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WAF WAF · Jun 10, 2026

Ouverture et Fermeture : les génériques que Witold Langlois n'a jamais zappé

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Pour ce nouveau numéro de Waf-Waf, j’ai le plaisir de vous partager un texte de Witold Langlois, journaliste pour la RTS et fondateur du projet audiovisuel collaboratif METEO où des génériques et hymnes classiques de la télévision et du cinéma sont remixés par des producteurs de la scène actuelle. Dans son article du jour, Witold rembobine justement les génériques d’ouverture et de fermeture des chaînes qui ont aiguisé son œil de spectateur et raconte à travers eux, l’évolution des tendances sonores, de la new-wave au hip-hop en passant par des préludes de la vaporwave.

Il était une fois, il y a très longtemps, bien avant l’avènement du flux de contenus continus divers et variés accordé par Internet, existait un monde qui possédait une notion vitale aujourd’hui peu empruntée. Celle de l’arrêt. Comme nous nous levons et nous couchons pour scinder nos vies en deux parties distinctes que sont le jour et la nuit, l’éveil et le sommeil, les médias faisaient de même. Ils étaient calqués naturellement sur notre horloge biologique journalière. Ils ouvraient et fermaient, radio comme télévision. Début des programmes, fin des programmes, extinction des feux.

Enfant de la télé des années 80-90, je me souviens avec cette douce nostalgie de ces odes d’ouverture des chaînes du tube cathodique qui accompagnaient celles de mes paupières vers 6 heures du matin. Cette époque lointaine composée de véritables génériques imaginés et concoctés par des créatifs oubliés ou reconnus.
Les génériques de mes journées d’enfance, au sein desquels d’autres génériques, ceux des séries animées, enrobaient d’autres contenus. Les génériques TV sont comme des poupées russes. On ouvre et on en découvre d’autres à ouvrir : génériques de chaînes donnent génériques d’émissions donnent génériques de dessins animés ou de feuilletons puis donnent enfin sur les courts génériques que l’on appelle jingles, pour annoncer la publicité.

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, le nombre d’or se répète sans cesse de la vie à la mort et ainsi fonce droit vers l’entropie totale finale, antagoniste du Big Bang que l’on souhaite voir arriver le plus tard possible. Pourquoi la télévision serait-elle épargnée par cette règle de l’existence absolument universelle ?

À la fin des années 70, la musique disco était la règle partout. En discothèque, à la plage, dans les toilettes publiques… À la télévision, Robert Abel and Associates réalisaient un générique d’ouverture scintillant dans l’espace pour TF1 et son logo œil-soleil. Ça a très mal vieilli alors qu’on peut encore trouver une certaine modernité dans ce qui suit.

Modernité et années 80 ne font qu’un. Modernes sont les jeunes de 1980, modernes seront leurs productions. Je me souviens de ce nuage métallique gris strillé en guise de logo TF1, encore chaîne publique. On le voyait sur les coins des 45 T des génériques de dessins animés comme celui de Jayce et les conquérants de la lumière, dans Télé 7 Jours… Un beau logo d’imbrication du T du F et du 1 créé par Catherine Chaillet en 1975 puis métallisé ensuite. Il s’ouvrait et se fermait comme un store, objet culte d’un salon digne de ce nom des années 80.

Dès 1985, la première chaîne lançait officiellement la vaporwave française : une balade tranquille aux stems cristallins et spatiaux, manière Tangerine Dream (époque où leur morceau « Le Parc » servait d’habillage à la série Street Hawk appelée Tonnerre mécanique chez nous) sur ces visuels compliqués et rotatifs de David Niles, faits de colonnes antiques, de boules, d’un buste grec, d’archives d’émissions et finalement du logo nuageux dans le ciel. Cette ambiance musicale et graphique éthérée, vaporeuse ; je l’associe à mes souvenirs d’enfance en Île-de-France dans les années 80, ma décennie favorite en matière de pop culture. Elle m’évoque les multitudes de CDs de library music aux inspirations smooth jazz composées par mon oncle dans son studio d’enregistrement dans l’Essonne pour les habillages TV, dont les pochettes de disques 33 T étaient parfois illustrées par mon père.

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6 ans avant ma naissance, en 1975, Antenne 2 faisait appel à Jean-Michel Folon pour créer l’animation des génériques d’ouverture et de fermeture d’antenne de la deuxième chaîne TV du service public français. On nage alors en pleine conclusion de l’ère psychédélique LSD 70 avec des personnages qui volent dans tous les sens devant une allégorie du lever du jour par le « 2 » d’Antenne 2 qui se dévoile comme le soleil. Seuls les Télétubbies rendront hommage à cette période 25 ans plus tard… Ce générique sera utilisé bien trop longtemps : jusqu’en 1985 !

Largement démodée en cette époque de new wave et des débuts du rap, Antenne 2 changera sa ligne graphique hippie par… Des bulles. Le logo déjà, « a2 » en minuscule coincé dans une bulle, et surtout les nouveaux génériques d’ouverture et fermeture que j’ai connus durant mon enfance avec des figures géométriques et ces bulles qui s’entremêlent, créés par le studio Pipa. Sublime, onirique et marqueur de son temps, « l’ouverture de Pipa » reste mon plus lointain souvenir de générique d’ouverture de chaîne TV. Je l’assimile bien évidemment aux programmes matinaux destinés aux enfants qui s’en suivent : ceux de Récré A2

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Début des années 90, la culture hip-hop est la hype ultime en France. MC Solaar est le cheval de Troie du « Mouvement » sur la FM, succédant aux chanteurs des années 80, qui jouaient du flow dans la variété (Tristan, Chagrin d’amour, et des dizaines d’autres…). Les rappeurs se retrouvent chez Dechavanne. La danse, le graffiti se retrouvent dans ce dernier générique dynamique d’ouverture d’Antenne 2 que j’adore, avant de se transformer en France 2. Comme un clip, il est chanté et possède même un titre : « La 2 ça m’épate ». Utilisé du 5 novembre 1990 au 5 juillet 1991, ce générique d’ouverture/fermeture du crépuscule de la vie d’Antenne 2 se voulait moderne, tourné vers la jeunesse. C’est l’agence Robert & Partners qui a été en charge de sa création (tout comme toute la charte graphique de la dernière vie d’Antenne 2 avec le 2 en 3D sur socle). Indissociable de cette époque du PAF, « La 2 ça m’épate » reste néanmoins peu documenté et je n’ai pas réussi à retrouver l’identité de la chanteuse.

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On aborde ici sans doute le chapitre le plus important de ce petit détour par les génériques d’ouverture et fermeture des chaînes TV françaises. L’habillage complet de Canal+ a été confié dès le lancement de la chaîne cryptée en 1984 par le cofondateur des éditions Futuropolis, le graphiste-typographe Étienne Robial. J’ai rencontré Robial il y a 3 ans dans le cadre de l’émission radio « La Vie à Peu Près » pour la Radio Télévision Suisse. Il raconte que Canal+ a été pour lui un terrain de jeux infini dans lequel il a pu s’amuser plus de 10 ans avec son alter ego du son, feu Philippe Eidel.

Le générique d’ouverture de Canal+ montre la genèse de la charte graphique du logo de la chaîne, ligne tirée après ligne tirée, compas et repères millimétrés, le tout souligné par la musique spatiale d’Eidel. Fantastique. Et tous les génériques des rubriques et émissions de Canal+ jusqu’en 1994 sont de petits bijoux de compositions (avec de nombreuses collaborations : Cabou Cadin avec Serge Gainsbourg, Diane Tell pour les téléfilms, Jean-Michel Jarre pour Mon Zénith à moi, etc.). Je me souviens que le générique d’ouverture de Canal+, vers 06h00 du matin, débouchait sur les « News » en anglais, je zappais donc vite sur la 2…

Read the original on wafwafcroquettes.substack.com

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