Quand nous avons lancé le projet, nous savions.
Nous savions que cela demanderait du temps.
De l’énergie.
De l’engagement.
Et, en parallèle, nous avions un projet de vie très clair : fonder une famille.
Marine était enceinte au lancement.
C’était voulu. Même souhaité dans ce cadre collectif.
Sur le papier, tout faisait sens.
Dans la réalité, nous avons sous-estimé deux choses :
le rythme des jeunes enfants
leur impact systémique sur un collectif
Un habitat collectif, c’est déjà exigeant en soi.
Mais quand vous y ajoutez :
des nuits hachées
une fatigue chronique
une disponibilité mentale réduite
… tout devient plus compliqué.
Pas impossible. Mais plus coûteux.
Et surtout, vous ne jouez plus avec les mêmes ressources.
Un exemple très concret : les réunions.
On a essayé de s’adapter :
en semaine → compliqué pour certains
le week-end → compliqué pour nous avec les enfants
le soir → possible… sauf quand les enfants ne dorment pas
Résultat :
des réunions suivies à moitié
des arbitrages faits sans vous
une présence physique, mais pas toujours mentale
Et parfois, un enfant au milieu d’une tension collective.
Le point le plus sous-estimé n’est pas logistique.
Il est mental.
Un projet d’habitat collectif, ce n’est pas un projet “à côté”.
C’est votre maison.
Votre cadre de vie.
Votre quotidien.
Quand ça devient tendu… ça ne s’arrête pas à la fin de la réunion.
Ça vous suit :
le soir
la nuit
au réveil
Et quand vous êtes déjà fatigué, tout prend plus de place.
👉 Moins de recul
👉 Moins de lucidité
👉 Plus de réactivité
Même avec de l’expérience en gestion de conflits, le fait que cela touche au personnel change tout.
Nous étions les seuls avec enfants.
Ce n’est pas anodin.
Parce qu’un collectif s’organise toujours… autour des contraintes majoritaires.
Quand vous êtes minoritaire sur un sujet structurant :
vos besoins sont entendus… mais difficilement priorisés
vous devez vous adapter davantage que les autres
Et surtout, certaines réalités sont difficiles à percevoir quand on ne les vit pas.
Les jeunes enfants, c’est un bon exemple : tant qu’on ne l’a pas vécu, on sous-estime.
Avec le recul, ce n’est pas une question de “bonne” ou “mauvaise” décision.
C’est une question de timing et de lucidité.
Trois apprentissages clés :
1. Anticiper les changements prévisibles
Les enfants, un changement pro, une situation instable…
Ce ne sont pas des détails.
Ce sont des variables structurantes.
2. Regarder la composition du collectif, pas seulement les valeurs
Les rythmes de vie comptent autant que les intentions.
Un collectif homogène sur certains sujets clés facilite énormément les choses.
3. S’assurer d’avoir de l’espace
Pas une “sécurité parfaite” (ça n’existe pas).
Mais suffisamment de bande passante :
mentale
émotionnelle
organisationnelle
👉 Parce que ce projet va en consommer beaucoup.
Sous-estimer la charge mentale, ce n’est pas juste être optimiste.
C’est se retrouver, à un moment, sans espace pour absorber ce qui arrive.
Et dans un projet collectif… ça finit toujours par se voir.
Dans le prochain épisode, je prendrai un peu de recul sur l’ensemble de ces erreurs — et surtout sur ce à quoi elles ont abouti.
Pas sur le papier.
Dans la réalité.

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