Bonjour tout le monde,
Quand on travaille en accessibilité numérique, on peut avoir l’impression que les choses avancent bien. On échange avec des personnes engagées et on voit émerger des initiatives sincères. À force, on peut croire que ces efforts sont perceptibles par tout le monde, mais ce n’est pas toujours le cas. Beaucoup de personnes concernées n’ont pas encore constaté ces progrès, ou n’en bénéficient pas concrètement.
C’est pour ça que je tiens à avoir des conversations en dehors de la tech. Ce mois-ci, j’ai échangé avec Clémentine Zill, consultante en diversité, équité et inclusion spécialisée sur le handicap et l’accessibilité, membre des Dévalideuses, et streameuse sur Twitch, pour comprendre son expérience d’utilisatrice malvoyante et sa perception des efforts de la tech.
Je vous partage ici :
trois passages qui m’ont marquée,
deux ressources en design accessible,
et une question pour en parler ensemble dans le canal accessibilité des Designers Éthiques. Plus d’infos en bas de ce post.
Je n’ai vraiment pas accès au même monde digital qu’une personne valide. Parfois mon copain va me dire “regarde l’horaire de tel film au cinéma”. Et tout de suite je vais être frustrée parce que je sais d’avance que je ne vais pas accéder au site. C’est la même chose pour les recettes de cuisine. Je ne vois qu’une ligne de la recette à la fois sur mon téléphone. Je ne vais pas faire des aller-retours 25 fois entre mon ordinateur et la cuisine pour faire un gâteau au chocolat !
Je peux aller au cinéma sans audiodescription si c'est dans une langue que je comprends. Mais je ne peux pas voir les films internationaux s’il faut lire des sous-titres. J'ai demandé à mon cinéma, ils m'ont dit qu'ils ne proposaient l'audiodescription que pour les films français. Donc ça limite quand même drastiquement l'accès à la culture.
Le divertissement est politique. Quand on ne peut pas accéder à un film, on perd plus qu’un moment de loisir : on perd un accès à des récits, des références et une culture commune.
Moi je ne m’imaginerais pas être designer, pourtant j’adore ça. C’est presque un hobby pour moi, parce que Canva est relativement accessible et que je l’ai bien pris en main maintenant. Mais les outils et logiciels de design ne sont pas du tout accessibles. Quand j’ouvre Photoshop par exemple, c’est une catastrophe. Il n’y a aucune option d’accessibilité dessus. C’est pareil pour les logiciels d’édition vidéo. On m’avait recommandé plein de trucs, je les ai installés, mais il n’y en avait aucun qui était accessible. Du coup, il y a une barrière. Vu qu’il n’y a pas d’alternative, ce n’est pas possible pour moi. Je suis forcément exclue.
Un métier qui exclut par ses outils n’est pas neutre. Il décide qui peut créer, et qui doit rester spectateur, by design.
Contraste et perception des couleurs, l’APCA comme future méthode de calcul ? : Clémentine m’a expliqué qu’elle ne voyait pas certaines combinaisons de couleur, confirmant que nos outils ne tiennent pas compte de toutes les formes de daltonisme. Je me suis alors intéressée à l’APCA (Advanced Perceptual Contrast Algorithm) qui tient compte du contexte, contrairement au WCAG (Web Content Accessibility Guidelines).
Guide de conception pour les déficients visuels : On ne peut pas traiter l’accessibilité uniquement au moment de la mise en production. Ça se joue à chaque étape de conception. Cette ressource d’Anne Faubry (Designers Éthiques) propose des pistes concrètes de design accessible pour les personnes malvoyantes et aveugles, avec l’exemple du portail de l’audiodescription.
À quoi ressemblerait un service numérique conçu par des personnes aveugles et malvoyantes ?
C’est la question que Clémentine m’a posée à la fin de notre échange et qui trotte dans ma tête depuis. Je vous propose de rejoindre le canal accessibilité des Designers Éthiques sur Mattermost pour en parler ensemble. Pas besoin de maîtriser le sujet de l’accessibilité pour participer, votre curiosité suffit.
N’hésitez pas à partager la question avec des personnes concernées. L’échange n’en sera que plus riche.
Je serai de passage à A11Y Ouest à Rennes le 31 mars pour soutenir l’initiative bretonne de l’association A11Y France.
Je serai aussi à MiXiT, les 16 et 17 avril à Villeurbanne, pour donner mon talk : Design validiste : comment rompre les normes systémiques.
J’aimerais rencontrer des personnes handicapées dont le cœur de métier n’est pas le numérique et qui rencontrent des difficultés avec les services en ligne ou y ont renoncé. Si vous connaissez des personnes concernées qui ont envie de participer, vous pouvez nous mettre en relation par email ou sur LinkedIn.

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