En 1818, un peintre allemand du nom de Caspar David Friedrich a posé un homme, seul, de dos, sur un rocher, face à une mer de nuages qui ne se termine nulle part. On ne voit jamais son visage. On ne sait pas ce qu’il regarde vraiment. Ce tableau s’appelle Le Voyageur contemplant une mer de nuages, et il dit sans un mot ce que Pascal a écrit cent cinquante ans plus tôt : l’homme est cette silhouette minuscule, plantée devant un monde trop grand pour lui. Et pourtant, ce simple regard suffit à le distinguer de tout le paysage — c’est bien lui qui contemple, et non l’inverse.
C’est presque exactement cette image que Pascal cherchait à faire tenir dans une phrase devenue trop célèbre pour qu’on la relise vraiment : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. » On croit la connaître. On ne sait souvent pas qu’elle est la clé de tout un système — celui d’un homme qui a passé sa vie à montrer que l’humanité est à la fois la chose la plus fragile d…

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