Pour Kiara et toutes les ados qui pensent qu’être belle, c’est être mince -
C’est un fait. Les images qu’on nous bombarde jour et nuit, à la télé comme sur TikTok ou Instagram, les descriptions des héroïnes que l’on lit dans les livres font l’apologie d’un seul et même standard de beauté : la femme grande, élancée, mince, à qui tout va, à qui tout réussit. Comme si c’était une équation à zéro inconnu : pour réussir dans la vie il faut être belle, pour être belle, dans la vie, il faut être mince. Basta.
Et, spoiler alert, d’ici quelques années, on rajoutera un élément à cette équation : pour réussir dans la vie il faut être belle, pour être belle, dans la vie, il faut être en bonne santé, et pour être en bonne santé, dans la vie, il faut être mince. Cette fois, c’est bien clair : soit tu es belle et mince, soit tu es une looseuse dont personne ne veut, ni au boulot, ni en amour, voir même ni en amitié. Après tout, pourquoi est-ce que je serais amie avec des looseuses quand je pourrais m’entourer de clones de Barbie à qui tout réussit ?
Donc, plutôt que de tomber dans le clan des looseuses, on poursuit toutes cet idéal de beauté qu’on nous matraque en permanence. On fait des régimes, on se tartine de crèmes aux actifs divers et variés, on s’engonce dans des vêtements qui nous compriment, on passe des heures à pratiquer les positions les plus avantageuses quand on nous prend en photo, on compte nos calories, nos macros, nos kilomètres parcourus, nos poids soulevés, nos heures de gym à suer sans plaisir “mais c’est bien parce que ça fait maigrir”. Bref, on ne vit plus que pour une chose : le regard de l’autre.
Et quand on vit pour le regard et les opinions des autres, on oublie une personne très importante : on s’oublie soi. La personne que l’on est vraiment disparait derrière un masque de perfection : on n’arrive pas à chanter car la respiration abdominale nous obligerait à devoir relâcher ce ventre qu’on nous a tellement rabaché de “rentrer”, on oublie le plaisir de manger les choses qu’on aime et qui nous rendaient heureuses lorsqu’on était enfant, on ne porte que du noir parce que “le noir, ça mincit”, on ne marche plus parce que les talons, c’est pas pratique… et qu’une tenue sans talons ne nous allonge pas suffisamment (autre option, on se tord les chevilles et on dépense des fortunes en cordonnier pour remettre sans arrêt ces satanés bouts qui aiment rester coincés dans les pavés).
Pour certaines d’entre-nous, on contrôle tout ce qu’on mange, tout ce qu’on fait, on s’épuise, on s’affame. Et puis parfois on relâche, on se lâche et là on ne contrôle plus rien… et puis on regrette, on culpabilise. Et on se dit qu’on se sentirait tout de même plus légère sans toute cette nourriture dans notre estomac. Je te laisse imaginer la suite. C’est un cercle vicieux.
Ce n’est pas avec quelques mots que je vais changer ton opinion de la beauté et ce que des années de propagande médiatique ont instauré. Mais je voulais partager avec toi ce que je traverse en ce moment. Ce qui m’a pourri la vie pendant près de quarante ans. Ce qui m’a trop souvent rendue malheureuse et qui ne m’a jamais vraiment rendue heureuse… même quand j’ai perdu du poids.
Les choses qui m’ont rendue heureuse, dans la vie, ce ne sont pas celles qui avaient à voir avec ce à quoi je ressemble. Et je les ai mises de côté, parfois, parce que je ne me trouvais pas assez mince, donc pas assez belle.
J’espère que tu seras plus forte que moi et que tu n’oublieras jamais que moi, je te trouve belle et que je t’aime, telle que tu es.
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