Le président et COO d’Uber vient de vendre la mèche, et personne ou presque n’a relevé. Au micro d’un podcast, Andrew Macdonald a avoué qu’il lui était désormais impossible de relier les fortunes injectées dans l’IA et ce que la boîte en retire réellement. Sa formule est typique des financiers qui arrêtent enfin de faire semblant : « Ce lien n’est pas encore là. » Détrompez-vous : il ne dit pas que la technologie ne fonctionne pas. Il dit simplement qu’on lui a tendu une facture monumentale, mais qu’il cherche encore la marchandise.
Pourtant, sur le papier, les chiffres ont de quoi faire rêver : 95 % des ingénieurs maison utilisent ces outils au quotidien et 70 % du code est généré par des machines. Sauf que le garant des cordons de la bourse, lui, attend toujours la première fonctionnalité concrète visible pour le client. En à peine quatre mois, ses équipes ont d’ailleurs englouti l’intégralité du budget IA de l’année 2026. Uber a dû couper les vannes en urgence et rationner les accès.
Quand un mastodonte qui aligne 3,4 milliards de dollars par an en R&D sans ciller se met à paniquer devant la facture, c’est que l’addition commence sérieusement à piquer.
L’IA ne coûte rien tant qu’on s’amuse tout seul dans son coin avec l’abonnement d’un autre. Le réveil est beaucoup plus brutal quand on passe à l’échelle de l’entreprise. C’est là que la facture des tokens, le coût brut de traitement des données par les algorithmes, vient joyeusement grignoter les économies de salaires promises au conseil d’administration.
Prenez OpenAI : la boîte affiche une facture Cloud annuelle estimée à 60 milliards de dollars pour seulement 25 milliards de revenus réels. À ce niveau-là, ce n’est plus de la disruption technologique, c’est une machine à détruire de la valeur à l’échelle industrielle.
Surtout que la réalité de terrain est impitoyable. L’employé qu’on a licencié pour faire moderne savait exactement quoi faire lorsque le système s’effondrait à deux heures du matin. L’IA, elle, ne cherche pas de solution : dès que le crédit de jetons est épuisé, elle s’arrête net et vous laisse planter au milieu de la nuit. Les ratés commencent d’ailleurs à fuiter sérieusement.
On parle de Starbucks qui a développé à grands frais une IA foutue d’échouer sur un bête compte de tasses de café. Plus croustillant encore : Microsoft, qui a pourtant indexé toute sa valorisation boursière sur ce narratif, a discrètement débranché l’un de ses outils de codage internes pour ses propres équipes d’ingénieurs. Le grand classique du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Le fossé entre ce que cette technologie coûte et ce qu’elle rapporte est en train de devenir un secret de Polichinelle.
Mais ce gouffre financier n’est encore qu’un problème de mauvaise gestion. Ce qui se trame en dessous relève carrément de l’alchimie, et c’est orchestré à l’échelle industrielle par les plus grands acteurs de la planète.
Pour camoufler le gouffre, la Silicon Valley a sorti de son chapeau un grand classique de la comptabilité créative : le mark-up, c’est-à-dire la réévaluation à la hausse d’actifs non cotés.
Au premier trimestre 2026, Alphabet a ainsi fièrement affiché un bénéfice record de 62,6 milliards de dollars, en hausse de 81 %. Les gros titres de la presse financière ont immédiatement crié au génie, saluant le triomphe du pari de l’IA. La réalité est beaucoup plus grinçante : près de la moitié de cette somme (28,7 milliards) provient uniquement d’un jeu d’écriture sur la valeur d’Anthropic, start-up dans laquelle Google a des billes. Pas une seule action n’a été vendue, et pas le moindre centime de cash n’est entré dans les caisses.
Même formule : Amazon a dégainé exactement le même tour de magie quasiment au même moment. Sur ses 30,3 milliards de dollars de bénéfice net, 16,8 milliards sortent tout droit d’un coup de crayon similaire sur la valorisation d’Anthropic. En clair, plus de la moitié des profits d’Amazon vient d’une simple cellule Excel. Pendant ce temps-là, loin des tableurs, le cash-flow libre réel de la boîte s’effondrait de 95 % pour stagner à un misérable 1,2 milliard de dollars. Tout le vrai pognon a été englouti dans la construction de centres de données géants que l’entreprise ne sait même pas encore comment alimenter en électricité.
C’est le coup de maître de la tech moderne : vous sortez de vrais billets, et vous faites rentrer des gains virtuels.
Le pire, c’est que le mécanisme est parfaitement légal. Dès qu’une start-up boucle une nouvelle levée de fonds, même minime, le prix par action fixé par le nouvel entrant sert de référence automatique pour réévaluer toutes les parts des investisseurs historiques. Vous ne vendez rien, l’activité de la boîte n’a pas bougé d’un iota, mais vos bénéfices explosent sur le papier. L’alchimie du plomb transformé en “or numérique”.
Pour empêcher la machine de caler, la Silicon Valley a industrialisé un procédé fascinant : le Financement Circulaire Incestueux (ou ICF pour les intimes). Et le partenariat entre Google et Anthropic en est une autopsie magistrale.
Google détient environ 14 % de cette start-up. En février, un nouveau tour de table fait magiquement grimper la valorisation théorique d’Anthropic de 183 à 380 milliards de dollars. Sans bouger le petit doigt, la valeur de la participation de Google bondit instantanément de 27,6 milliards de dollars sur le papier, doublant presque son résultat avant impôt pour le trimestre.
Mais le véritable chef-d’œuvre tient à l’art du calendrier. Google s’est engagé à injecter 10 milliards de dollars dans cette levée de fonds, mais n’a signé le chèque qu’au trimestre suivant, en avril. Traduction : la firme a enregistré son immense profit comptable au premier trimestre, avant même d’avoir sorti le moindre centime de ses caisses au deuxième. La suite est encore plus belle : une fois l’argent sur son compte, la start-up s’empresse de le dépenser en louant de la puissance de calcul... chez Google Cloud. Porté par ce recyclage massif, le chiffre d’affaires Cloud de Google s’envole de 63 % sur la période. Brillant…
Admirez la mécanique : Google fabrique son propre bénéfice virtuel, récupère sa propre mise sous forme de chiffre d’affaires, et empoche une solide marge au passage. La seule différence notable avec une pyramide de Ponzi, c’est que cette boucle-ci est validée avec révérence par des auditeurs certifiés.
Ce film, on l’a déjà vu. En 2001, des opérateurs télécoms comme Global Crossing et Qwest s’échangeaient des capacités identiques de fibre optique. Chacun achetait chez l’autre pour le même montant et enregistrait l’opération comme une vente pure et simple. L’objectif ? Gonfler artificiellement la croissance pour exciter Wall Street. C’était une « pratique courante » dans le milieu, jusqu’à ce que la bulle éclate, balayant 54 milliards de dollars d’épargne et laissant des milliers de kilomètres de câbles inutilisés pourrir sous terre.
La seule différence, c’est que ces petits arrangements croisés ont fini par être jugés illégaux. Le tour de passe-passe actuel sur l’IA, lui, respecte scrupuleusement les règles du jeu comptable. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas rassurant, c’est un signal d’alarme majeur. Légal n’a jamais voulu dire stable. C’est simplement qu’aucun régulateur ne peut couper le courant avant que le château de cartes ne s’effondre de lui-même.
Si l’on nettoie les bilans de ces réévaluations virtuelles et du chiffre d’affaires Cloud recyclé en circuit fermé, la croissance réelle sous-jacente de Google retombe à 16 %, loin des 81 % affichés en vitrine. C’est un score tout à fait honorable pour un paquebot de cette taille, mais cela ne justifie en rien une bulle boursière de plusieurs milliers de milliards de dollars.
Les dindons de la farce seront, comme d’habitude, les épargnants. Les fameux investisseurs « copier-coller » qui, en achetant les ETF Tech et autres grands indices les yeux fermés, achètent aussi ces bénéfices fantômes, sans jamais lire les notes de bas de page.
La boucle commence déjà à ralentir : les infrastructures coûtent une fortune en énergie et les clients finaux cherchent toujours le premier centime de rentabilité réelle.
Morale de l’histoire ? Encore une fois, mieux vaut regarder où vous mettez les pieds...
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