Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter comment le secrétaire à la Défense veut mesurer la testostérone de tous les militaires de plus de 30 ans… y compris les femmes !
Et puis Zeitgeist célèbre les 75 ans aujourd’hui de The Catcher in the Rye, L’Attrape-cœurs de Salinger, ce classique de la rébellion que doivent lire tous les élèves américains.
D’abord cette étrange allocution ce soir.
Les chaînes de télévision ont été prévenues que le président va prononcer ce soir une “adresse à la nation” à 21 heures à Washington. Rien que cette expression donne à l’événement une gravité particulière. Les présidents américains réservent généralement ce type d’allocution aux guerres, aux crises nationales, aux grands tournants de leur mandat. Et Donald Trump, qui n’est pas économe de ses mots, n’a pas vraiment abusé de ce type d’allocutions depuis son arrivée à la Maison Blanche début 2017.
Mais, à quelques heures du discours, personne ne sait exactement ce que Donald Trump va annoncer. Peut-être pas même Donald Trump.
Un conseiller de la Maison Blanche a donné à Axios ce mot venu de la langue française pour décrire ce que le président a prévu de dire.
Ce sera un “pot-pourri”.
“On ne sait jamais de quoi Trump va parler. Il veut simplement parler. Et il veut le faire plus souvent.”
La Maison Blanche souhaite en effet “prendre le rythme” de ces allocutions en prime time, parce qu’elles donnent “un sentiment d’importance” à ce que dit ce président, qui a l’habitude de parler de tout, partout, tout le temps.
Ce soir, l’entourage du président raconte que ce sera un mélange de guerre contre l’Iran, de “tout ce que le président jugera important” et notamment… des élections de 2020.
Oui, selon les mots de Trump lui-même, le cœur annoncé du discours est parfaitement identifiable.
Les élections américaines.
Donald Trump promet de révéler de “très, très grandes nouvelles” sur les machines à voter, les ingérences étrangères et la sécurité du scrutin.
“Notre pays doit se ressaisir. Cela ne peut pas être plus important, parce que sans élections libres et honnêtes, vous n’avez pas de pays.”
C’est irréfutable. C’est pour ça que c’est redoutable.
Car Donald Trump continue de présenter l’élection de 2020 comme frauduleuse, alors que les recomptages, les recours, les tribunaux, son propre ministère de la Justice et les agences de renseignement n’ont trouvé aucune preuve d’une manipulation massive des votes. Les services américains avaient conclu qu’aucun acteur étranger n’avait modifié les inscriptions électorales, les bulletins, le dépouillement ou les résultats.
Des vulnérabilités ont bien été détectées dans certains logiciels électoraux étudiés à partir de quelques machines à voter. Mais aucune preuve n’a montré qu’elles avaient été exploitées ou qu’un seul vote avait été changé.
Selon CBS, “une partie du discours de Trump portera sur des ingérences chinoises dans les élections américaines qui n’avaient jamais été révélées jusqu’ici (…) Certains éléments montrent que Pékin a compromis des données concernant des électeurs américains et que la CIA avait connaissance de cette opération, mais n’en avait pas informé Trump pendant son premier mandat, selon ces sources.”
On verra ce soir, je ne sais pas si tout cela est vraiment nouveau, car il me semble me souvenir (mais je reconnais que tout cela est confus) qu’on savait déjà que la Chine avait tenté d’accéder à des informations sur le scrutin.
Les directeurs de la CIA, du FBI et du département de la Sécurité intérieure, ainsi que des responsables d’autres agences, devraient être présents.
Mais le danger est donc peut-être moins dans ce que Trump révélera que dans la confusion qu’il peut créer.
En mélangeant ces éléments dans un vaste “pot-pourri”, le président peut donner aux citoyens, et particulièrement à sa base électorale, l’impression que l’élection américaine est une mécanique obscure dont personne ne peut vraiment garantir le fonctionnement.
Et c’est cela qui est inquiétant à quatre mois des élections de mi-mandat.
Les démocrates craignent que Trump ne prépare déjà le terrain pour contester d’éventuelles victoires adverses en novembre. Ils l’accusent de “réchauffer des théories du complot réfutées” parce qu’il redoute de perdre.
La menace est-elle réelle ? Oui, si le président utilise les moyens de l’État, les agences de renseignement et la puissance symbolique d’une allocution nationale pour installer l’idée que seules les élections gagnées par son camp sont légitimes.
Une démocratie ne dépend pas seulement de la sécurité de ses machines. Elle dépend surtout de la bonne volonté des perdants (coucou Donald) à accepter leur défaite.
Mais le discours peut aussi accoucher d’un tout-ça-pour-ça recouvert de WTF. S’il se contente de remugler de vieilles rengaines de certaines émissions d’opinion de Fox News ou de recycler des thèses farfelues qui circulent en ligne, avec des documents déjà connus, quelques accusations spectaculaires sans démonstration nouvelle, ce serait alors un coup d’épée dans l’eau.
Et puis il y a l’autre hypothèse, la plus trumpienne (et je ne dis pas ça pour vendre mon livre Armes de distraction massive chez Grasset).
La diversion. La bonne grosse diversion trumpienne.
La guerre contre l’Iran traîne, les frappes se multiplient et la sortie du conflit reste introuvable. En promettant une révélation historique sur une élection vieille de six ans, le président tente de déplacer une nouvelle fois le centre de gravité de l’actualité.
Remarquez, ceci n’empêche pas cela.
Le meilleur moyen de détourner l’attention, ce serait d’allumer un feu autour des élections passées et futures qui agiterait la presse et l’opposition en faisant peser une menace sur le respect de la démocratie avant les prochaines élections. Souvenez-vous du Capitole.
D’ailleurs nous avons assisté à un départ de feu spectaculaire il y a quelques heures au Sénat.
Ceux qui redoutent que Trump fasse basculer la démocratie américaine en refusant le verdict des urnes s’affolent après l’audition du directeur du renseignement choisi par Trump.
On aurait dit une scène de film.
Je vous raconte.

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