Vous vous souvenez peut-être de cette scène dans le film Matrix où le personnage de Néo découvre les caractères verts qui défilent sur l’écran noir, quand Cypher lui raconte qu’il ne voit même plus les caractères encodés, seulement des blondes, des brunes, des rousses… Cette scène est totalement bullshit. Le cerveau humain ne peut pas gérer ce niveau de décodage et l’exécution d’un programme comme la matrice ne tiendrait pas sur 3 écrans.
Mais on n’est pas là pour lister toutes les incohérences informatiques du cinéma, on y passerait quelques semaines et j’y prendrais bien trop de plaisir. Si je vous parle de cette scène, c’est parce que j’aime ce concept de “savoir lire la matrice”, d’adopter une façon de penser pour comprendre nos outils informatiques en réfléchissant aux algorithmes sous-jacents.
Ça fait bientôt 30 ans que j’ai écrit mes premières lignes de code. J’ai eu la chance de voir les mondes numériques intégrer nos quotidiens en apprenant en même temps comment ces mondes fonctionnent. Aujourd’hui, quand je paye mes impôts en ligne, je pense aux logiques de préremplissage de mes données, je m’imagine l’architecture des services quand je joins par mail un fichier Teams, je visualise la façon dont sont sélectionnées les vidéos qui me sont suggérées quand je doom scroll mon feed Instagram…
Je suis conscient que c’est une déformation professionnelle et que, même si je suis loin d’être un cas isolé, le commun des mortels ne voit pas tout ça. Pour beaucoup, le fonctionnement des outils numériques s’apparente à de la magie (sauf quand ils buguent). C’est d’ailleurs, à mon sens, cette pseudo-sorcellerie qui est à l’origine de beaucoup de fantasmes autour de l’IA Générative.
À travers cette newsletter, j’essaye autant que possible de vous donner quelques clés pour vous permettre, vous aussi, de lire la matrice, d’aller plus loin que les interfaces graphiques, de réfléchir aux systèmes qu’il y a derrière et surtout de comprendre les intentions des puissances (économiques ou politiques) qui implémentent ces systèmes.
Je vous écris cette grande introduction aujourd’hui parce qu’au-delà de l’extraordinaire lectorat de ce blog, je suis persuadé que c’est aussi à nos enfants qu’il faut que l’on apprenne à lire la matrice et à ne pas se laisser aveuglément guider par des algorithmes dont ils n’imaginent surement même pas l’existence.
J’en suis convaincu et j’ai trouvé il y a quelques temps un livre plutôt bien foutu pour comprendre de façon empirique comment fonctionnent les outils qui nous entourent : J’apprends à hacker - A partir de 9 ans: 30 défis pour découvrir la cybersécurité et déjouer le piratage. (Editions Dunod)
Je préfère lever le doute tout de suite, je ne suis pas rémunéré pour l’écriture de cet article, c’est un retour d’expérience authentique, sur un livre que j’ai acheté avec mes propres deniers, que je parcours régulièrement avec ma fille et dont je pense sincèrement qu’il mérite d’être entre les mains de plus d’enfants/ados (et, objectivement, de plus d’adultes également).
Déjà parce qu’il n’a pas été écrit par n’importe qui. À l’origine de ce livre, il y a Sara Sellos, ingénieure militaire, cheffe de département à la DGA1, ex-coordinatrice sectorielle défense à l’ANSSI2 et Nicolas Fouville, analyste cyberdéfense au Ministère des Armées. Autant dire qu’on est globalement safe sur l’absence de bullshit dans les pages du bouquin.
Le livre est très ludique. Il est composé de 30 défis aux difficultés croissantes, classés par catégories (failles web, réseau, culture, crypto…). Chacun de ces défis est proposé sous la forme de travaux pratiques, à faire sur un ordinateur, avec des explications claires et globalement accessibles (il faut parfois prendre un peu plus de temps sur certains concepts). À chaque fois, les situations sont illustrées d’exemples d’exploitation des failles, avec même quelques événements historiques en lien avec l’atelier en cours.
J’aime beaucoup la façon dont le livre rattache chaque défi à des situations réelles pour faire comprendre aux plus jeunes l’intérêt du sujet sur lequel ils sont en train de travailler. Et pour être totalement honnête, plus j’avance dans le bouquin, plus je me dis que beaucoup d’adultes gagneraient eux aussi à faire ces ateliers avec leurs enfants (d’ailleurs il est recommandé d’avoir un adulte pas loin).
Il y a 10 ans, alors que je rêvais de conquête internationale en bloguant en anglais, j’insistais déjà sur le facteur humain dans le hacking. Ce ne sont pas les machines qui sont les maillons faibles de la cybersécurité, ce sont les personnes qui créent et surtout qui utilisent les outils numériques.
Apprendre, même pour se créer un verni superficiel, à lire la matrice, c’est commencer à mieux s’armer contre les risques numériques, qu’ils soient individuels ou collectifs. Avec les enjeux géopolitiques et macro-économiques actuels, je pense qu’il est plus que jamais important de faire disparaitre la magie d’un monde digital toujours plus complexe. Moins de crédulité, pour notre génération et celles à venir, c’est moins de risque et plus de souveraineté dans un monde en tension.
Bref… apprenez aux enfants à hacker, ce sera bénéfique pour tout le monde.
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Je m’appelle Cédric Spalvieri. Blogueur et conférencier, j’ai accompagné ces 20 dernières années la transformation digitale d’entreprises allant de la PME au groupe international. Curieux des mutations que subit notre société, je m’intéresse à la manière dont les évolutions du numérique impactent le monde dans lequel nous vivons.
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