reconnu contre une force rebelle. Les auteurs ne l’ignorent pas, mais ils font valoir que ce soutien s’inscrit dans la même logique de projection de puissance : renforcer un acteur redevable à Abu Dhabi, quitte à bousculer les équilibres régionaux.


La méthode : l’art de la guerre sans soldats

Ce qui rend la politique émiratie difficile à traiter diplomatiquement, c’est sa structure même. Les Émirats rechignent systématiquement à déployer leurs propres forces. Ils agissent via des partenaires locaux, des réseaux logistiques, des financements, des sociétés de sécurité privées. Ils nient tout. Et jusqu’ici, cette combinaison a fonctionné.

Le réseau logistique transnational

Le rapport cartographie en détail un réseau qui traverse une dizaine de pays. Les approvisionnements aux RSF empruntent des zones contrôlées par la LAAF en Libye - notamment Kufra dans le sud -, N’Djamena et Amdjarass au Tchad, et parfois le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda. Ce réseau s’adapte. Quand un segment devient problématique (un gouvernement qui se cabre, un embargo qui se resserre) un itinéraire de substitution s’ouvre.

La dimension financière de ce réseau est tout aussi documentée. En juin 2023, les Émirats ont promis au président tchadien Idriss Déby un prêt d’1,5 milliard de dollars lors d’une visite officielle. L’Éthiopie et le Kenya ont bénéficié de prêts émiratis pour surmonter des difficultés de trésorerie à court terme. La logique est transparente : acheter la coopération des États de transit, ou au moins leur silence.

Un rapport d’un panel d’experts de l’ONU a recensé 458 vols d’avions-cargos lourds depuis des aéroports militaires émiratis ou depuis Bosaso vers la Libye orientale entre octobre 2024 et fin 2025 ; dont 239 à destination de Kufra, hub de soutien aux RSF. Ces livraisons violent vraisemblablement l’embargo de l’ONU sur la Libye et celui sur le Darfour.

Les mercenaires colombiens et l’entraînement d’enfants soldats

Parmi les éléments les plus graves du rapport figure le recrutement de mercenaires colombiens pour les RSF, organisé par la société émiratie Global Security Services Group via une base militaire aux Émirats. En 2025, le gouvernement américain a imposé des sanctions aux acteurs impliqués ; à l’exception notable de cette société émiratie. Dans le communiqué officiel accompagnant ces sanctions, Washington précisait que ces hommes avaient renforcé les RSF en expertise tactique, servi comme artilleurs, pilotes de drones et instructeurs, et que certains avaient entraîné des enfants au combat.

Cette dernière précision - l’entraînement d’enfants soldats par des mercenaires financés depuis Abu Dhabi - figure dans un document officiel du gouvernement américain. Elle n’a pas provoqué de réaction diplomatique proportionnée en Europe.

L’or comme moteur économique des conflits

Le rapport soulève un aspect souvent sous-estimé : les Émirats ne sont pas seulement un acteur géopolitique dans ces conflits. Ils en sont aussi un bénéficiaire économique direct. L’exportation et la contrebande d’or depuis les zones de conflit, notamment le Soudan, génèrent des revenus substantiels. Des membres des familles régnantes d’Abu Dhabi et de Dubaï entretiennent des liens personnels avec des acteurs comme Haftar en Libye et Dagalo au Soudan. Mansour bin Zayed, frère du président et patron du fonds souverain Mubadala, est cité dans des rapports de recherche comme ayant des connexions proches avec ces deux hommes. La politique d’État et l’enrichissement privé se superposent ici de manière peu subtile.

Les motivations : une grille de lecture à quatre niveaux

Le rapport refuse l’explication unique, et c’est là une de ses forces. Réduire la politique africaine des Émirats à la seule logique économique - ou à la seule paranoïa anti-frères musulmans - serait inexact. Ces logiques coexistent et se renforcent.

La plus visible est économique. DP World et AD Ports Group développent des ports et des corridors logistiques sur tout le continent ; Somalie, Sénégal, Tanzanie, Mozambique, Angola, Égypte. Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie de diversification au-delà des hydrocarbures. Contrôler les infrastructures portuaires africaines, c’est se positionner sur les routes qui relient les matières premières aux marchés mondiaux. L’instabilité n’est pas nécessairement un obstacle à cette stratégie. Elle peut en être un instrument, notamment en maintenant des acteurs redevables à Abu Dhabi plutôt que des États forts capables de renégocier leurs contrats.

Moins souvent soulignée, la rivalité avec l’Arabie saoudite est pourtant centrale. Les deux pays se disputent le statut de hub commercial et logistique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Riyadh a forcé Abu Dhabi à se retirer du Yémen méridional fin 2025, et l’Arabie saoudite a temporairement fermé son espace aérien aux vols d’approvisionnement émiratis vers les RSF. En réponse, les Émirats ont renforcé leur appui sur l’Éthiopie comme hub de substitution. La troisième Conférence internationale sur le Soudan à Berlin, le 15 avril 2026, a échoué à produire une déclaration finale commune ; en partie à cause de ces tensions. En avril 2026, le retrait émirati de l’OPEP+ a encore creusé le fossé avec Riyadh.

L’idéologie anti-Frères musulmans structure quant à elle la politique régionale de la famille Al-Nahyan depuis des années. Abu Dhabi s’oppose aux mouvements islamistes qui cherchent une mobilisation sociale et une participation politique, ils sont vus comme une menace directe pour son modèle de gouvernance. Les RSF se positionnent explicitement contre les Frères musulmans au Soudan. Le blocus du Qatar entre 2017 et 2021, largement piloté par Abu Dhabi, suivait la même logique. Cette cohérence idéologique ne doit pas être surestimée pour autant : les alliances sécuritaires émiraties restent pragmatiques et ne s’alignent pas toujours avec le discours officiel.

Enfin, les réseaux personnels. Certaines décisions d’intervention reflètent moins une stratégie d’État rationnelle que des connexions entre membres des familles régnantes et des acteurs de terrain. Mansour bin Zayed, frère du président et patron du fonds souverain Mubadala, entretient selon plusieurs rapports de recherche des liens proches avec Haftar en Libye et Dagalo au Soudan. Le commerce de l’or et d’autres ressources issues des zones de conflit génère des revenus qui profitent directement à ces réseaux. La frontière entre politique étrangère et affaires privées est, dans ce cas, peu marquée.

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La diplomatie de façade : comment les Émirats neutralisent les pressions

La sophistication de la politique émiratie ne réside pas seulement dans ses opérations militaires et logistiques. Elle réside aussi dans sa capacité à se présenter simultanément comme un acteur constructif sur la scène internationale, tout en continuant ses activités déstabilisatrices.

Le format Quad et la promesse brisée

En septembre 2025, le format Quad réunissant l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats et les États-Unis a présenté des engagements communs pour un cessez-le-feu au Soudan, incluant explicitement une fin au soutien extérieur aux belligérants. Selon des renseignements américains cités dans le rapport, les Émirats ont intensifié leur soutien aux RSF en 2025. Ces initiatives diplomatiques ont surtout servi à permettre aux RSF de se présenter comme partenaires d’un processus de paix pendant qu’ils massacraient la population d’El-Fasher.

Ce n’est pas la première fois. Lors du Processus de Berlin sur la Libye en 2019-2020, les Émirats avaient signé un engagement à cesser tout soutien aux belligérants. Des avions cargo avaient décollé des Émirats vers la Libye orientale le jour même de la conférence de Berlin, en janvier 2020. Cette guerre ne s’est pas terminée par la diplomatie ; elle s’est terminée parce que les interventions militaires extérieures ont créé un rapport de forces sur le terrain.

La manipulation des rapports onusiens

En 2024, un rapport du panel d’experts de l’ONU a mentionné des preuves « crédibles » du soutien émirati aux RSF. Cette mention n’apparaît pas dans le rapport suivant ; bien qu’elle figurât dans la version préliminaire divulguée. La version publiée, apparemment amendée, est ensuite utilisée par Abu Dhabi comme preuve de sa non-ingérence.

Le lobbying européen

En novembre 2025, la ministre d’État émiratie Lana Nusseibeh a passé quatre jours à Bruxelles pour rencontrer des membres du Parlement européen. Dans la résolution du Parlement sur le Soudan adoptée à la même période, le soutien des EAU aux RSF n’est pas mentionné ; le Parti populaire européen ayant bloqué les amendements proposés par les groupes de gauche. C’est le résultat d’un travail de lobbying ciblé, efficace, et qui illustre jusqu’où peut aller la capacité d’influence d’Abu Dhabi dans les institutions européennes.

Les conséquences pour l’Europe : ce que l’on choisit de ne pas voir

Le rapport établit un lien direct entre la politique africaine des Émirats et des intérêts européens concrets.

Sur la migration, les chiffres sont sans équivoque. Les ressortissants soudanais représentaient 6% des arrivées en Italie en 2025, contre 3% en 2024. En Grèce, ils constituaient le deuxième groupe de réfugiés, soit plus d’un cinquième du total. La guerre en Soudan - alimentée par le soutien émirati aux RSF - produit des flux de déplacés qui atteignent les côtes européennes.

Sur la sécurité en Méditerranée, la présence militaire russe enracinée en Libye occidentale - dont les Émirats partagent la responsabilité - est un fait stratégique durable. Elle complique les opérations navales européennes, offre à Moscou un levier sur les routes migratoires et énergétiques, et compromet toute perspective de stabilisation libyenne à moyen terme.

Sur la crédibilité des régimes de sanctions, l’impunité dont jouissent les Émirats face aux embargos onusiens qu’ils violent ouvertement a des effets d’entraînement. Elle a probablement encouragé la Turquie à adopter la même posture en Libye. Elle encourage d’autres acteurs à faire de même au Soudan : l’Égypte, la Russie, l’Iran soutiennent les FAS dans le conflit, sachant que le cadre multilatéral ne tient pas.

Ce que le rapport recommande et pourquoi c’est difficile

Les auteurs proposent cinq leviers d’action pour l’Allemagne et ses partenaires européens. Leur pragmatisme mérite d’être souligné : il ne s’agit pas d’appels à une rupture diplomatique, mais d’une gradation de mesures qui vont du signal politique aux sanctions ciblées.

Nommer publiquement les Émirats dans les forums internationaux, plutôt que de parler vaguement de « soutiens extérieurs ». Abu Dhabi tient à son image de hub stable et responsable ; la pression réputationnelle a des effets concrets. L’exemple cité dans le rapport est parlant : la démission du dirigeant de DP World suite à des révélations sur ses liens présumés avec le réseau Epstein, après l’intervention d’un fonds de pension canadien, montre que la réputation a une valeur économique aux Émirats.

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Élargir et appliquer les sanctions financières de l’UE contre les acteurs émiratis documentés comme violant les embargos onusiens. Les sanctions actuelles sont insuffisantes et appliquées de manière incohérente.

Revoir la politique d’exportation d’armes vers les EAU. Ce point a une résonance particulière pour l’Allemagne : les systèmes Pantsir déployés par les Émirats lors de l’offensive de Haftar sur Tripoli étaient montés sur des châssis MAN/Rheinmetall. Le système de défense français Galix a été déployé sur des blindés émiratis au Soudan. Les armements européens se retrouvent dans ces conflits par transfert indirect.

Renforcer l’application des règles anti-blanchiment. Les Émirats ont été retirés de la liste grise du GAFI en 2024, une décision jugée prématurée par plusieurs organisations de transparence. Les centres financiers émiratis restent attractifs pour des flux de capitaux issus des économies de guerre ; or soudanais, ressources libyennes. La réglementation européenne devrait cibler plus précisément ce rôle de hub pour des capitaux problématiques.

Reconsidérer le « partenariat stratégique » que l’Allemagne maintient avec les Émirats depuis 2004. Ce partenariat implique une convergence d’intérêts et un traitement préférentiel. Ne pas le remettre en question face aux interventions documentées envoie un signal : les massacres au Darfour ne changent pas l’équation.

Une fenêtre conjoncturelle, des obstacles structurels

Le rapport identifie une opportunité : la guerre avec l’Iran a exposé des vulnérabilités sécuritaires et économiques réelles aux Émirats. Les tensions avec l’Arabie saoudite les isolent partiellement dans le Golfe. Abu Dhabi a davantage besoin de ses partenaires européens qu’avant. C’est maintenant que la pression peut mordre.

Les obstacles sont néanmoins structurels. Les intérêts économiques européens aux Émirats sont considérables : investissements, contrats, accès au marché. La coopération sécuritaire, renforcée par la guerre avec l’Iran, est un levier que personne ne veut sacrifier. La crainte de pousser Abu Dhabi vers la Chine ou la Russie est réelle, même si elle est parfois instrumentalisée par les Émirats eux-mêmes. Et la diplomatie européenne, fragmentée en vingt-sept politiques étrangères nationales, peine à maintenir une ligne cohérente face à un acteur qui sait exploiter ces divisions.

Ce que le rapport du SWP apporte, au fond, c’est une démonstration que la politique africaine des Émirats n’est pas une série d’erreurs ou d’excès ponctuels. C’est une politique cohérente, menée avec constance depuis plus d’une décennie, qui produit des résultats dans les intérêts d’Abu Dhabi au détriment des populations civiles concernées et des intérêts européens à long terme. Le diagnostic est posé par une institution qui conseille le gouvernement allemand. La question est de savoir si quelqu’un en tirera les conséquences.

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Gerrit Kurtz, Wolfram Lacher et Stephan Roll, « The Destabilising Role of the United Arab Emirates in African Conflicts », SWP Comment No.19, mai 2026. Disponible sur swp-berlin.org.

https://www.swp-berlin.org/publikation/the-destabilising-role-of-the-united-arab-emirates-in-african-conflicts

Read on akramkhariefmenadefense.substack.com

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