RSS Amplifier

Gang de Plumes, la newsletter de Sophie Gliocas · Apr 19, 2026

❤️‍🩹Ce que nos exs disent de nous

0
Sign in to vote or save

Sophie Gliocas · Gang de Plumes, la newsletter de Sophie Gliocas

💌 Bienvenue sur la newsletter Gang de Plumes !

👋 Je m’appelle Sophie Gliocas, j’ai 32 ans, je vis à Paris et je suis romancière. Ici je raconte mon quotidien d’autrice publiée, mais surtout mon expérience en tant que femme désormais trentenaire, ainsi que tout ce qui m’a façonné avant : l’enfance, l’adolescence et puis la vingtaine.

🩷N’oublie pas de liker cette lettre une fois que tu l’auras lue : un micro-geste pour toi, et une grande aide pour moi !

Courir droit devant soi. (Julie en 12 chapitres, 2021)

Je ne sais pas si vous le savez, mais ça fait presque dix ans (🎂) que je suis en thérapie. Et pourtant, ce n’est que depuis (très) récemment que j’aborde le sujet de mes relations amoureuses durant mes séances. Non pas que j’étais dans le déni sur le fait qu’il y avait des sujets à creuser, mais plutôt que je repoussais cette épreuve à plus tard.

Quand ? Aucune idée. Juste “plus tard”.

Il y avait toujours d’autres thématiques à aborder, d’autres périodes de ma vie que je devais traiter en priorité.

Pratique, non ?

Je m’enfonçais dans cette idée rassurante que le reste de ma vie était plus important, bien plus urgent à évoquer. Parce que, quand il s’agissait de certains de mes exs, « je savais ». Je savais la gravité de ce qui avait pu se passer. Pas besoin de pleurer chez la psy pour ça, hein. Je saisissais déjà l’ampleur des dégâts qu’ils avaient pu causer. Donc, pourquoi remuer le passé ? J’estimais avoir fait un travail personnel, avoir suffisamment ouvert les yeux, saisi les reds flags comme une grande. Merci le féminisme btw. Le plus dur était derrière moi. D’ailleurs, inutile de remuer le passé.

Mais au fond, une petite voix me chuchotait comme ces discussions étaient aussi nécessaires qu’inconfortables. Et qu’un jour, il faudrait bien que j’inspire un grand coup et que j’en parle. Pendant des heures. Pas des allusions furtives, non. Pas du bout des lèvres. Vraiment. Le pansement devrait être arraché sinon ça allait finir par suinter.

Bon.

Je ne vous apprends rien en vous racontant que chaque séance chez le psy est rarement une partie de plaisir. Peu importe les sujets qu’on aborde. Mais au fond… une part de moi savait que ces sujets seraient plus pénibles que les autres à aborder.

Pour être honnête, je crois que j’avais peur. Non pas du regard qu’on pourrait poser sur moi durant ma thérapie. Après tout, on vient bien en consultation pour parler de ce qui nous fait souffrir, de nos manies les plus honteuses, de nos angoisses les plus intimes… non ? Je ne suis plus à ça près.

Mais j’avais peur de ce que ces relations disaient de moi.

Je ne voulais pas affronter les raisons qui m’ont fait me retrouver dans des dynamiques de couple où rien n’allait. Où j’étais une proie, une serpillère, un pantin qui était tiraillé entre le besoin de se défendre, de se protéger, et une estime de moi-même si basse que je n’arrivais pas à partir, à saisir la gravité de la situation, le déséquilibre, l’injustice.

Parler de sa vie amoureuse à sa psy, c’est lever le voile sur un aspect extrêmement intime de son identité. On a souvent du mal à réaliser comme tout ce qui a pu nous construire depuis l’enfance peut se retrouver d’une manière ou d’une autre dans nos relations que ce soit à l’adolescence ou même à l’âge adulte. Bien sûr, ce n’est pas seulement inhérent à nos relations sentimentales. L’amitié, les relations au travail ou même avec des inconnus rentrent aussi dans cette logique. Mais quand on parle d’amour, qu’on s’enfonce dans un registre aussi privé… s’épancher sur ces relations, c’est raconter ce qu’il se passe quand on ferme les portes et tire les rideaux.

Et je pense avoir longtemps refusé de passer cette étape.

Si un ex m’avait blessé au plus profond de moi, j’étais capable d’en décortiquer tous les aspects sociologiques et purement rationnels. Du genre : les hommes sont élevés dans une culture profondément misogynes où on leur apprend à détester les femmes. Par ailleurs, les femmes intègrent aussi ces schémas de pensée au point d’intérioriser cette violence. Forcément, ça a toutes les chances de mal se passer. As simple as that. Rien de plus à ajouter. Rideau, merci, au revoir.

À 32 ans seulement, je suis donc en train d’apprendre à en saisir l’ampleur émotionnel. J’accepte de laisser l’affect prendre plus de place sans penser que je suis faible et irrationnelle. Cet affect qui a pu me dévorer de l’intérieur, me faire pleurer durant des heures, passer des nuits blanches à me haïr. J’assimile le fait que ces comportements nuisibles et toxiques peuvent avoir comme répercussion sur un être humain (= moi) sur le moyen/long terme.

En conclusion, je suis en train d’accepter l’idée que je ne suis pas un robot, mais un être humain, avec toutes les failles que ça implique. Et si parfois j’ai tout de même envie de me raccrocher à cette idée de machine (une conception de ma personne qui me rassure et me donne l’impression d’avoir le contrôle sur tout), j’essaie de me souvenir que ce n’est pas moi qui paramètre chaque réglage en amont.

Tout ça pour dire que mes exs racontent beaucoup de choses à mon sujet. Ils cristallisent des violences connues depuis l’enfance et, ça aussi, c’est étonnamment nouveau pour moi de mettre le doigt dessus. J’ai 32 ans et j’ai l’impression qu’un voile qui a enveloppé mon cerveau durant de longues années se lève enfin.

C’est peut-être le moment où je devrais vous dire que j’en suis toute chamboulée, que tous mes repères sont perdus, que je ne sais plus qui je suis, où je vais et quels sont mes repères dans la vie.

Il n’en est rien.

Au contraire, c’est la première fois depuis des années que je n’ai pas vu avec autant de clarté.

Je trouve ça vertigineux.

En fait, je crois que je suis en train de devenir adulte, dans le sens psychique du terme ? ou alors philosophique ? Pardon si je manque de précision dans les termes que je choisis. Mais, si ça fait 14 ans que je suis majeure sur le papier, je ne connais que depuis récemment cette sensation très agréable de pouvoir compter sur moi-même. Ça ne veut pas dire que je suis seule, non. Au contraire, je ne me suis jamais sentie aussi entourée que ces derniers temps. Néanmoins, je me sens capable d’affronter des difficultés, la vie tout simplement, et d’avoir les épaules pour.

Bien sûr, ce n’est pas le cas tous les jours. Parfois, l’anxiété et les pensées qui vont avec reviennent à la charge.

Mais elles finissent par partir. Et alors, j’arrive à me souvenir que je suis en mesure de pouvoir me protéger, prendre soin de moi. Que j’ai une place dans la société, dans ce monde parfois dur et injuste qui continuera toujours de tourner peu importe ce qui peut nous tomber sur le coin du museau. Je peux faire face. J’en ai les capacités.

Ce que j’ai pu subir par le passé ne me définit pas.

Et ce qui m’a amené à croire qu’être traitée de cette manière était normale et méritée non plus.

Voilà ce que mes exs disent de moi.

Peu importe qui ils ont été.

Peu importe ce qu’ils m’ont fait.

Peu importe les traces qu’ils ont laissé.

Peu importe ma colère, mon incompréhension, mon amertume, lorsque des souvenirs reviennent par vagues.

Je mérite dignité, respect et amour.

Mais surtout, je mérite de m’en donner.

Et vous aussi.

Un jour, il faudra peut-être que je raconte certaines choses de manière plus détaillée et plus explicite. Dans le sens où il faudrait que je les couche sur le papier.

Parfois, j’essaie d’enfiler ma casquette de romancière pour prendre du recul. J’essaie d’imaginer des histoires où ces expériences deviendraient un moteur, la source de mon inspiration.

Mes traumas deviendraient matière. Du laid sortirait le beau.

J’essaie de trouver ce qui pourrait aussi faire écho chez les autres. Mais je n’y arrive pas encore.

C’est trop tôt. Encore trop à vif.

Même après tout ce temps.

Un jour peut-être.

Ou jamais, sûrement.

💌 Tu viens de lire une lettre de la newsletter Gang de Plumes !

👋 Je m’appelle Sophie Gliocas, j’ai 31 ans, je vis à Paris et je suis romancière. Ici je raconte mon quotidien d’autrice publiée, mais surtout mon expérience en tant que femme désormais trentenaire, ainsi que tout ce qui m’a façonné avant : l’enfance, l’adolescence et puis la vingtaine.

🩷N’oublie pas de liker cette lettre une fois que tu l’auras lue : un micro-geste pour toi, et une grande aide pour moi !

Aucun post

Read the original on sophiegliocas.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.