Le prêt-à-porter va vite. La fast fashion plus encore : une chaîne, des tailles standard, des collections qui se renouvellent plus vite qu'on ne peut les porter. Le sur-mesure prend plus de temps, mais c'est précisément ce temps-là qui fait la différence entre un vêtement et celui-là, le vôtre.
Je suis Bertrand Formet, je partage chaque jour une application d’IA générative sur uneIAparjour.fr et cette lettre chaque samedi.
Pour cette lettre, entre plans de maison générés en quelques clics et vidéos en motion design sorties d'un catalogue de modèles, la question du sur-mesure est celle que j’ai retenue.
Cette semaine, j’ai rapproché deux outils en apparence éloignés.
Drafted génère un plan de maison à partir d'une liste de pièces et d'un style, avec une bibliothèque de plus de 85 000 plans déjà produits, consultables et remixables.
Swishy promet d’aller vite et y parvient. On tape une instruction, on pioche dans une galerie de plus de cent modèles, et la vidéo en motion design sort en quelques secondes, typographie animée, transitions propres et rendu correct. Dans les tests cette semaine, le résultat tient la route.
Dans les deux cas, la promesse est la même : du sur-mesure en apparence, du prêt-à-porter dans la mécanique. On choisit dans un catalogue, on personnalise quelques détails, et le résultat sort en quelques secondes. Mais, comme pour la fast fashion, en l'imaginant entre des centaines de mains différentes, une question se pose vite : qu'est-ce qui distinguera la maison de l'un, la vidéo de l'autre, si tout le monde part du même patron ?
C’est exactement ce que dénonce avec humour Noémie Petit dans une vidéo que j’ai vu passer cette semaine sur Instagram concernant les affiches d’événements générées par IA. Trop d’informations entassées sur une seule image, tous les bars, restaurants, associations, salles de concert, etc. qui finissent par produire la même affiche, au point qu’on ne sait plus qui propose quoi, quand et où. Son coup de gueule touche juste, et il touche pour moi trois points principaux.
D’abord une question de connaissance, celle des codes implicites d’une bonne communication, qu’on n’acquiert pas en formulant un prompt mais en apprenant, en regardant, en ratant et en recommençant.
Ensuite des compétences nécessaires : la communication visuelle nécessite des compétences, c’est même pour ça que c’est un métier… avec ses règles de hiérarchie de l’information, de lisibilité, de ce qu’on garde et de ce qu’on enlève. Un chatbot, si l’instruction ne lui précise pas, ne sait pas qu’une affiche efficace est une affiche qui retire plutôt qu’elle n’ajoute.
Et puis, une fois de plus dans cette lettre, une question de délégation : on confie à la machine non seulement l’exécution mais le choix, et le choix par défaut d’un modèle entraîné sur des millions d’affiches, c’est la moyenne, jamais la singularité. On retrouve d’ailleurs une mécanique proche dans l’étude de l’université du Maryland partagée par Myrtille Gardet sur l’ “effondrement argumentatif” : interrogés séparément sur un même sujet, les modèles de langage convergent vers les mêmes arguments, là où les arguments humains sont pluriels. Ce qui touche les idées, semble aussi bien toucher les supports de communication…
Mais pour moi rien de tout ça ne condamne l’outil. Faire de la communication avec l’IA générative, c’est possible, et ça peut même très bien fonctionner, à condition que ce soit travaillé : itéré, recadré, contredit, retouché à la main jusqu’à ce que le résultat dise quelque chose de précis plutôt que tout en même temps. La différence ne se joue pas entre humain et machine, elle se joue entre une génération acceptée telle quelle et une génération dirigée jusqu’au bout.
Ce qui se perd, quand on saute cette étape, n’est pas une question de qualité technique. Les rendus sont propres, les couleurs sont justes, le texte est lisible. Ce qui se perd, c’est la trace d’une décision. Et une affiche, un visuel, une vidéo de communication, ça n’a jamais été seulement un texte ou des couleurs : c’est d’abord une décision, des choix assumés et artistiques, et qu’on peut reconnaître parmi d’autres.
Et derrière ces décisions, il y a souvent des métiers qu'on a tendance à oublier dans ces contenus générés en deux clics : celui d'illustrateur, de graphiste, de vidéaste, dont c'est précisément le savoir-faire qu'on contourne à chaque fois qu'on laisse la machine choisir à notre place.
En écho
→ Dans la lettre 34, on s’arrêtait sur ce qui ressemble à de l’information locale via la récupération de contenus et qui, à force d’industrialisation, finit par la remplacer.
Après la confection sur-mesure du jour, les sept autres essayages de la semaine : résumé de PDF, agents en arrière-plan, notice de montage, plans de maison, arbre de questions, animation motion design et fiabilité des sources.
📄 PDFFly PDF summarizer pour générer un résumé structuré depuis un PDF importé et interroger le document via un chatbot.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/pdffly-pdf-summarizer/
🦫 Happycapy pour exécuter des tâches dans le navigateur via des agents IA (génération de contenus, automatisation) qui travaillent en arrière-plan.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/happycapy/
📐 ManualFig pour transformer une photo en notice de montage ou mode d’emploi, avec étapes numérotées, flèches et légendes générées automatiquement.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/manualfig/
🏠 Drafted pour générer un plan de maison en plain-pied à partir d’une liste de pièces, d’une forme de terrain et d’un style, avec rendu 3D meublé.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/drafted/
🌳 Clarify AI pour découper une problématique en arbre de sous-questions hiérarchisées, enrichies de recherches web, avec export en document structuré.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/clarify-ai/
🎬 Swishy pour générer des animations motion design depuis une instruction, avec banc de montage pour enchaîner plusieurs séquences.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/swishy/
🔍 Veritas Source pour évaluer la fiabilité d’une source d’information : biais, propriétaire, financement et signes de génération par IA, depuis une URL, un texte ou une image.
👉 https://www.uneiaparjour.fr/veritas-source/
Voyons les autres pièces taillées cette semaine : une actualité chargée avec la suspension de Fable et Mythos d’Anthropic… Quinze sujets de lecture cette semaine, dont trois étoilés si vous devez choisir.
★ La suspension de Fable 5 et Mythos 5 par le gouvernement américain a occupé une bonne partie de la semaine. Anthropic, contraint par une directrice du gouvernement américain, a dû désactiver ses deux modèles les plus avancés pour tous ses utilisateurs.
L’épisode a relancé le débat sur la dépendance numérique, tandis que la classe politique française a appelé d’une seule voix à accélérer la souveraineté numérique. Chloé Sondervorst file la métaphore footballistique. Sur Anthropic (en anglais), sur BBC (en anglais), sur le Conseil de l’IA et du numérique, sur France Inter, Chloé Sondervorst sur LinkedIn.★ Numerama prend du recul sur la semaine entière (la parodie “chaton fat”, plan IA pour l'administration, abandon de Palantir par la DGSI) pour évaluer la position réelle de la France et de Mistral alors que cette semaine, le gouvernement français a annoncé une série de mesures pour généraliser l’IA dans l’administration publique, dont un agent conversationnel commun pour les agents publics et un assistant santé sur Ameli. Numerama sur YouTube et sur Next.
En contrepoint, un regard critique sur le discours de souveraineté de Mistral : l'autrice pointe le silence d'Arthur Mensch, lors de son audition à l'Assemblée nationale, sur la dépendance persistante de l'entreprise à Nvidia, malgré ses appels répétés à l'autonomie numérique européenne. Sur le Substack “IA Éthique Insider” .
★ Près d’un quart des moins de 40 ans utilise déjà une IA comme soutien psychologique, ami ou partenaire amoureux selon le CRÉDOC, qui souligne que ce lien ne comble pas la solitude des utilisateurs malgré une vie sociale par ailleurs active. Sur France Culture et le rapport sur le CRÉDOC.
Une frise interactive recense une soixantaine d’imaginaires qui ont façonné notre idée de l’IA, des automates grecs aux IA génératives actuelles. François Houste sur LinkedIn et lien direct vers la frise.
Un collier connecté promet de traduire en temps réel les miaulements et aboiements de nos animaux ; les éthologues interrogés restent, eux, très prudents sur la réalité de cette « traduction ». Sur France Info.
Next a cartographié, avec l’aide de Claude Code, les datacenters du monde entier croisés avec stress hydrique, intensité carbone et photos satellites remontant aux années 60.
Vos employés utilisent deux IA : l’une professionnelle et encadrée, l’autre personnelle, à qui ils confient ce qu’ils ne diraient jamais au travail. Sur Forbes (en anglais).
En Inde, des ouvriers filment leurs gestes quotidiens, à l’usine comme aux champs, parfois pour 1 € de l’heure, pour entraîner les robots humanoïdes qui pourraient un jour faire leur travail. Les témoignages oscillent entre conscience du paradoxe et pragmatisme face à une rémunération immédiate, l’Inde affichant l’ambition de devenir un acteur de l’IA plutôt que son sous-traitant à bas coût (en anglais). AFP sur YouTube (en anglais) et France TV sur YouTube.
Le groupe de presse Ebra (Le Bien Public, l’Est Républicain, le Progrès...) prévoit 300 à 400 suppressions de postes, que les syndicats attribuent en partie à l’IA. Sur L’Humanité.
Face à une étude du MIT sur la baisse d’engagement cognitif liée à un usage trop précoce de l’IA dans l’écriture, l’auteur propose un protocole en trois temps pour rester acteur de sa réflexion. Par Cochise sur LinkedIn.
Un tribunal de Munich juge Google directement responsable des fausses informations générées par son AI Overview, écartant son statut habituel de simple hébergeur. Sur Next.
Une étude de l’université du Maryland montre que les LLM, interrogés sur un même débat, convergent massivement vers les mêmes arguments, là où les humains en produisent une grande diversité. Par Myrtille Gardet sur LinkedIn.
Le rapport annuel du Reuters Institute confirme la fin de la suprématie des médias traditionnels au profit des plateformes, l’IA gagnant du terrain chez les plus jeunes pendant qu’un nombre croissant de personnes se retire purement et simplement des espaces d’information. Via Chloé Sondervorst sur LinkedIn et rapport sur Reuters Institute.
L’usage croissant de l’IA générative dans les publications académiques produit un langage de plus en plus standardisé et euphorique, jusqu’à des cas de substitution pure repérés par le site Academ-AI. Sur The Conversation.
Le sur-mesure ne se reconnaît pas à la rapidité de la confection. Il se reconnaît à ce qu’on a choisi de garder autant qu’à ce qui reste invisible dans la production finale : ce qu’on a choisi d’enlever. Cette semaine l’a redit à plusieurs reprises, d’une affiche à un modèle d’IA débranché du jour au lendemain : la rapidité n’est certainement pas la mesure qui compte.
Avant de partir, il vous reste le sondage de la semaine ! Vous pouvez aussi laisser un commentaire ou m’écrire sur contact@uneiaparjour.fr et les réseaux.
Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, même lieu et (presque) même heure… Parce qu’une IA par jour, c’est un article quotidien sur uneIAparjour.fr et une lettre chaque samedi directement dans votre boîte !

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