Il y a toujours ce moment un peu flou entre deux saisons. Celui où tu n’as plus envie de plats d’hiver, mais où le printemps n’est pas encore complètement installé.
Et puis certains produits arrivent et coupent court à l’hésitation.
Les morilles font partie de ceux-là. Elles débarquent sans prévenir, restent quelques semaines, et imposent immédiatement leur présence. Un goût profond, presque sombre, qui tranche avec l’envie de fraîcheur qui commence à revenir.
C’est un produit exigeant. Pas seulement en cuisine, mais aussi dans la manière de le penser.
Crues, les morilles sont toxiques. Donc pas de raccourci : on les cuit sérieusement. Une fois bien préparées, il n’y a plus de sujet, mais c’est une base à ne jamais négliger.
Ensuite, il y a deux approches.
Les morilles fraîches, rares et chères, je les utilise plutôt en garniture. Là où leur texture fait vraiment la différence, où chaque pièce compte dans l’assiette.
Pour les plats en sauce, comme ici, je préfère clairement les morilles séchées. Une fois réhydratées, elles libèrent un jus extrêmement puissant, que je réutilise dans la cuisson. Et c’est là que le plat prend une autre dimension : tu ne travailles plus seulement le produit, tu travailles aussi son extraction. Tu construis une sauce avec deux couches de goût au lieu d’une.
C’est un choix volontaire. Moins de démonstration, plus d'impact.
Autour, tout est pensé pour accompagner sans brouiller le message. Une sauce madère pour soutenir la profondeur, et une brioche à l’ail des ours pour apporter du contraste.
L’ail des ours, c’est d’ailleurs l’autre signal de la saison. Une plante sauvage, très éphémère, avec un goût d’ail frais, vert, presque doux. Rien à voir avec l’ail sec. C’est ce qui vient réveiller l’ensemble et tirer le plat vers le printemps.
Un plat de transition, mais sans compromis.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.