RSS Amplifier

TheBoldWay Newsletter · Jul 26, 2026

The Catch-up avec India Mahdavi

0
Sign in to vote or save

TheBoldWay · TheBoldWay Newsletter

Les femmes sont à l’honneur cette semaine dans TheBoldWay.

D’abord avec India Mahdavi, que je retrouve deux ans et demi après notre première conversation pour parler de ses nouveaux projets, de la Villa Médicis à son premier musée en Norvège, mais aussi de sa vision de l’IA, de l’imperfection et du fait-main.

Puis avec deux nouveaux épisodes très différents, avec Ines de La Fressange et Gia Kuan. Trois femmes, trois générations, trois trajectoires singulières, mais une même liberté de ton et une même envie de créer sans entrer dans les cases.

En préparant cette newsletter, je me suis encore fait la même réflexion, j’ai vraiment le meilleur métier du monde, rencontrer des personnes exceptionnelles et raconter leur histoire.

Bonne lecture et bonne écoute !

Une conversation exceptionnelle avec Inès de La Fressange.
Pendant plus de deux heures, elle revient avec beaucoup d’humour sur cinquante années passées au cœur de la mode.
De ses débuts comme mannequin à sa rencontre avec Karl Lagerfeld, elle raconte la renaissance de Chanel, la création de sa propre marque et l’aventure Roger Vivier.
On parle de créativité, de luxe, de savoir-faire, de prise de risque et de sincérité.
Mais aussi d’échecs, de deuil, d’âge, de gratitude et de réinvention.
Une conversation drôle, profonde et lumineuse, remplie de leçons de vie.

Ecouter l'épisode

Regarder l'épisode

Direction New York pour une conversation avec Gia Kuan, fondatrice de l’agence GKC.
De Taipei à Manhattan, elle raconte son parcours atypique, ses débuts chez Comme des Garçons et Dover Street Market, puis la création de son propre bureau.
On parle de Telfar, de jeunes créateurs, de culture underground et de la manière dont une marque construit une voix forte.
Gia partage aussi sa vision d’un métier des relations presse bouleversé par les réseaux sociaux, les newsletters et les nouveaux médias.
Une immersion passionnante dans les coulisses de la mode new-yorkaise et de ceux qui façonnent son avenir.
Un épisode sur la curiosité, l’instinct et l’importance de ne jamais devenir trop confortable.

Ecouter l'épisode

Regarder l'épisode

Depuis presque dix ans, j’ai la chance de parler avec celles et ceux qui construisent les industries créatives. J’ai envie de prolonger ces conversations. Comprendre ce qui a changé, ce qui émerge, ce qui arrive ensuite. Parfois ce sera un Catch-up avec un ancien invité. Parfois une interview exclusive. Parfois un correspondant qui nous raconte ce qui bouge à New York, Tokyo ou Copenhague. Parfois un cas concret d’IA appliqué à un métier. Vous êtes la bonne personne pour une ville, un sujet ou une stack IA ? Répondez à l’email.

Au programme de ce catch-up avec India Mahdavi, architecte designer : son premier musée, PoMo, à Trondheim. Sa première intervention à la Villa Médicis. Sa collection de mobilier au Grand Palais, après le Grand Prix du French Design. Et au milieu de tout ça, une thèse sur l’IA qui claque comme un manifeste.

On laisse la perfection à la machine.

Je l’avais reçue dans TheBoldWay en octobre 2023 : son parcours, son écosystème de la rue Las Cases, le pink Sketch à Londres, l’anxiocène. Écouter l’épisode

Deux ans et demi plus tard, on se retrouve, entre deux taxis pour Rome. On a parlé du musée en Norvège, du salon Debussy à la Villa Médicis, du Design Prize MENA à Doha, et de pourquoi le fait-main est plus intéressant que l’industriel. Conversation.

India — Bravo pour TheBoldWay, c’est devenu une référence pour toute la communauté créative, tout le monde a envie de l’écouter.

Adrien — Merci. Petit récap depuis octobre 2023 : c’est quoi, pour toi, les grands jalons ? J’ai vu passer un musée, le Project Room, beaucoup de prises de parole.

India — Ce sont des projets institutionnels, comme PoMo, mon premier musée. Un projet qui m’a beaucoup intéressée parce qu’il s’agissait tout à coup de mettre mon expérience de l’hospitalité au service d’un projet institutionnel.

Aujourd’hui, quand on fait des musées, il y a une mode de la retenue, une austérité, une valeur minimaliste. Du fonctionnalisme. Or j’étais dans un pays que je ne connaissais pas, la Norvège. On imagine d’emblée un pays sans couleurs, qu’une photo prise en couleur en ressortirait presque en noir et blanc. En arrivant à Trondheim, j’ai découvert le contraire : une ville toute en couleurs.

Musée PoMo, à Trondheim en Norvège

C’était aussi dans un cadre particulier. Un musée privé, pensé comme une institution, avec la volonté d’être le plus inclusif possible. Le projet s’inscrit dans un réaménagement de quartier, celui de la vieille ville de Trondheim, troisième ville de Norvège, dans un bâtiment début de siècle qui abritait la poste principale. Et une poste, qu’est-ce que c’est, sinon l’endroit où l’on reçoit des nouvelles du monde entier et où l’on en donne ? Toute une ville s’y croise. Le musée fonctionne sur le même principe : recevoir des œuvres et des visiteurs du monde entier, tout en restant connecté à une population locale.

In-between spaces, Musée PoMo, à Trondheim en Norvège

Il fallait être précis et pointu dans nos choix, sans se déconnecter de la communauté locale, dont la vie est plutôt tournée vers la nature, omniprésente. J’ai voulu d’emblée, avec la maître d’ouvrage, Monica Reitan, que ce soit un lieu très inclusif et attractif.

Reading Room, Musée PoMo, à Trondheim en Norvège

J’ai travaillé sur ce que j’appelle les in-between spaces, tous les espaces qui ne sont pas des espaces d’exposition, qui contrastent avec des salles d’exposition volontairement sobres. J’ai volontairement créé d’autres moments d’émotion, ailleurs. Le shop du musée, en rose saumon. Le grand escalier métallique, orangé. La Reading Room, qui renoue avec une tradition d’art folklorique, avec le talentueux duo Freeling Waters. J’ai essayé de mettre en valeur un patrimoine déjà là, capable de produire une émotion différente de celle des œuvres elles-mêmes.

L’escalier, Musée PoMo, à Trondheim en Norvège

C’est un exercice que j’ai adoré. Et retrouver la couleur dans un pays où on ne l’imagine pas : avant l’énergie fossile, toute l’architecture y était en bois, chaque cabane peinte au bord d’un fjord. Une tradition folklorique un peu oubliée, qu’il était intéressant de faire resurgir.

La Villa Médicis à Rome

Adrien — La Villa Médicis aussi. À notre dernière conversation, ce n’était pas encore terminé.

India — C’était un projet important, et pas facile. Il fallait trouver la juste réponse, dans un contexte où l’on peut vite être hors sujet. Il fallait une certaine humilité pour l’aborder, sans être timide.

La question, pour moi, n’était pas tant d’ajouter de l’esthétisme à ce qui était déjà beau, mais plutôt d’amplifier l’expérience qu’on y vit.

Ne pas ajouter de l’esthétisme à ce qui était déjà beau. Amplifier l’expérience.

La Villa Médicis à Rome

J’ai transformé, par exemple, un vestibule en salon de musique, en y déplaçant le piano de Claude Debussy, qui se trouvait dans une des grandes chambres, et en y ajoutant des canapés choisis au Mobilier National. Un salon presque à la Visconti, où les couleurs et les époques se répondent, comme une résidence familiale aménagée au fil des générations. La lumière y rebondit, le lieu devient très lumineux.

La Villa Médicis à Rome

Dans ces chambres de soixante-dix mètres carrés, cinq mètres sous plafond, j’ai dessiné trois pièces de mobilier par chambre, dont les couleurs expriment quelque chose de précis. La chambre que j’ai appelée Debussy, parce qu’elle abrite le piano, porte cette musicalité un peu acide, un peu perchée. Le lit posé sur une plateforme offre aux visiteurs une vue incroyable sur Rome au réveil, à travers des fenêtres hautes, très Renaissance.

La Villa Médicis à Rome

J’ai repris des motifs de la Renaissance, réalisés en marqueterie de bois, avec cette même couleur acide pour Debussy. Puis la chambre de Galilée, dont les Médicis avaient été mécènes. J’ai littéralement réaménagé l’ensemble du piano nobile, qui comprend les trois chambres historiques, dont la chambre du Cardinal Ricci, pour laquelle j’ai conçu un grand tapis qui reproduit le jardin de la Villa aux couleurs Mahdavi.

La Villa Médicis à Rome

C’est un parcours que je trouve joyeux.

Adrien — Et puis ta propre programmation : le Project Room et la Tiny Room.

India — Ces deux lieux complètent mon écosystème de la rue Las Cases, avec le showroom, le studio, et le petit espace consacré aux objets. Ils me permettent d’exposer d’autres créateurs, de jeunes designers, des galeries qui n’ont pas encore pignon sur rue à Paris, et de faire vivre le quartier.

Ça m’amuse toujours de le faire. Mais ça prend un temps considérable. L’année dernière, on en a fait sept ou huit, ce qui est énorme. J’ai décidé de revenir à quatre par an. C’est plus raisonnable, et ça doit tenir dans mon emploi du temps.

Adrien — Comment choisis-tu les personnes et les thématiques ?

Le Project Room, expo d’Inez et Vinoodh

India — D’abord, j’essaie de lier avec ce qui se passe à Paris. L’année dernière, pendant Paris Photo, j’ai exposé Inez et Vinoodh, un projet soutenu par Apple. J’aime que cette programmation vive avec les temps forts de Paris, notamment la Paris Design Week.

Le Project Room, expo du duo Freeling Waters

On a exposé le duo Freeling Waters, dont j’adore le travail d’ornement, de graphisme, de peinture. Ils ont réalisé ce décor peint dans la Reading Room à PoMo, dont on a parlé plus haut, et que je trouve sublime. Je leur ai proposé de faire une installation pour faire connaître leur travail à Paris.

Tiny Room, expo de Serban Ionescu

Pendant Art Paris, Serban Ionescu, dont le travail s’inscrit entre sculpture et design, a exposé sa collection de chaises dans la Tiny Room. D’autres designers viennent à moi, comme Stéven Coëffic, rencontré à la Villa Médicis. En général, je reste ouverte, à partir du moment où je sens une résonance, une affinité.

Il y a aussi Carlès et Demarquet, designers et ébénistes du sud de la France, qui fabriquent eux-mêmes leurs pièces. Je collabore avec eux sur certains de mes chantiers, notamment sur un projet de résidence à Arles pour Maja Hoffmann. J’essaie que ce ne soit pas une exposition isolée, ces rencontres nourrissent aussi des collaborations sur des projets. Je trouvais important de leur donner une voix, tout simplement.

Leur donner une voix, tout simplement.

Tiny Room, expo de Carles et Marquet

Adrien — Et un projet pour la Fondation Beyeler à Bâle ?

India — Une sorte de petit concept store, dans le bâtiment de l’Orangerie, le plus petit du campus, autrefois excentré et aujourd’hui positionné de façon centrale avec l’extension signée Peter Zumthor. Rahel Kesselring, curatrice botanique, a été recrutée pour animer ce lieu, et redonner au végétal une place centrale.

Ce n’est pas encore ouvert, je n’ai pas d’images à montrer. C’est vraiment un petit espace, mais je suis habituée à m’exprimer dans ce type de format. On peut faire de grandes choses dans des petits formats.

Adrien — Tu vas aussi présider le Design Prize MENA à Doha.

India — C’était prévu en avril, reporté en raison des événements de la guerre, et reprogrammé début novembre. C’est un rôle honorifique, mais je pense qu’il est essentiel que les régions MENA aient leur propre prix. C’est une région très active, du Liban aux Émirats en passant par toute l’Afrique du Nord, avec une esthétique et des sujets différents de ceux de l’Europe, même si les deux se superposent de plus en plus. C’est une plateforme pour découvrir des talents, les mettre en relation avec une communauté internationale du design. Je trouve ça très utile.

La plupart des grands prix de design ont été pensés depuis un centre occidental, où être primé revenait à être validé par des critères qui n’étaient jamais ceux de la région. L’idée d’émancipation renverse ce rapport : le prix n’est plus une reconnaissance octroyée de l’extérieur, mais un geste politique qui permet à une région de désigner elle-même ses propres critères de valeur. Un prix MENA n’a de sens que s’il corrige cette hégémonie plutôt que de la reproduire à une échelle régionale.

Stand d’India Mahdavi, Art Paris au Grand Palais

Adrien — L’édition, le mobilier d’édition : comment évolue cette activité ?

India — Est-ce que j’en suis contente, c’est un grand mot. Je suis contente de mes équipes et puis des artisans français qui réalisent mes modèles, depuis toutes ces années.

C’est une collection qui s’est constituée avec le temps et qui évolue en permanence. Je ne dessine jamais de collection à proprement parler. Mes projets m’amènent à dessiner du mobilier, et certaines pièces me paraissent pouvoir vivre une autre vie que celle pour laquelle elles ont été créées. Je les rassemble dans un même univers, une sorte de famille de meubles qui n’ont pas été pensés pour cohabiter, cousins ou frères et sœurs, et qui se côtoient plus ou moins joyeusement dans le showroom, comme le font les familles.

Cet espace ouvert au public me permet d’exister physiquement à Paris, car j’y réalise très peu de projets. J’aime que la rue Las Cases soit la vitrine de mon studio de création. De façon générale, je ne fais jamais de foires, ça demande beaucoup d’énergie et un espace mental très différent, je préfère consacrer ce temps à la création.

Stand d’India Mahdavi, Art Paris au Grand Palais

Cette année a été une exception car on m’a remis le Grand Prix du French Design, et dans ce cadre, un espace m’a été proposé à Art Paris. Je me suis dit : voyons comment ce mobilier vit hors du showroom.

Je ne sais pas si ça a eu beaucoup d’impact, même si cela a eu beaucoup de visibilité sur les réseaux, c’est toujours très coloré, mais la couleur fait toujours un peu peur. On la trouve attirante, mais on hésite à l’intégrer dans nos vies. Les gens restent frileux, je crois. Ça ne veut pas dire que je recommencerai, mais c’était intéressant de voir son propre travail exposé dans un autre contexte. Ça donne du recul.

J’avais demandé à Julian Farade de fournir quelques personnages étranges, pour accentuer le tout. C’était assez beau, très coloré. Ça m’a amusée.

Stand d’India Mahdavi, et personnages de Julian Farade.

Adrien — Tu as aussi fait We Are Ona pendant Art Basel.

India Mahdavi, en collaboration avec We Are Ona pendant Art Basel

India — J’aime beaucoup travailler avec Lucas. L’idée était de créer un speakeasy ultra féminin, dans un ancien garage. On passait un porche, puis une succession d’espaces enfumés, pour arriver dans un immense espace recouvert de tissu floral que j’ai dessiné, inspiré de la rose d’Ispahan, comme un jardin de roses.

On a créé un motif floral, joyeux et féminin, en recouvrant tout l’espace, sol, murs, tables et chaises. Le lieu prenait une autre dimension, tellement radicale. Un hommage au soft power, en quelque sorte.

La force du soft power.

Arbona, en collaboration avec We Are Ona pendant Art Basel

Adrien — La dernière fois, tu disais que le monde devenait de plus en plus anxiogène. Et ça n’a pas changé.

India — Ça a empiré. Comment mon travail, mon empathie, font-ils contrepoids à ça, et comment je vois l’intelligence artificielle, présente plus que jamais dans nos métiers.

En fait, tout est lié. On a longtemps vécu dans un monde en quête permanente de perfection, cherchant sans cesse comment être perfectible. Avec l’arrivée de l’IA, j’ai l’impression qu’on laisse la perfection à la machine. On accepte davantage sa condition d’humain.

« On laisse la perfection à la machine. »

Être humain, c’est être imparfait. Accepter des frictions, cette imperfection qui nous rend humains. En design, ça veut dire plus de texture, du wabi-sabi, tout ce qu’une machine ne pourrait pas imaginer. Des visions personnelles, une dimension de l’étrange. Le contraire du lissage.

« Le fait-main est plus intéressant que l’industriel. »

Freeling Waters et leur fresque folklorique en sont un exemple : entièrement fait main, quelque chose que la machine ne peut pas imaginer. Je me sers de l’IA, évidemment, pour tester des idées, voir si ce que j’imagine peut fonctionner. Et pour tout ce qui est administratif, où elle me rend beaucoup plus indépendante et rapide.

Sur l’anxiété, je ne pense pas que ça va changer dans les années qui viennent, ce climat anxiogène va s’installer davantage. Alors j’essaie, à mon niveau, de créer des petits moments de bonheur, éphémères, capables de produire des émotions et des souvenirs qui nourrissent notre imaginaire.

Ça passe par davantage d’ornementation, des choses qui saisissent le regard, mais pas seulement. Créer une expérience différente, unique, qui ne ressemble à rien d’autre. Chercher l’imprévisible. C’est dans ces moments-là qu’on peut lâcher prise, surrender. C’est ce moment de l’humanité que je travaille, être le plus human-centric possible.

Une dernière chose.

Vous connaissez quelqu’un qui devrait lire TheBoldWay ? Faites-lui suivre ce mail.

Et si vous avez une idée, une opportunité ou simplement quelque chose à me dire, répondez à cet email.

Je lis tout.

Retrouvez aussi TheBoldWay sur Instagram et sur le site.

Merci d’être là.

Adrien.

Read the original on theboldway.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.