Chaque fois que j’ai coaché un formateur ou une formatrice, la personne m’a posé cette question :
Mais comment je fais sachant que là je vais avoir des gens qui ont un niveau de connaissance différent sur le sujet ?
Ou alors une variante :
Est-ce que je dois faire des groupes de niveaux ?
Or, 95% du temps la réponse est non, surtout pas.
Voilà. Tu as la réponse.
Tu dois partir du bas et faire ton cours comme si tout le monde débutait.
Quasiment chaque fois.
Mais pourquoi ?
Y’a quelque chose que j’adore avec le judo c’est la mentalité d’apprentissage. Dans un cours de judo, les élèves de différents niveaux pratiquent ensemble. Les ceintures noires seront contentes de venir faire un combat d’entraînement avec toi. De même elles pratiquent les mêmes mouvement de base que toi.
Je ne sais pas si c’est vrai mais on m’a dit qu’au jujistu brésilien l’ambiance était parfois différente. Que y’avait un peu la notion de tu ne proposes pas de combattre avec une ceinture noire, c’est un privilège, c’est à la personne de te proposer.
Sous entendu c’est un sacrifice pour elle, donc à elle de voir si elle veut perdre un peu e temps avec toi.
Je pense que la meilleure approche est celle du judo. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le fondateur du judo, Jigorō Kanō, était aussi un professeur. Il a même travaillé au ministère japonais de l’éducation nationale. Alors que le fondateur du Jujistu brésilien était plutôt un combattant pur.
Déjà, le problème de la question des niveaux hétérogènes c’est que beaucoup de gens vont surestimer leur niveau.
Une des raisons pour ça c’est ce que Carol Dweck a découvert : y’a des gens qui ont un fixe mindset et ceux qui ont un growth mindset.
En quelques mots, les gens du fixed mindset considèrent que la performance intellectuelle est un truc comme la taille. Une fois passée l’enfance, c’est fini. C’est fixe. Donc si jamais tu as du mal à obtenir une performance c’est que tu es bête. Par conséquent, être expert·e c’est faire les choses facilement.
Alors que les gens du growth mindset considèrent la performance intellectuelle comme un muscle qu’on développe en permanence. Donc c’est justement en faisant des choses toujours un peu dures qu’on évolue.
Les personnes du fixed mindset vont te dire non mais je sais déjà.
Tu sais quoi ? Je n’ai jamais entendu une personne ultra-performante me dire qu’elle sait déjà. Ça vient toujours de personnes moyennes.
Ce phénomène sur la linguistique est sidérante : les gens les plus rigides et qui jugent sur l’orthographe sont souvent les gens qui sont bons mais sans plus.
Parce que… pour être ultra-performant·e il faut apprendre en permanence. Donc une personne qui te dit je sais déjà très souvent c’est juste qu’elle a arrêté d’apprendre.
La personne performante va plutôt te dire j’ai encore plein de trucs à apprendre.
L’autre source de confusion c’est entre expérience et performance. Beaucoup de gens pensent qu’ils sont performants parce qu’ils font ça depuis longtemps.
Plus de 90% des recruteurs et recruteuses que j’ai rencontré n’ont aucune idée de comment faire correctement un entretien donc ils et elles le font n’importe comment, à l’intuition. Pendant des années et des années.
Pratiquer 10 ans de la mauvaise manière ne rend pas performant·e.
L’autre argument pour ne pas faire de groupes de niveau c’est le fait qu’une personne autodidacte va forcément gagner à théoriser sa pratique.
C’était mon cas jusqu’à récemment : j’avais appris la pédagogie uniquement en pratiquant. J’étais fort. C’est la compétence où je suis le plus avancé (avec l’écriture).
Pourtant, me former à la pédagogie a été incroyable. Parce que la théorie ça permet de profiter des centaines d’années expérience des personnes avant nous.
C’est un peu moins vrai si on a déjà suivi une formation sur le sujet. Mais quand on est autodidacte il y a plein de raisons de suivre une formation, même si la majorité des élèves débutent.
Bénéfice #1 : des mots sur tes lacunes
Si une personne a appris en autodidacte elle va forcément avoir un angle mort. Comme les gens qui apprenaient à conduire sans passer le permis. Si personne ne t’explique, tu peux conduire pendant 10 ans sans jamais comprendre que y’a un angle mort dans le rétroviseur.
Bah moi c’est pareil, j’ai enseigné pendant 12 ans sans jamais voir que mon enseignement reposait trop sur mon charisme. Le fait d’avoir des mots sur le problème m’a permis de le régler très rapidement.
Bénéfice #2 : apprendre en transmettant
Transmettre est la meilleure manière d’apprendre. Tu ne maîtrises pas vraiment une compétence si tu n’es pas capable de l’expliquer à quelqu’un d’autre. Donc une formation avec des débutant·es va permettre à la personne de vérifier son niveau de maîtrise. Et surtout, quand elle aura besoin de former une autre personne, elle pourra. Elle ne se retrouvera pas comme moi la fois où on m’a dit de former ma collègue nouvelle formatrice et où je n’avais pas la moindre idée de comment faire.
Bénéfice #3 : augmenter ta vitesse grâce à des templates
Une bonne formation va fournir des templates, des guides pour faire les tâches plus rapidement et plus méthodiquement.
Bénéfice #4 : s’obliger à faire maintenant
La personne a beau avoir un bon niveau, elle sait souvent qu’elle a un truc qu’elle devrait améliorer depuis des lustres mais elle ne prend pas le temps de le faire. Une bonne formation va lui bloquer du temps et “l’obliger” à avancer sur le sujet en question.
Bénéfice #5 : retrouver le goût à son métier
Une bonne formation va booster l’enthousiasme de la personne à faire ce truc qu’elle sait déjà faire. Pendant les 3 mois qui ont suivi la formation à la pédagogie que j’ai suivie en 2023, j’avais grave envie d’aller sur le terrain tester les nouvelles choses que j’avais apprises !
Si tu fais une formation en descendant, une grande conférence interactive, alors tu vas perdre une partie des bénéfices.
D’ailleurs, c’est pour ça que tu te poses la question. Tu te dis que tu ne peux pas faire le même cours à une audience de débutant·es et une audience expérimentée, parce que tu donnes des conférences.
Dans ce cas oui, c’est sûr que ton audience expérimentée risque de s’ennuyer à certains moments.
Mais maintenant imaginons que l’essentiel de la formation se déroule dans des exercices en petit groupe. D’un coup, chaque groupe va avoir une expérience différente de la formation. Parce que tu ne vas pas dire pareil dans tous les groupes.
Tu vas justement pouvoir ajuster ton discours en fonction des enjeux que chaque groupe rencontre.
Une des solutions pour ne plus avoir à te poser cette question du niveau c’est de passer au Cohort-based learning.
C’est un gros mot pour dire que les élèves vont mener à bien un projet proche de leur contexte réel de travail, au sein d’une “promo”. Tout le monde commence et finit en même temps.
Et justement, c’est ce que je te propose. Une formation sous ce format. Pour faire plus court que Cohorte-Based Learning j’ai appelé ça un Bootcamp (c’est le mot le plus souvent utilisé).
Ça s’appelle :
Concevoir des formations que les gens appliquent VRAIMENT. La Méthode APS.
Et si tu veux voir à quoi ça ressemble, j’en ai parlé hier dans un autre email (que tu as déjà vu si tu es aussi abonné·e à ma newsletter principale). Si ce n’est pas le cas tu peux cliquer sur le rectangle ci-dessous pour le lire :
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