Je suis mère d’un enfant de 10 ans, installée à Los Angeles, et ici, j’explore les zones floues - celle entre l’enfance et l’adolescence, et celle que l’on traverse à 40 ans. Chroniques d’une femme, mère et journaliste, qui essaie de comprendre le monde, son monde, alors qu’il part en vrille.
Cet été, alors que j’étais au resto avec mes amis et que notre progéniture avait sa propre table quelques mètres plus loin, le serveur a proposé de prendre d’abord la commande des enfants, âgés entre 6 et 10 ans, avant la nôtre, et ce, afin qu’ils soient servis avant nous.
Je n’avais pas compris la discussion, j’écoutais d’une oreille, et quand j’ai passé la commande, j’ai commandé pour Ezra et pour moi en même temps (Dan n’était pas là).
Les autres parents m’ont alors dit que ce n’était pas ça qui était prévu. Et très spontanément, j’ai demandé pourquoi nos enfants devaient être servis avant nous? Sous le simple prétexte qu’ils sont des enfants?
On nous apprend qu’en avion, l’adulte doit mettre son masque à oxygène avant d’aider son enfant à mettre le sien. Alors pourquoi, au quotidien, oublie-t-on si souvent ce principe?
En prime, comment apprend-t-on aux plus jeunes à faire preuve de patience et à supporter la frustration, s’ils ont tout avant tout le monde tout le temps et que la vie leur est en permanence facilitée?
On avait tous la dalle. L’après-midi était bien entamée et il faisait chaud pour tout le monde.
Je voyais le tableau d’ici.
Nos enfants allaient manger avant nous, et ils allaient venir râler et nous prendre la tête parce que l’ennui et la chaleur alors qu’on aurait à peine entamé notre plat. Donc, en plus d’avoir attendu, on allait devoir se dépêcher.
Nope.
Je suis très heureuse d’offrir de belles vacances à mon enfant. Mais ce sont aussi les miennes.
Mes copines ont eu un petit temps d’arrêt et ont acquiescé, gentiment bousculées.
Au final, personne n’a râlé, les enfants ont attendu sagement.
D’ailleurs, je fais une micro-parenthèse mais on suppose toujours que nos enfants vont mal se tenir, on a peur qu’ils gâchent l’ambiance du groupe. Donc on anticipe.
Chez nous, par exemple, Dan avait une trouille bleue qu’Ezra soit difficile lors de son premier vol en avion qui était notre grand départ pour les USA, en 2017. Il a été adorable, il a quasiment dormi tout le long du vol.
Nos mômes sont capables du pire mais aussi du meilleur. C’est bien de s’en rappeler.
Donc, tout le monde a été servi en même temps et on a tous pris une glace après le repas dans la joie et la bonne humeur.
Ca fait 10 ans que j’assure le job de maman et j’ai l’impression d’être plus sévère que les autres parents. Et à la fois, parfois, je suis vachement plus cool. 😅 Je n’ai pas de juste mesure visiblement.
En tout cas, je vois les regards surpris autour de moi et les petits sursauts intérieurs quand je prends une décision tranchée ou quand je reprends mon fils.
Après l’épisode du resto, j’ai demandé à Ezra s’il me trouvait sévère. Il a tout de suite dit non.
“C’est vrai que par rapport à mes copains, je sais ce que je peux faire ou pas, et quand je peux abuser un peu ou pas, mais moi, j’aime bien. Et mes copains, ils te trouvent cool aussi parce que tu proposes toujours des trucs à faire.”
En fait, je ne suis pas sévère mais stricte. Et à la fois, je suis très présente et à l’écoute.
Attention, j’ai mes ratés, je pète des plombs, je crie. Je dis clairement quand je suis fatiguée ou occupée et qu’il ne faut pas me prendre la tête.
J’ai des règles très précises sur lesquelles la négociation est (presque) impossible.
Et si elle est possible, elle ne doit jamais être larmoyante ou suppliante. On négocie avec des arguments concrets.
Comme pour le reste dans ma vie, je fais les choses naturellement, parce que c’est comme ça qu’elles fonctionnent pour moi. Ce qui fonctionne sous notre toit ne fonctionnera peut-être pas ailleurs. Je ne cherche pas à être un modèle.
Dans les épisodes précédents
La semaine passée, je vous parlais du déchirement permanent que je fais vivre à mon fils avec mes choix de vie à l’étranger. Pas toujours simple de vivre avec la culpabilité que ses larmes provoquent chez moi. Mais ça m’a fait réfléchir à l’amitié.
Concernant mon petit bilan de temps d’écran désastreux (La décision radicale que j’ai prise pour arrêter d’être absente à ma propre vie) et ce que j’ai mis en place pour améliorer ça, je me suis rendu compte d’un truc: vu qu’on est en période de vacances, mettre des horaires sur une interdiction de réseaux sociaux n’a pas de sens. Ma présence en ligne est une partie de mon travail. Et l’été, je travaille… quand je peux. Entre deux portes, en pleine nuit, au petit matin…
J’ai donc suspendu ce que j’avais mis en place mais je ne scrolle pas. Ma désintoxication de deux semaines m’a déjà permis de faire un bon sevrage. C’est déjà ça. Je reprendrai mes actions à la rentrée.
Enfin, n’oubliez pas: profitez de vos vacances sans vous mettre la pression: nos enfants ne retiennent jamais ce qu’on croit qu’ils vont retenir.
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