RSS Amplifier

Olivier Kamitatu's Substack · Aug 3, 2026

La République avant nous

0
Sign in to vote or save

Olivier Kamitatu · Olivier Kamitatu's Substack

Pendant deux ans, l’opposition congolaise s’est rassemblée autour d’un refus : celui de voir la Constitution sacrifiée aux ambitions d’un homme. Ce combat lui a donné une unité inattendue. Mais voici venu le moment où il ne suffit plus de dire non. L’heure approche où elle devra démontrer qu’elle est capable de construire une réponse commune à la plus grave crise que traverse notre pays depuis deux décennies. Cette épreuve sera autrement plus difficile. Car il est toujours plus simple de s’opposer à un pouvoir que de s’accorder entre opposants.

Il existe des moments où l’Histoire cesse de distribuer des rôles pour commencer à distribuer des responsabilités.

Ce moment est arrivé.

Pendant des mois, nous avons combattu une même dérive. Nous avons refusé qu’une Constitution née du suffrage universel soit remplacée par la volonté d’un seul homme. Cette bataille nous a réunis malgré nos différences. Elle a montré qu’il existait encore, au Congo, une frontière que les ambitions personnelles ne pouvaient franchir : celle de l’État de droit.

Mais cette première victoire appelle une seconde. Car empêcher une faute n’est pas encore proposer un avenir.

L’opposition congolaise arrive aujourd’hui devant sa propre épreuve de vérité. Non plus face au pouvoir. Face à elle-même.

Le dialogue n’est pas cette épreuve. Notre véritable épreuve lui est antérieure. Elle consiste à démontrer que nous sommes capables de nous entendre sur les règles avant de nous affronter sur le pouvoir. Si nous échouons à nous accorder sur la méthode, alors nous n’aurons aucun droit moral d’exiger du pouvoir qu’il respecte demain les règles que nous sommes incapables de respecter entre nous.

Car il existe une illusion dont l’opposition congolaise doit désormais se défaire : croire que l’unité suppose l’unanimité. Elle ne l’a jamais supposée. Elle ne la supposera jamais. Une démocratie ne naît pas de l’effacement des divergences. Elle naît de la volonté de les organiser dans le respect de règles communes.

Pendant que le calendrier diplomatique s’accélère, les médiations se croisent, les propositions se multiplient et les échéances se rapprochent, une seule question demeure : l’opposition est-elle prête à l’épreuve qu’elle réclame depuis deux ans ? Les Églises ont parlé. L’Union africaine s’active. Les médiateurs avancent. Le pouvoir prépare sa réponse. Et l’échéance du 15 août, que nous avons fixée nous-mêmes, sera là dans quelques jours.

Pendant que nous débattons de procédures, des familles fuient encore sur les routes du Nord-Kivu, des enfants grandissent dans les camps de déplacés et des villages cessent simplement d’exister. Le Congo, lui, ne peut plus attendre que nous terminions nos désaccords.

Dans ce paysage mouvant, un événement mérite davantage d’attention qu’il n’en a reçu.

Le courant politique réuni autour de l’ancien Président Joseph Kabila vient de publier sa propre déclaration. Elle énonce sept exigences : une médiation neutre appuyée par l’Union africaine et les Nations unies, une inclusivité sans exclusion ni condition sélective, un pays tiers, un ordre du jour arrêté d’un commun accord, le respect de la Constitution et de la limitation des mandats, le caractère contraignant des résolutions, un mécanisme de suivi international.

Elles rejoignent, sur leurs principes essentiels, celles que nous défendons depuis plusieurs semaines.

Il ne s’agit pas d’en partager toutes les analyses. Il ne s’agit pas davantage d’effacer quinze années de divergences. Il s’agit de constater un fait politique et de reconnaître qu’à certains moments de l’histoire, la valeur d’un texte se mesure moins à l’identité de celui qui le signe qu’à la solidité des principes qu’il défend.

Il arrive parfois que l’histoire politique avance moins par les rapprochements entre les hommes que par les convergences entre les principes. C’est précisément ce qui vient de se produire. Pour la première fois depuis longtemps, des familles politiques qui s’opposent sur presque tout commencent à converger sur l’essentiel : les règles qui doivent précéder tout dialogue. Ce n’est pas encore un accord. C’est déjà un événement politique.

Lorsque des adversaires d’hier commencent à employer les mêmes mots pour défendre les mêmes règles constitutionnelles, il serait irresponsable de regarder ailleurs.

Ce qui doit unir l’opposition n’est pas son projet de société. Ce sont les règles qui permettront demain aux Congolais de choisir librement entre ces projets.

Ces règles, nous les avons toutes énoncées, chacun de son côté, et sans nous être concertés : une médiation neutre et indépendante, un lieu qui garantisse à chacun la liberté de parole et la sécurité, des critères de participation objectifs arrêtés à l’avance et appliqués à tous, l’intangibilité de la Constitution et du calendrier électoral, des résolutions contraignantes, un mécanisme de suivi vérifiable.

Voilà notre terrain d’entente. Il est étroit. Il est suffisant.

Les programmes pourront s’opposer. Les ambitions pourront s’affronter. Nous n’avons pas vocation à penser la même chose. Nous avons le devoir de protéger ensemble le droit des Congolais à choisir entre nos différences.

Nous ne pouvons pas encore nous accorder sur la maison. Nous pouvons déjà nous accorder sur la porte.

Qui l’ouvre. Qui y entre. Qui garantit qu’elle ne sera refermée sur personne. Car avant de partager une maison, encore faut-il accepter d’en franchir ensemble la porte.

Et puisque chacun sait quelle interrogation se dissimule derrière ce mot d’inclusivité, posons-la.

Faut-il parler à ceux qui portent aujourd’hui les armes contre la République ?

Je réponds oui, et je le dis sans détour, parce qu’aucune guerre au monde n’a jamais été arrêtée en refusant de parler à ceux qui la font. Mais que nul ne se méprenne sur le sens de cette réponse.

Participer n’est pas être reconnu. Participer n’est pas être absous. Participer n’est pas légitimer les moyens employés. Participer, c’est accepter que la paix commence par le dialogue sans que la justice renonce à ses droits. Participer, c’est accepter que personne ne puisse imposer seul l’avenir du Congo.

Je ne légitimerai plus jamais une rébellion armée contre mon pays. Les responsabilités pénales individuelles demeurent entières, aujourd’hui comme demain, devant quelque juridiction que ce soit. Nul n’est blanchi par le fait d’être assis.

Mais l’inclusivité n’est pas une faveur que l’on consent : c’est une règle qui lie celui qui convoque. Le jour où nous admettons qu’une seule partie décide de la liste des invités, nous avons déjà perdu — car rien ne l’obligera à s’arrêter à ceux que nous acceptions d’écarter.

L’opposition n’est pas appelée à devenir une coalition. Elle est appelée à devenir une garantie. Non pas la garantie de la victoire d’un homme. La garantie que demain aucun homme ne puisse confisquer la victoire des autres.

Une opposition ne devient une alternative que lorsqu’elle accepte de défendre ensemble les règles qui permettront ensuite aux citoyens de choisir librement entre ses propres différences.

En 2016, nous avons cru qu’une opposition unie contre un homme était déjà prête à gouverner ensemble. On dit souvent que le Rassemblement est mort de ses divisions. Ce n’est pas exact. Il est mort d’avoir prétendu ne pas en avoir. Voilà la leçon que nous n’avons plus le droit d’ignorer.

L’Histoire offre rarement une seconde occasion de réparer les erreurs de la première. En 2026, elle nous en offre une. Rien ne dit qu’elle en offrira une troisième.

Ce que je propose tient en peu de mots.

Avant le 15 août, un texte unique, limité à la méthode : la médiation, le lieu, les critères de participation, l’intangibilité de la Constitution et du calendrier électoral, le caractère obligatoire des résolutions, le mécanisme de suivi. Rien d’autre.

Signé par chaque formation sous son propre nom, par ordre alphabétique et sans préséance. Pas au nom d’une coalition : ce que nous ferons ce jour-là dépasse les regroupements de circonstance, et chacun doit pouvoir y venir sans craindre d’être absorbé.

Assorti de l’engagement qui rendra notre parole croyable : ne rechercher aucune position de pouvoir en dehors des urnes, ni transition, ni partage de postes, ni prolongation d’aucun mandat, y compris ceux que nous pourrions être appelés à exercer.

Et comportant enfin un article où nous inscrirons nous-mêmes ce qui nous sépare, afin que nul ne puisse un jour s’en servir contre nous. Un désaccord écrit cesse d’être une arme. Il devient une question à porter à la table, et non contre la table.

Nous demanderons dans le même mouvement que les documents qui décident aujourd’hui de l’avenir constitutionnel du pays soient rendus publics. Deux textes circulent entre cabinets et chancelleries, et le peuple dont ils règlent le sort n’a pas le droit d’en lire une ligne. Cette exigence ne coûte rien et ne souffre aucun argument.

Si nous échouons, chacun conservera ses arguments. Ils seront tous excellents. Ils ne pèseront rien devant l’Histoire.

Car celle-ci ne retiendra qu’une seule question : lorsque la République vacillait, avons-nous été capables de la placer au-dessus de nous-mêmes ?

Une République ne meurt jamais parce que ses adversaires sont trop forts. Elle meurt lorsque ceux qui prétendent la défendre deviennent incapables de défendre ensemble ses règles.

Voilà l’heure de vérité. Voilà pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, la République doit passer avant nous.

Aucun post

Read the original on olivierkamitatu.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.