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LOVE STORIES 💘 · Aug 2, 2026

ATTENTION, TU VAS TE TÂCHER !

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Penelope Boeuf · LOVE STORIES 💘

Marseille, 20h

Je viens de sortir d'un drainage lymphatique à l'autre bout de la ville. Il reste 4% de batterie sur mon téléphone et je suis TRÈS en retard.

J'avais rendez-vous avec François à... 20h.

Il doit passer me prendre avec sa voiture son Audi grise décapotable.

- Allo François ! Il me reste 4% de batterie, je sors d'un massage, je suis dĂ©solĂ©e, je fonce chez moi, j'en ai pour 20 min, j'enfile une robe et je suis prĂȘteeeee !!!

- T'es au courant qu'on a rendez-vous maintenant ?

- Ouiii pardon ! Oh la la mais t'es déjà en bas de chez moi ?

- Non, je ne suis pas encore parti !

- Hein ? Mais on avait rendez-vous 20h, non ?

- Oui, mais tu es en retard !

- bah toi aussi du coup !

- On est à Marseille, bébé !

- Ah ok donc t'es pas énervé que ...

Note pour plus tard : 4% de batterie ne suffisent pas pour passer un appel de plus de 30 secondes.

Je chope un taxi Ă  la volĂ©e. 15 min plus tard, je grimpe mes 2 Ă©tages et le stress de faire attendre François trop longtemps fait dĂ©gouliner l'huile de massage le long de mon corps. J'ouvre la porte de chez moi. Heureusement, j'avais laissĂ© la Clim Ă  16 degrĂ©s. On se les pĂšle. J’adore ça.

Je change mon bikini pour un string dentelle. Seins nus, bras Ă©cartĂ©s, position de Jesus sur sa croix, je me poste sous la clim. Meilleure technique du monde pour sĂ©cher et avoir l'impression d'ĂȘtre propre. Ça remplace une douche. La mienne est en travaux depuis 1 semaine. Je vis avec une bassine au pied de mon lit et la Clim en continu. Ca m'aide Ă  me rĂ©adapter aprĂšs 6 mois de backpack en AmĂ©rique du Sud.

J'enfile une robe, met un petit coup rouge Ă  lĂšvres, j'attrape mes clĂ©s, glisse un prĂ©servatif sans latex dans ma coque de tĂ©lĂ©phone et j'Ă©teins la Clim. Aucun intĂ©rĂȘt de la laisser tourner toute la nuit quand je ne dors pas lĂ .Car je n'ai pas prĂ©vu de dormir chez moi.

Ou plutĂŽt : j'ai prĂ©vu de ne pas dormir chez moi. Ça fait longtemps que François me court aprĂšs, longtemps que je n'ai pas eu de folle nuit endiablĂ©e et longtemps que je me dis qu'il faut laisser sa chance au produit.

C'est donc moi qui lui ai proposĂ© ce dĂźner. Et depuis qu’il m’a rĂ©pondu “avec plaisir”, fait 2 jours que je me fais des films sur comment la soirĂ©e va se passer.

J'ouvre la porte de son Audi qu'il n'a pas dĂ©capotĂ©e (pourquoi ?), il est charmant, il sent bon et sa voiture aussi. Pendant le dĂźner, il me regarde avec son Ɠil rieur, je suis intimidĂ©e. Il me plait.

Il me raccompagne en bas de chez moi. On discute, mais la tension est palpable. Il sort de sa voiture, fait le tour, ouvre la portiÚre de mon cÎté et m'invite à sortir.

- J'ai passé une super soirée.

- Moi aussi.

Je me mords la lÚvre de désir. Je regarde les siennes. Sa bouche approche la mienne. Je fonds sous ses baisers. J'essaie de ne pas penser au lendemain parce que je ne suis jamais trÚs bonne pour les lendemains.

Il me souhaite une bonne nuit.

Et je lui dis en me tortillant de dĂ©sir  "on va chez toi?".

Il me regarde, sourit, m'embrasse, il rouvre la portiĂšre de l'Audi et m'invite Ă  m'asseoir.

La suite en quelques mots et sans rentrer dans les détails ?

Douche-déshabillage-préliminaires-complicité-désir-plaisir-coit


Mais bon, tout ça c'est dans ma tĂȘte.

On sait bien que ça ne se passe jamais comme on voudrait que ça se passe.

Voilà comment ça se passe, pour de vrai :

Je claque la porte de chez moi, je descends les marches 2 par 2. Je l'aperçois, Il est lĂ , en warning. Depuis combien de temps il m'attend ? Il ne me le dira pas. En mĂȘme temps, je ne lui demande pas.

Il sort de la voiture pour me dire bonjour. On se hug. Je ne ressens rien. Pas de titillements dans le bas du ventre, ni de rejet. Rien.

Je m'asseois dans son Audi qu'il a décapotée :"t'aimes avoir les cheveux dans le vent si je me souviens bien ?".

Il est fort.

Il y a des miettes de croissant par terre, des emballages de kit Kat dans les portiĂšres et il n'y a pas d'odeur particuliĂšre. Ni douce ni mauvaise.

- On va oĂč, François ?

- Je te dis pas !

- Japonais ?

- Je te dis pas !

- Roh allezzzz

- Tu veux que je te dise ?

- Non, je préfÚre la surprise !

- Alors pourquoi tu me demandes ?

- Au cas oĂč tu cracherais le morceau !

- Donc tu veux savoir ?

- Bah non !

Il rigole.

- Oh my god PĂ©nĂ©lope, t’as pas changĂ© ! Je suis content !

J’aime qu’il soit content que je sois relou. Ca me plaüt qu'il dise qu’il aime mon caractùre. Et ça me plaüt qu’il s'exprime.

On arrive dans ce restaurant "fusion" qui propose le pad thaï du chef Pierre, un canard laqué pekinois et sa sauce à la française, un bobun du languedoc...

J’en ai des vertiges. J'ai jamais compris le concept du restaurant fusion. C'est juste qu'ils galĂšrent Ă  trouver les ingrĂ©dients en France donc ils adaptent la recette originale en fonction de ce qu'ils trouvent et font passer ça pour de la crĂ©ativitĂ©.

C'est comme boire un sirop de Yuzu/grenadine. Ça ne fonctionne pas.

Je garde pour moi mes réflexions sur l'absurdité du concept de la cuisine fusion. François est donc ravi de voir que je suis emballée par les plats proposés à la carte.

Avant mĂȘme de choisir notre plat, il commande 1 grande plate et 1 grande pĂ©tillante.

- Ça te dit en entrĂ©e de partager "le plateau exotique de chaussons frits" ?

- Super !

- Et le canard laquĂ© (70€) a l'air fantastique ! Moi je vais prendre le homard.

Il me met Ă  l'aise pour que je commande ce qui me ferait plaisir.

Je pars du principe qu'il m'invite parce qu'il a toujours refusé que je l'invite.

- Evidemment, je t'invite !

- non François, tu m'invites à chaque fois !

- C'est faux.

- Non c'est vrai. Tu refuses toujours que je paie !

- Je ne refuse pas que tu paies. Je refuse de ne pas payer. C'est différent.

- ....

- Allez, on commande.

Sa conversation ne me passionne pas. Je m'ennuie mĂȘme un peu.

Mais je ne laisse rien paraĂźtre. Je souris, je relance pour ne pas avoir Ă  parler, et je mange. C'est pas dĂ©licieux-dĂ©licieux mais c'est bon quand mĂȘme.

Je tape dans le plateau de nems, j’en trempe un dans une sauce aigre douce et le porte Ă  ma bouche tout en essayant de ne pas faire couler de la sauce sur ma robe. Car Ă  Marseille, je me tiens mal au restaurant. Un pied nu remontĂ© sur la chaise voire parfois les 2, quand vraiment je ne veux pas faire d’efforts ou que je suis trĂšs en confiance.

- Attention, tu vas te tĂącher, il me dit.

J’ai bien entendu là ? Il vient vraiment de me dire "Attention, tu vas te tñcher" ?

Mon ventre se tord, j'arrĂȘte de mĂącher ce mauvais nem industriel sorti tout droit des FrĂšres Tangs, je me fige et je prie pour qu'il n'enchĂ©risse pas.

Est-ce qu'il sait que j'ai 42 ans ? Il sait qu'il n'est pas mon daron ? Il pense que je suis sa fille cachĂ©e peut ĂȘtre ? Il sait Ă  quel point je suis indĂ©pendante ? Il pense vraiment que j'en ai quelque chose Ă  foutre de me tĂącher ? Il se passe quoi si de la sauce aigre douce arrive sur ma robe ? Guerre nuclĂ©aire ? RĂ©volution ? Tsunami mondial ? Attention, tu vas te tĂącher ! Je ne m’en remets pas. Je lui dis moi quand il tape dans son paquet de clopes, “attention tu vas attraper un cancer” ? Non ben non. Il a pas besoin de moi pour le savoir. Bordel. Ça m’a rend ouf.

1 phrase. Il aura fallu une seule phrase pour me dĂ©chauffer. Il a repris ce qu'il disait et j'ai fait semblant de ne pas avoir entendu. Il s’est rendu compte de sa remarque ?

Quand le serveur débarrasse, je prétexte ne pas aimer les mochis alors que c'est un de mes desserts préféré.

François commande un café, tout sourire, pendant que j'essaye aussi d'esquisser non sans mal.

François ne sait pas que je viens de passer dans ma tĂȘte de "je veux rentrer avec lui ce soir" Ă  "PitiĂ©, faites que cette soirĂ©e se termine vite".

Il me raccompagne en bas de chez moi. On se fait la bise. Je le remercie pour le dĂźner. Je me dĂ©pĂȘche de sortir de la voiture. Je suis d’un coup pas trĂšs Ă  l’aise. Je monte Ă  la maison. Merde. J’avais oubliĂ© que la Clim Ă©tait Ă©teinte. Je me mets en pyj, me brosse les dents, sors la bassine - pour cette nuit - et je m'endors en rĂ©flĂ©chissant Ă  ce qui cloche chez moi. Cette phrase en aurait fait vriller plus d’une, non ? Ou c’est moi ? Repenser Ă  la scĂšne me fout les poils. Ça m’irrite.

Ça fait 10 jours que ce düner a eu lieu. Je n'ai toujours pas de nouvelles de François. Je n’en demande pas mais je m’interroge :

Est ce qu'il n’aurait pas apprĂ©ciĂ© que je mette le pied sur la chaise ? Ou que je mange comme une sagouine ? Ou encore que je ne sois pas trĂšs bavarde ?

En effet, j’avais pas pensĂ© que lui aussi avait pu simuler "de passer une bonne soirĂ©e”.

Read the original on penelopeboeuf.substack.com ↗

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