Voici le livre disque 33 tours longue durée du Graal Kintsugi et des quatre royaumes de la Fleur 🌷 du Lys
Veuillez tournez la page au son de la clochette 🔔
Il était une fois quatre royaumes qui habitaient la même Terre sans savoir qu’ils formaient ensemble une rose des vents.
À l’Ouest régnait le roi Arthur.
Il était le roi de la Quête.
Ses chevaliers parcouraient les forêts à la recherche d’une coupe mystérieuse appelée le Graal.
Ils pensaient que quelque part, derrière une montagne, une énigme ou un dragon, se cachait quelque chose qui pourrait enfin rendre le monde entier.
Arthur demandait :
« Où est le Graal ? »
À l’Est régnait la reine Shéhérazade.
Elle était la reine du Récit.
Elle savait qu’une histoire racontée au bon moment pouvait empêcher une nuit de devenir définitive.
Chaque soir, elle ouvrait une porte dans l’obscurité.
Elle racontait.
Puis elle s’arrêtait juste avant la fin.
Elle savait que le mystère avait besoin d’un peu d’air pour respirer.
Shéhérazade demandait :
« Quelle histoire sommes-nous en train de vivre ? »
Très loin au Nord, au bord des grandes eaux et des forêts boréales, régnait le roi Jules de Péribonka.
Jules n’était pas seulement roi.
Il était navigateur, inventeur, pêcheur de possibles et cartographe des îles qui n’existent pas encore.
Il connaissait les rivières qui deviennent des lacs, les lacs qui deviennent des mers et les histoires qui deviennent des pays.
Dans son royaume, on racontait qu’il était possible de partir d’un petit village et d’atteindre le centre de la Terre, la Lune ou une île mystérieuse sans jamais vraiment quitter sa chaise.
Car Jules connaissait le secret du Nord :
ce qui paraît éloigné peut devenir proche dès qu’on imagine un passage.
Il regardait les étoiles et demandait :
« Jusqu’où pouvons-nous aller ? »
Au Sud, là où les montagnes descendaient vers les terres chaudes, régnait la reine Ella de Tequenonday.
Ella connaissait un secret différent.
Elle savait descendre.
Descendre sous les apparences.
Sous les certitudes.
Sous les histoires que nous racontons sur nous-mêmes.
Elle connaissait les grottes, les sources, les blessures anciennes et les jardins qui repoussent après les incendies.
Elle enseignait que certaines choses ne doivent pas être conquises ni expliquées.
Elles doivent être accueillies, transformées et rendues fertiles.
Ella demandait :
« Qu’est-ce qui cherche à naître en nous ? »
Pendant très longtemps, les quatre royaumes vécurent séparément.
Arthur cherchait.
Shéhérazade racontait.
Jules explorait.
Ella transformait.
Chacun pensait détenir une partie essentielle du monde.
Et chacun avait raison.
C’était précisément le problème.
Puis, un jour, au centre exact des quatre royaumes, apparut une coupe brisée.
Arthur arriva de l’Ouest.
Shéhérazade arriva de l’Est.
Jules descendit du Nord.
Ella remonta du Sud.
Ils se retrouvèrent tous les quatre autour de la coupe.
Arthur regarda les morceaux.
« Nous devons retrouver la partie manquante. »
Shéhérazade répondit :
« Nous devrions peut-être commencer par écouter son histoire. »
Jules examina la carte.
« Et si la partie manquante n’existait pas encore ? »
Ella posa doucement sa main près de la fracture.
« Et si ce qui manque était justement l’espace entre nous ? »
Silence.
Même Arthur ne trouva rien à répondre.
Ce qui, dans son royaume, constituait déjà un événement considérable.
Ils décidèrent alors de réparer la coupe ensemble.
Arthur apporta le courage de la Quête.
Shéhérazade apporta la puissance du Récit.
Jules apporta l’Imagination des passages.
Ella apporta l’art de la Transformation.
Et quelqu’un trouva de l’or.
Personne ne sut exactement qui.
Peut-être était-il déjà là.
Ils déposèrent l’or dans les fractures.
Ils ne cherchèrent pas à cacher les cassures.
Au contraire.
Ils les rendirent visibles.
Chaque blessure devint une ligne.
Chaque ligne devint un chemin.
Chaque chemin relia deux morceaux qui, auparavant, ne savaient même pas qu’ils appartenaient à la même coupe.
Lorsque la réparation fut terminée, Arthur recula.
« Voilà donc le Graal. »
Shéhérazade sourit.
« Ou le commencement d’une nouvelle histoire. »
Jules observa les lignes dorées.
« C’est aussi une carte. »
Ella ferma les yeux.
« Non. C’est une relation. »
Et tous les quatre comprirent qu’ils parlaient de la même chose.
Arthur comprit alors que l’Occident n’avait peut-être pas besoin de retrouver un monde ancien.
Il avait besoin d’être ré-enchanté.
Retrouver la capacité de rencontrer ce qui ne se réduit pas immédiatement à une fonction, une mesure ou une possession.
Shéhérazade comprit que l’Orient n’avait pas besoin d’être expliqué par quelqu’un d’autre.
Il avait besoin d’être ré-chanté.
Retrouver la multiplicité de ses voix, de ses récits, de ses silences.
Jules comprit que le Nord ne devait pas seulement être exploité, cartographié ou traversé.
Il devait être ré-imaginé.
Comme territoire de possibles.
Ella comprit que le Sud ne devait pas seulement être désiré, conquis ou idéalisé.
Il devait être ré-enraciné.
Dans les corps, les terres, les mémoires et les relations vivantes.
Alors ils placèrent le Graal Kintsugi au centre d’une immense Table ronde.
Mais cette table possédait désormais quatre portes.
À l’Ouest : Arthur
La Quête.
Où allons-nous ?
À l’Est : Shéhérazade
Le Récit.
Quelle histoire racontons-nous ?
Au Nord : Jules de Péribonka
L’Exploration.
Quel passage n’avons-nous pas encore imaginé ?
Au Sud : Ella de Tequenonday
La Transformation.
Qu’est-ce qui peut naître de ce qui a été brisé ?
Et au centre :
Le Graal Kintsugi
qui posait une cinquième question :
« Que pouvons-nous devenir ensemble que personne ne pourrait devenir seul ? »
Ce fut alors que l’on entendit le premier Hymne des Quatre Royaumes.
Arthur chercha la coupe.
Shéhérazade raconta la nuit.
Jules imagina le passage.
Ella transforma la blessure.
L’Ouest fut ré-enchanté.
L’Est fut ré-chanté.
Le Nord fut ré-imaginé.
Le Sud fut ré-enraciné.
Et au centre,
personne ne gagna.
Quelque chose apparut.
Ce quelque chose n’était ni occidental, ni oriental, ni nordique, ni méridional.
Ce n’était pas davantage un mélange où toutes les différences disparaissaient.
C’était une symphonicité.
Quatre voix suffisamment distinctes pour pouvoir réellement jouer ensemble.
Une enfant s’approcha alors de la Table ronde.
Elle observa Arthur.
Puis Shéhérazade.
Puis Jules.
Puis Ella.
Enfin, elle regarda le Graal Kintsugi.
Elle posa la question que personne n’avait encore osé poser :
« Mais qui est le roi ou la reine du centre ? »
Les quatre souverains se regardèrent.
Arthur posa son épée.
Shéhérazade ferma son livre.
Jules replia sa carte.
Ella déposa une graine dans la coupe.
Et ils répondirent ensemble :
« Personne. »
Car dès que quelqu’un possède le centre,
le jeu recommence à se refermer.
L’enfant sourit.
Elle prit quatre petites billes.
Une bleue.
Une rouge.
Une verte.
Une dorée.
Et les fit rouler sur la Table ronde.
Personne ne savait où elles allaient s’arrêter.
C’est ainsi que le jeu recommença.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.