Vous vous souvenez de “Don’t Look Up” ?
Ce film qui, il y a 4 ans, nous a bien secoués. Une comète qui fonce vers la Terre, et face à elle, notre terrifiante inertie collective.
L’autre jour, j’ai repensé à un concept que j’avais introduit à l’époque : le P.F.H. - le Putain de Facteur Humain.
Ce P.F.H qui fait que oui nous savons qu'il faut changer, mais que nous ne bougeons pas.
Aujourd’hui, je vous emmène explorer nos comportements incohérents, les mécanismes cognitifs qui nous paralysent… mais qui, une fois compris, peuvent devenir de formidables leviers d’action !
Allons jeter un coup d’œil à ce fameux Facteur Humain.
Je suis Sophie Frantz, consultante en marketing et facilitatrice en intelligence collective.
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Le Putain de Facteur Humain est une expression québécoise rendue célèbre par l’illustre astrophysicien Hubert Reeves.
“Le monde humain va dans le mur, il sait qu’il va dans le mur mais ne fait rien, c’est ça le P.F.H. : C’est ce qui fait que l’on ne passe pas de ce qu’on sait à ce que cela implique.”
🎬 Extrait de cette vidéo : Interview Hubert Reeves
Dans Don't Look Up, on voit ce Putain de Facteur Humain partout : le président qui minimise, les médias qui préfèrent parler de célébrités, les citoyens qui continuent leur vie normalement.
Et Leo (le scientifique) qui hurle, s'épuise, face à cette terrifiante indifférence collective.
Malheureusement, vous l’aurez compris, on le vit tous les jours ce P.F.H !
On le vit dans nos quotidiens, face à toutes ces urgences que nous continuons d'ignorer.
Hier, j’ai fait quelque chose que je fais rarement ,j’ai réécouté un de mes épisodes de mon podcast Les Intelligences Collectives.
- et oui, j’ai encore du mal à entendre ma voix ;) -
J’ai réécouté l’épisode #56 avec l’excellent Alban Torette-Dedrie, designer cognitif et co-fondateur de l’association “L’Université du Facteur Humain”.
Et je dois dire que je suis très contente du résultat, franchement, cet épisode est bourré de pépites !
Je reprends d’ailleurs quelques extraits de cet épisode ici, car je trouve la définition du FACTEUR HUMAIN d’Alban limpide et claire.
Voilà ce qu'il nous dit :
“Le facteur humain, c’est la contribution humaine à un événement.”
Il prend un exemple simple : un accident de voiture.
Dans un accident, il peut y avoir :
Des facteurs météorologiques : pluie, verglas, brouillard
Des facteurs mécaniques : les freins lâchent, un pneu éclate
Et le facteur humain : fatigue, distraction, réaction tardive, stress.
Ou : quelqu'un fait un bruit soudain, je sursaute, je donne un coup de volant trop brusque.
Le facteur humain est très souvent lié aux recherches sur l’accidentologie. Mais soyons clairs : nous, humains, sommes équipés d’un dispositif cognitif magnifique qui nous a permis d’évoluer à un rythme phénoménal. Le facteur humain, c’est cette capacité extraordinaire à nous adapter, innover, créer.
Mais face à l’accélération des changements actuels, ce dispositif peut aussi nous limiter.
Pourquoi ? Parce qu’il réagit à 4 limites.
Ces 4 limites peuvent nous paralyser.
Welcome dans le P.F.H., le Putain de Facteur Humain. 😬
Mais - et c’est la bonne nouvelle - en les identifiant et en les comprenant, on peut augmenter sa capacité d’agir et entrer dans le S.F.H., le Super Facteur Humain. 🦸♀️
(Acronyme que je viens juste d’inventer pour cette newsletter 😊)
Les biais cognitifs ne sont pas des bugs. Ce sont des raccourcis de pensée, que notre cerveau a développés pour gérer ses 4 grandes limites.
Dans l’épisode de podcast dont je parlais plus haut, Alban Torette-Dedrie, nous explique ces 4 limites.
Notre cerveau reçoit entre 11 et 12 millions d’informations par seconde. Tous nos sens combinés (vue, ouïe, toucher, odorat, goût) bombardent en permanence notre cerveau de données. Impossible de tout traiter.
La solution du cerveau : Filtrer radicalement.
Le piège :
On ne voit que ce qui confirme ce qu’on croit déjà
On remarque ce qui est répété, même si c’est faux
On accorde plus d’importance aux infos récentes
Dans Don’t Look Up : Les médias bombardent d’informations contradictoires. Le cerveau filtre. Et finit par ne plus voir la comète.
Le cerveau déteste le vide. Il a besoin de comprendre, de créer du lien. Comme un puzzle incomplet, il invente les pièces manquantes pour voir l'image entière.
La solution du cerveau : Combler les blancs.
Le piège :
On voit des patterns - c'est-à-dire des répétitions, des liens de cause à effet, des tendances - là où il n'y en a pas
On trouve des explications simplistes à des phénomènes complexes
On crée des narratifs rassurants plutôt que d’accepter l’incertitude
Dans Don’t Look Up : Face à l’incompréhensible, le cerveau invente des explications rassurantes : “La technologie va nous sauver”.
Le cerveau doit prendre des décisions rapidement car réfléchir coûte de l’énergie.
Et quelle énergie ! Le cerveau représente seulement 2% de notre poids, mais consomme à lui seul 20% de toute l'énergie produite par notre corps.
La solution du cerveau : Prendre des raccourcis.
Qu’on le veuille ou non, notre cerveau décide très souvent de façon non consciente, automatique. On répète ce qu'on connaît, on suit ce qui est familier, on évite ce qui demande trop d'effort.
Le piège :
Ces raccourcis, aussi utiles soient-ils, nous poussent à :
Suivre le groupe plutôt que de réfléchir par nous-mêmes
Choisir l’option la plus facile plutôt que la meilleure
Reporter les décisions difficiles à plus tard (qui devient jamais)
Dans Don’t Look Up : Tout le monde continue sa vie normalement. Pourquoi ? Parce que changer de comportement demande de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Alors le cerveau choisit le statu quo. L’inertie collective.
Notre mémoire est limitée. On ne peut pas stocker toutes les informations de notre vie.
La solution du cerveau : Trier.
Le piège :
On se souvient mieux des émotions que des faits
On reconstruit nos souvenirs (faux souvenirs)
On oublie ce qui ne correspond pas à notre vision du monde
Dans Don't Look Up : Au début, la comète choque. Puis, elle devient normale. Les gens s'y habituent. Ils finissent par ne même plus y penser. Notre mémoire classe les menaces lointaines comme "non urgentes" et les met en arrière-plan.
Nous venons de voir comment ces 4 limites nous paralysent.
Mais voici la bonne nouvelle : ces mêmes limites peuvent devenir des leviers d’action.
Les mouvements qui réussissent ne luttent pas contre ces limites. Ils les comprennent et les utilisent.
Face à la surcharge, le cerveau ne retient que ce qui est simple, répété et émotionnel.
Comment l’utiliser :
1. Un message ultra-simple
"Black Lives Matter" (3 mots). Pourquoi ça marche ? Le cerveau peut le filtrer ET le retenir.
2. La répétition stratégique
Osez marteler votre message sur tous vos canaux. Ce n’est pas du spam. C’est de la pédagogie cognitive.
3. L’ancrage émotionnel
Montrez des visages, des histoires, de l’authenticité. Pas seulement des logos et des statistiques.
Le cerveau veut comprendre pourquoi. Si vous ne lui donnez pas une histoire, il en inventera une (souvent fausse).
Comment l’utiliser :
Racontez une histoire plutôt que d’aligner des faits.
J’aime rappeler cela : les chiffres informent. Les histoires transforment.
Votre mouvement, votre marque, votre organisation ne doit pas être un produit ou un service. Elle doit être une histoire (vraie !) dans laquelle les gens peuvent se projeter.
Ne dites pas : “Notre association lutte contre l’isolement des personnes âgées.”
Mais : “Nous recréons du lien là où il y avait de la solitude. Demandez à Madeleine, 82 ans, qui prend désormais le café avec ses voisins chaque mardi.”
Le premier énonce des faits. Le second donne du sens.
Le cerveau choisit toujours le chemin de moindre résistance.
Comment l’utiliser :
1. Supprimez toutes les frictions inutiles
Chaque clic, chaque formulaire, chaque étape supplémentaire - inutile- fait perdre des gens en chemin.
2. Proposez des premiers pas vraiment très simples
Proposez "Cette semaine, testez un outil collaboratif pour une seule réunion."
Pas "Transformez toute votre organisation en mode agile maintenant".
3. Exploitez le conformisme
“Rejoignez les 1 000 personnes qui...” → Le cerveau se dit : “Tout le monde le fait. Je peux le faire aussi.”
Le cerveau garde les souvenirs émotionnellement forts.
Comment l’utiliser :
1. Créez des moments émotionnels
Les gens ne se souviendront pas de votre argumentaire. Ils se souviendront de comment ils se sont sentis.
2. Ritualisez
Newsletter hebdomadaire, événement mensuel, symbole récurrent. Chaque répétition renforce la mémoire.
Contrairement aux personnages du film qui refusent de voir la comète, nous pouvons encore faire le choix de regarder, de décortiquer, d’agir.
Bien sûr, nous aussi, nous avons nos moments “Don’t Look Up”. Nous sommes tous victimes du P.F.H.
Mais nous avons aussi le pouvoir de transformer nos limites en leviers.
Comprendre les 4 limites de notre cerveau, doit nous aider à en faire nos alliées en :
→ Simplifiant pour être retenu
→ Racontant pour donner du sens
→ Facilitant pour déclencher l’action
→ Marquant pour rester mémorable
C’est ça, passer du P.F.H. au S.F.H. 😊
Le Facteur Humain peut nous paralyser. Mais il peut aussi nous permettre de continuer à évoluer, ensemble !
Alors continuons d’essayer.
De mon côté, je vous donne rendez-vous le 9 mars à 16h pour la prochaine exploration.
D’ici là, venez nous raconter vos expériences, vos déclics, vos questions.
J’adore vous lire.
À très bientôt,
Sophie FRANTZ, consultante en marketing.
LinkedIn : Sophie Frantz
Email : sophie@co-marketons.fr

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