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The Flonicles Sans Filtres · Aug 11, 2026

Le "bon métier" existe-il vraiment ?

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Florence Mary · The Flonicles Sans Filtres

Il y a six ans environ, j’ai changé complètement de carrière. Avant ça, j’avais empoché un diplôme et je n’avais pas connu un seul jour sans emploi pendant dix ans. J’ai signé mon premier contrat avant même d’avoir mes résultats finaux. Le rêve. (Aheum.)

J’ai bossé quatre ans dans ma première entreprise (environ deux ans à coups de contrats hebdomadaires consécutifs, parce que c’était encore légal à l’époque, puis j’ai réussi à décrocher le sacré CDI en menaçant de me barrer quand ils ont voulu me faire signer un CDD, comme quoi, parfois, ça marche).

C’était cool, j’ai atterri dans la logistique, un secteur que je ne connaissais pas vraiment, et mon quotidien, c’était de régler des problèmes très concrets (et j’aime ça1). Je devais apprendre plein de choses, j’avais un chouette terrain de jeu à portée de main. Puis ça m’a soulée. L’ennui, ce nouvel ami qui ne m’a presque plus jamais quittée.

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Référence : Gilmore Girls

J’ai changé de job, je voulais faire du marketing (en pensant que ça allait satisfaire mon côté créatif), alors je suis devenue assistante marketing, et au début c’était cool, il fallait apprendre à connaître les nouveaux produits, les nouveaux marchés, les nouveaux process. Puis je me suis ennuyée et je suis partie après trois ans. (Il faut dire aussi qu’il y avait un écart entre ce qu’on m’avait proposé comme poste, et ce que je faisais vraiment… et ça ne sera pas la première fois dans ma carrière.)

J’ai fait un pas dans le public en travaillant sur une base de l’OTAN (oui, mon moi actuel ne comprend pas mon moi du passé), et… non, je me suis ennuyée vraiment très vite, la lune de miel fut très courte cette fois-là, heureusement que les avantages extra-salariaux et en nature compensaient pour l’ennui du job.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé des études en horaire décalé pour changer totalement de métier. D’assistante administrative, j’allais devenir développeuse de logiciels.

Quelques années à coupler boulot d’assistante et études, puis études avec une formation en journée, puis boulot de développeuse et études (j’ai pu commencer à travailler dans ce nouveau domaine bien avant de choper mon diplôme).

Au début, je pensais que j’avais résolu mon problème. Si je m’ennuyais aussi vite à chaque fois, c’était probablement parce que mes tâches d’assistante administrative n’étaient pas assez stimulantes. Mais ça, c’était fini : j’avais choisi un domaine bien prise de tête, très technique, où on ne cesse jamais d’apprendre.

Nouvelle lune de miel, j’étais heureuse, j’avais enfin trouvé ma voie, ma place, ma carrière.

Ça a duré environ six mois avant que je ne m’ennuie de nouveau.

Alors qu’avant je changeais de boulot tous les trois ou quatre ans, la cadence s’est accélérée en informatique : j’étais passée à un an - un an et demi maximum entre deux jobs.

Image libre de droit sur Pixabay par flutie8211

Avec plus de quinze ans de carrière salariée à mon actif, j’ai commencé à assembler les pièces du puzzle et à comprendre les choses qui me dérangeaient (parce que je n’avais aucun problème à faire mon boulot, en soi, j’adore toujours coder par exemple).

L’une d’entre elles est ressortie lors d’une session avec une ancienne psy, ainsi que lors d’un coaching.

Quand j’ai dit à ma psychologue que je n’arrivais pas à me fixer, elle m’a dit que ce type de schéma (par exemple, avoir envie de quitter son job tous les ans pour un nouveau) n’était pas un problème en soi si c’est ce dont j’ai besoin et que ça marche pour moi.

Lors d’une séance de coaching, mon interlocutrice m’a encore questionnée là-dessus : si quelque chose se répète encore et encore, est-ce un hasard ou de la malchance, ou plutôt un schéma, et qu’est-ce que ce schéma dit de mon fonctionnement, de mes besoins… ?

Évidemment, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à mettre en pratique, parce qu’on est toutes et tous conscient·es des jugements à l’encontre des gens qui changent souvent (de job ou d’autre chose) : ce n’est pas normal. Il faut pouvoir le justifier habilement pour ne pas menacer l’ordre établi.

Mais c’est un sujet pour une autre fois, notre question principale aujourd’hui étant : le “bon métier” existe-il ? Parce que s’il n’existe pas, la bonne nouvelle, c’est qu’on peut arrêter de s’essouffler pour le trouver à tout prix, arrêter de se mettre la pression, et travailler à autre chose (comme savoir comment on fonctionne et ce dont on a besoin).

Et on peut arrêter les listes de “pour” et “contre” pour savoir si on doit se forcer à commencer un nouveau parcours de formation pour un nouveau domaine qui ne nous excite pas franchement.

Ce que me dit mon expérience, d’abord, c’est qu’un bon métier à un moment de notre vie peut devenir un mauvais métier (ou un moins bon métier) à un autre, et pas nécessairement après une longue période.

Il y a des expériences qui nous serviront peut-être à construire la suite, qui serviront de base pour une nouvelle carrière, ou simplement qui apporteront des compétences qu’on préfèrera finalement mettre à bien dans notre vie privée ou une activité complémentaire. (Sans oublier les précieuses expériences qui nous apprennent ce qu’on ne veut pas !)

Un métier exigeant mentalement peut faire le bonheur de quelqu’un mais devenir une tare lorsque d’autres événements de la vie rendent le quotidien plus complexe, tout comme un allègement dans la vie privée peut provoquer un besoin de complexité au travail.

Un job qui force à communiquer avec beaucoup de nouvelles personnes peut devenir une bénédiction à un moment ou un enfer à un autre.

L’autre conclusion que j’ai tirée de ces dernières années, et dont je ne sais toujours pas quoi faire (je veux dire, je vois bien les pistes à explorer, mais je ne sais pas laquelle privilégier en prenant en compte mon fonctionnement et mes besoins neuroA entre autres), c’est que le métier en soi, l’expérience qu’on en fait, est extrêmement influencé par d’autres facteurs.

Comme je le disais, j’aime toujours développer, et parfois la complexité du métier me manque, mais je n’ai jamais été satisfaite de développer en entreprise (pas longtemps en tout cas), parce que le cœur de notre métier est finalement lourdement impacté par les gens avec qui on l’accomplit (collègues, fournisseurs, client·es, ligne hiérarchique…), par la dynamique et la culture de l’entreprise (la bullshit qu’on te sert en entretien, et la vraie que tu découvres sur place), ainsi que par tout ce qui découle du travail en entreprise (la politique, les délais, la politique, les faux-semblants, le small talk, la politique, le fait d’être team boîte à tartines ou team lunch dehors, la politique, les autres départements qui bloquent, la politique, les budgets, la politique…).

Et bien sûr, c’est vrai aussi d’un travail en freelance : à moins de pouvoir créer et mettre sur le marché des produits qui se vendent tout seuls sans travailler à la demande (un doux rêve), on fait toujours partie d’un système sur lequel on n’a que peu de contrôle, et nos nouvelles relations deviennent des client·es (qui remplacent parfois nos ex-boss) et des fournisseurs (qui jouent le rôle des collègues qui bloquent notre avancement ou qui font du travail qui n’est pas nécessairement à la hauteur de ce qu’on attendait), ou encore des partenaires (idem).

Loin de moi l’idée de donner une leçon ici, parce qu’il n’y a pas vraiment précepte à déduire de tout ça, si ce n’est que ça ne sert à rien de courir derrière LE bon métier à mon sens. J’ai commencé à regarder d’un œil critique ces invitations à trouver notre grand “why” (ou du moins, à vouloir à tout prix traduire ce “pourquoi” en un métier déterminé).

Évidemment, le cœur même d’un job, les tâches qu’on doit accomplir, ont une forte influence sur notre quotidien professionnel, mais elles gravitent dans un système qui a encore plus d’impact sur notre bien-être et qu’il faut encore mieux s’appliquer à sélectionner.

C’est important aussi de ne pas s’enfermer dans une carrière parce qu’on a investi beaucoup de temps et d’argent à apprendre un métier (voir le biais des coûts perdus), et de moins se mettre la pression pour trouver LE métier qui nous convient, parce qu’aucun n’est parfait pour quiconque, et que ce qui serait parfait pour nous varie dans le temps de toute façon.

Aussi, trouver de la satisfaction et répondre à nos besoins par d’autres moyens que le travail (au moins à une partie de nos besoins, pour que tout ne s’écroule pas quand on est en questionnement professionnel) me semble nécessaire, à l’heure où nous sommes encore une majorité à nous définir avant tout par notre job rémunéré.

Alors oui, il y aura toujours des gens pour juger les personnes qui changent du tout au tout au cours de leur carrière, qui sautent d’une entreprise à l’autre, dont les jobs se suivent et ne se ressemblent pas, ou qui sont accro aux postes de couteau Suisse où les tâches sont si variées qu’ils sont impossibles à résumer en deux mots. Mais les critiqueurs ne sont pas ceux qui enfilent tes baskets le matin pour aller faire un métier qui te pourrit de l’intérieur, donc ils peuvent bien continuer à radoter dans leur coin s’ils n’ont rien de mieux à faire.

J’en suis arrivée à fantasmer sur une vie où il me serait possible de changer de type de job tous les deux ou trois mois, mais je sais que ça va me demander pas mal de travail (niveau relationnel par exemple, ou pour gérer l’angoisse de l’inconnu). On s’en reparle peut-être bientôt !

Le seul conseil que je peux te transmettre des mes différentes coachs et psy, c’est de savoir ce dont tu as besoin avant d’essayer de réfléchir à des choses plus concrètes (comme : comment y parvenir, quel métier choisir, faut-il passer indépendant·e…). De te poser devant une page blanche et de t’autoriser à sortir absolument tout ce dont tu as besoin, sans filtre, sans retenue, sans penser aux contraintes.

D’ensuite traduire ça en choses concrètes (par exemple, chercher un type d’activité ou de tâche qui satisfait ton besoin, ou encore un type d’aménagement, un environnement…).

Et finalement, de mettre ça en perspective avec le travail, de réfléchir à ce que tu peux et veux obtenir de ton travail pour répondre à tes besoins, de ce que tu vas chercher ailleurs, et à la manière d’équilibrer tout ça.

Merci d’avoir lu cet article !

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