J'attends mon avion à Santorin dans une taverna de l'aéroport.
J'ai mis mon hypercrop top parce qu'on sait jamais ...
Comme dirait ma mère, "rien n'est jamais terminé tant que ce n'est pas fini"... À méditer.
Je ne veux pas quitter la Grèce. Je veux retourner à Amorgos. Je veux acheter une maison à Amorgos. Je veux avoir un petite voiture pour me déplacer du Nord au Sud d'Amorgos. Je veux une grande terrasse pour faire des grands dîners à Amorgos. Je veux pleins de chambres pour accueillir plein de copains à Amorgos. Je veux une maisonnette avec une vue mer en plein Amorgos. Je veux passer mes journées nues sur les plages nudistes d'Amorgos. Je veux un bateau au port d'Amorgos. Je veux un frigo rempli de tomates, de pastèque et du fromage des chèvres d'Amorgos. Je veux réfléchir à ma vie depuis le gros rocher de Mouros, la meilleure plage d'Amorgos.
Mais pas seule.
Il est où celui qui veut vivre cette vie avec moi à Amorgos ?
Il est peut être à Santorin, en train d'attendre son avion lui aussi.
Oui, je le sens, il est pas loin.
Il est sûrement assis, tranquille, au comptoir d'un "Souvlaki" choisi au hasard en train d'avaler un gyros. C'est un gyros agneau, cette fois-ci. C'est le seul qu'il ait pas encore goûté depuis qu'il est en Grèce. Sauf qu'évidemment, et il le savait, au bout de 5 bouchées il se dit que l'agneau est très gras et qu'il aurait mieux fait de prendre poulet.
Alors, il laisse 1/3 de son gyros sur le plateau, boit une gorgée de coca original qui était inclus dans son menu et repousse du bout des doigts son plateau rouge pour acter, juste pour lui, la fin de son repas.
Il n'exclut pas de s'offrir un Frozen greek yogurt juste après pour faire passer la pita beaucoup trop bourre kiki.
Marc, il s'appelle Marc. Il a l'âge qu'on donne aux Marc. C'est à dire, 48 ans. Ses potes l'appellent le "vieux loup". Jamais vraiment célibataire, toujours entouré de bons copains et il a tout ce qu'"on" attendrait basiquement d'un homme de sa génération : le permis voiture, le permis bateau, les clés de chez ses parents et de ses 2 meilleurs potes, une paire de chaussons nautiques, une ex qu'il rappelle certains soirs, un panama rapporté d'un voyage à moto de 6 mois en Amérique du Sud, une boîte à cigares pour les grandes occasions, 3 bonnes bouteilles de vin, une assurance vie, des petites remises en questions qui le poussent à s'enfermer quelques week-ends par an, un désintérêt total pour l'astrologie, une sauce worcestershire jamais ouverte, du lubrifiant dans sa table de nuit, 3 boîtes d’Alka Seltzer, un appart à Nice qu'il loue pour rembourser son emprunt, une carte Flying blue Gold qu'il arrive à renouveler tous les ans parce que prendre l'avion ne le dérange pas, au contraire il adore ça, de la semoule fine, un humour bien à lui, un set de couteaux japonais, une passion pour la constellation d'Orion, et un amour inconsidéré pour... la Grèce.
Marc vient de passer 3 semaines dans les Cyclades. Celles que pas grand monde connaît : Donoussa, Koufounissia et Schinoussa.
Mais il était pas seul. Il est parti avec Anna. Anna a sa marque de bijoux qui cartonne auprès des quarantenaires : HANAH.
Peu importe le sens dans lequel tu portes le bracelet, à l'endroit, à l'envers, on voit que c'est HANAH.
Marc a été séduit quand Anna lui a raconté que le nom de sa marque venait de son obsession pour les palindromes.
C'était chez des amis à New York en novembre dernier, à un friendsgiving.
Marc était de passage quelques jours pour un salon professionnel, et avait prolongé son séjour exprès. Anna venait inaugurer son nouveau pop up store pour Noël.
À la fin du dîner, il avait proposé à Anna de la raccompagner. Elle lui avait répondu :
- Je veux bien que tu me raccompagnes mais alors on couche ensemble.
Ce à quoi il avait répondu :
- On couche ensemble que si on part en Grèce ensemble en août prochain.
Elle avait enchéri :
- On part en Grèce que si on fait un bébé dans la foulée.
Marc s'était approché d'Anna pour l'embrasser et du bout des lèvres, un peu tremblant, lui avait murmuré :
- On en fait même 2.
Depuis cette soirée, Marc vivant à Montreuil et Anna à Stockholm, ils s’étaient retrouvés dès qu’ils le pouvaient. Berlin, Marseille, Malaga, Milan, Helsinki… Ils avaient jamais vraiment vécu ensemble mais ils avaient dormi collés-serrés dans 18 lits différents.
Chaque retrouvaille avait des airs de premier date et chaque adieu, de rupture.
Quand ils ne s'envoyaient pas en l'air, ils s’envoyaient des messages pour organiser leur prochaine escapade.
Et puis, la Grèce est arrivée. 3 semaines. 3 semaines ensemble. C'est fou de se dire qu'on peut plus s'engueuler en 21 jours qu'en 10 mois.
Quand Anna veut mettre la Clim, Marc fait des quinte de toux, quand Marc veut finir son bouquin, Anna veut aller voir le sunset, quand Anna veut louer une voiture, Marc veut conduire un scooter, quand Marc enlève ses birk dans la salle de bain, Anna garde ses crocs pour aller pisser, quand Anna veut dîner à 18h pour se coucher tôt, Marc propose un apéro à 19h, quand Marc veut marcher jusqu'au Monastère, Anna veut shopper les boutiques d'artisanat...
Leur relation, pendant ce séjour en Grèce, prend toutes les formes sauf celle d’un palindrome : ils ne vont jamais dans le même sens.
C'est dans une taverna, près du port, en triturant la pita de son gyros au porc que Marc à lâché :
- On va pas le faire ce bébé, hein …
Anna termine sa bouchée de saganaki avant de répondre tristement :
- Non, on va pas le faire.
- La crête non plus l'année prochaine ?
- Je crois pas. Marc, tu penses qu'on en serait là si on s'était pas promis un bébé ?
- Probablement pas.
1h plus tard, Marc prenait un bateau pour Santorin et Anna retrouvait des copines à Mykonos.
Merde ! 15h12, mon embarquement a commencé, faut que je me bouge.
J'ai 5 minutes avant que ça ferme. 5 minutes pour trouver ce vieux loup de 48 ans, fraîchement célibataire et sûrement disposé à s'occuper d'un troupeau chèvres à Amorgos pour produire le meilleur fromage de l'île.
Pas de beau gosse barbu poivre et sel dans les toilettes des hommes côté gate 20-26.
Personne avec un bout d'agneau coincé dans les dents au comptoir des GyrosBar.
Pas de bel homme bronzé au lounge Air France.
Et s'il était déjà monté dans l'avion ?
Et s'il prenait le même avion que moi ?
Evidemment ! Je suis con 🙈 !
ON EST DANS LE MÊME AVION !
Quelle place et quelle rangée dans l'avion il a bien pu selectionner ?
Le Marc auquel je pense voyage avec son seul sac North face taille cabine et déteste faire la queue pour sortir de l'avion et attendre ses bagages.
Il est Sky Priority.
Il a donc choisi une place ... dans les premiers rangs !!
Curieuse, je sors mon billet pour regarder mon siège à moi.
Siège 2D.
"Last call for Miss Penelope Bœuf at gate 24 on the flight Santorini-Paris number TO3551"
C'est pas le moment de faire ta timide Pénouche !
Fonce !

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.