RSS Amplifier

Quoi de mum? · May 30, 2026

#33 Devenir mère malgré la peur, avec Rosa Bursztein

0
Sign in to vote or save

Clémentine et Pauline · Quoi de mum?

Salut les caniculé·es !

💛 Tout d’abord, merci aux personnes ayant participé à notre live spécial “mauvaises mères” avec Judith Duportail cette semaine : on a parlé des trucs trash de la parentalité, mais aussi de la beauté de voir ses enfants grandir, de tips de post-partum et de la difficulté à être potes avec des gens qui ont des valeurs parentales éloignées des nôtres.

C’était super, à refaire !

Cette semaine, on discute avec l’humoriste et autrice Rosa Bursztein, mère d’une petite fille de 7 mois, qui publie le roman La peur au ventre, qu’on a lu et beaucoup aimé. Avec elle, on a parlé d’interruptions spontanées de grossesse, de traumas intergénérationnels et de relations mère-fille.

Quoi de mum - Quand tu n’étais pas encore en couple, tu as beaucoup parlé de ton envie d’être mère, et aussi de la peur de ne pas le devenir. Comment as-tu vécu cette peur ?

Rosa - J’ai commencé à ressentir une grosse pression sociale dès le début de la trentaine. Comme j’étais une éternelle célibataire avec des expériences foireuses que je racontais volontiers, ça rendait à chaque fois plus lointaine la possibilité d’un couple, d’une famille. C’est pour ça que je me suis engagée dans un processus de congélation d’ovocytes, pour avoir le choix plus longtemps. Je m’étais aussi projetée dans le parcours de maman solo. Et puis je pense que je recevais aussi une pression de la part de ma mère, qui voulait devenir grand-mère.

Tu dirais que ton désir de maternité était corrélé au désir de grand-maternité de ta mère ?

Complètement. Maintenant j’ai des amies qui me disent : “T’as de la chance d’avoir une mère qui s’occupe de ton enfant.” Oui, mais peut-être qu’elles ont moins reçu cette pression-là. Ma mère rêvait d’une certaine forme de vieillesse : ne plus teindre ses cheveux, ne plus avoir à satisfaire un boss, mais avoir un bébé à disposition.

Dans La peur au ventre, tu parles beaucoup de votre relation très proche, de vos vacances passées toutes les deux. Comment c’était, de devenir mère en ayant cette mère-là ?

Parfois, je me disais que je ne serai jamais à la hauteur. Ma mère est tellement généreuse, elle s’est sacrifiée. Elle était journaliste, puis elle est devenue pigiste pour avoir le temps de venir nous chercher à l’école, préparer à manger, faire les courses. C’était marrant de voir cette bascule chez une femme qui avait été au MLF (Mouvement de libération des femmes, ndlr), qui avait milité au MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, ndlr). Moi, très tôt, j’avais décidé que je ferais le moins possible de sacrifices professionnels. Je me suis dit : “Je ne cuisinerai pas pour mes enfants et mon mari.” Donc c’est mon mec qui cuisine. Sinon, on ne mange pas.

Mais à côté de ça, ma mère m’a tellement accompagnée dans mes rêves, avec tellement de tendresse, sans secrets, comme une bonne amie. Ça, j’espère pouvoir l’offrir à ma fille.

Tu ouvres ton livre par le récit de l’interruption spontanée de grossesse que tu as vécue. Pourquoi était-ce important pour toi ?

Je trouvais qu’il fallait une place pour des récits plus banals, des peines difficiles à partager et silenciées depuis des années. Dans cette annonce qu’une grossesse s’arrête, j’ai essayé d’être la plus précise possible pour que ça rejoigne un corpus de textes dans le mouvement féministe. Pendant ma grossesse et les fausses couches que j’ai vécues, j’ai découvert la peur, la vraie peur. La vie en suspens. Mais je voulais surtout éviter le pathos. Je savais que j’allais parler de maladie, de mort, de deuil dans ce livre. Donc j’ai essayé de rester sincère dans ma voix, et de couper quand ça devenait trop lourd. Je pense que le stand-up est une bonne formation pour ça. On coupe tout le temps pour aller à l’essentiel.

“Je voulais que ce ne soit pas seulement un livre sur les fausses couches, mais un livre sur les femmes et sur ce qu’on se transmet.”

Dans ton livre, tu évoques aussi des traumatismes intergénérationnels et ce grand-père, le père de ta mère, qui était violent avec sa femme et ses enfants. Est-ce que devenir mère t’a fait revisiter tout ça ?

Je savais que j’avais ce grand-père tyrannique qui a traumatisé ses enfants et ma mère. C’est là qu’est apparue la nécessité d’imaginer la peur qu’avait dû ressentir ma mère enfant. Il n’y a rien de plus cruel que de faire peur à des enfants. Comme je voulais parler du côté dévorant de notre relation fusionnelle, je me disais que je ne pouvais pas raconter ça sans raconter d’où elle vient. À quel point elle est une survivante. Je voulais aussi montrer la banalité de la violence patriarcale dans beaucoup de familles. Les enfants battus, les femmes qui souffrent en silence. C’est un livre pour ma mère, pour ma grand-mère Suzanne aussi, qu’il avait réussi à persuader qu’elle était bête. Je voulais que ce ne soit pas seulement un livre sur les fausses couches, mais un livre sur les femmes et sur ce qu’on se transmet.

Qu’est-ce qui t’a le plus surprise dans ta parentalité ?

Je ne m’attendais pas à ce que ça déchire autant mon couple les premiers mois. J’avais entendu l’expression “don’t split until you sleep” (“ne vous séparez pas avant de dormir”, ndlr), mais je pensais: “C’est les autres, pas nous.” À la fin de la grossesse, on était tellement amoureux. Et puis accouchement difficile, césarienne, post-partum très dur. J’étais handicapée physiquement. Et je voyais son corps intact face au mien. J’étais très en colère contre l’adage du 50/50. Je disais : “Mais non, ce qu’il faudrait, c’est du 90/10.” Déjà juste pour qu’on se remette physiquement. Vers le quatrième mois, j’ai décidé que ça allait fonctionner, notre couple. Sans attendre que ça arrive par magie. Je l’ai décidé presque par orgueil.

Est-ce que la maternité change aussi ton rapport au travail ?

Avoir un bébé me rend anticapitaliste. Avant, j’étais une bonne élève du système. Productive du matin au soir. Et depuis que j’ai un bébé, parfois je me dis : “Ok, ma journée s’arrête à 17h30.” Quand je joue avec elle et que je suis sur mon téléphone, je vois qu’elle n’aime pas ça. Et je me dis, “lâche ça”. Je n’ai jamais réussi à faire de la méditation, mais être parent, c’est apprendre à lâcher. Regarder ton bébé découvrir qu’elle peut faire tourner ses petites mains toute seule et te dire : “Mais est-ce qu’il y a quelque chose de plus beau au monde ?”

Instagram, pour les mères, je trouve ça horrible pour la santé mentale. Tu compares tout, les bébés, les carrières, les chiffres. Ce livre, c’était aussi une réponse à Instagram. Une manière d’écrire sur le seum, la jalousie, la comparaison. Et parfois je me dis que je dois prendre exemple sur ma fille. Quand je vois sa fierté parce qu’elle arrive à attraper ses pieds, je me dis qu’elle a raison !

Laissez un commentaire.

La peur au ventre, éd. Grasset, 272 pages, 22e

Ses prochaines dates de spectacle

Roulement de tambour… Tututut. Nous recevrons bientôt une autre invitée de qualité, Mai Lan et, cette fois, nous lui poserons vos questions. EVARS, consentement des enfants, inceste, violences sexuelles dans le périscolaire (ou tout autre sujet)… Envoyez-les nous par ici :

🇦🇫 Des nouvelles gravissimes d’Afghanistan où la situation ne cesse de se durcir pour les femmes et les filles : peu à peu chassées de l’espace public, celles-ci viennent de perdre le droit au divorce tandis que l’ouverture du mariage aux enfants pubères dès l’âge de 9 ans est en cours, s’inquiète l’ONU.

💻 Quand l’intelligence artificielle s’invite à l’école, dès la maternelle : c’est le cas dans de nombreuses écoles new-yorkaises, au travers de deux programmes, l’un pour la lecture et l’autre pour les maths. Les parents sont en PLS : iels déplorent l’explosion du temps d’écran, la collecte de données biométriques et vocales des enfants, la disparition du jeu, de la créativité et des interactions humaines. Bref, une école transformée en terrain d’expérimentation technologique. [En anglais]

🍿 Bonus : êtes-vous un “parent popcorn” ?

  • 🎧 Pour les adultes : Le docu sonore “Mon fils est devenu masculiniste”, Les Pieds sur Terre, France Culture

    Ce reportage signé Julien Chavanes interroge une mère divorcée (désormais en couple lesbien) et une belle-mère sur ce que l’idéologie masculiniste, basée sur la haine des femmes et la glorification de comportements masculins toxiques, fait à la (belle) parentalité. Dialogue coûte que coûte ou rupture : le sujet interroge la manière de continuer à faire lien avec les jeunes garçons qui embrassent cette culture misogyne.

  • 🍜 Pour les ados : Quand manger te fait galérer, de Camille Ringot et Hugo Saoudi, éd. Vuibert, disponible, 224p, 20e

    Difficile d’aborder l’épineuse question des troubles alimentaires auprès des ados : voici un guide écrit avec délicatesse par deux jeunes psys spécialisés dans les TCA, sans propos grossophobes ni psychophobes. Au travers d’un personnage de fiction dont on suit le journal intime et le quotidien, il permet de rendre concrètes les problématiques de la boulimie nerveuse ou de l’anorexie mentale (les noms scientifiques), de les identifier et de se faire aider, au besoin, et sans honte.

    🌟 Cette semaine, on remercie nos nouveaux soutiens et abonné·es payant·es : Céline M, Marg T, Anabelle M et Angela C. You rock !

    À dans deux semaines !

    Clémentine et Pauline

Read the original on quoidemum.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.