La chaleur. Nous sommes accablés non ? Perso, je le suis depuis le début de l’été.
Ok j’ai vu les glaciers fondre. Ok j’ai lu, j’ai entendu, j’ai compris. Mais vivre la canicule cet été 2026, à l’hôpital, c’était une expérience vraiment douloureuse. Je veux l’écrire pour mieux me souvenir. En tapant ces mots, je me plains bêtement alors que des millions d’êtres vivants sont morts de la chaleur et des flammes. En juin, 5764 décès en excès d’après Santé Publique France. Ce nombre de gens, c’est un peu comme si tous les patients qu’on opérait dans mon service étaient morts pendant deux ans de travail. Ca frappe l’entendement.
Je suis donc en colère.
Je reconnais l’émotion. Maintenant il s’agit d’en faire quelque chose pour éviter qu’elle ne mute en une saloperie de rumination anxieuse.
On connait les leviers pour mitiger les choses, je ne vais pas vous pondre un texte moralisateur, parfois ça défoule, ça fédère à la marge, mais je ne crois pas trop à ça.
Je voudrais aussi vous partager ma culpabilité d’avoir tant participé à des émissions de gaz à effet de serre. J’ai du mal à comprendre les ressorts psychologiques qui me pousse vers cette émotion. Je pense que l’empathie joue un grand rôle. Mon histoire, mon héritage, mon travail ont nourri cette sensibilité. Il m’est très difficile de prendre dans la gueule ces températures étouffantes. Le retour de flamme.
Le fardeau est allégé de quelques picogrammes en écrivant. Je peux mieux bouger. Les actions comptent.
Avant qu’on ne crève de chaud, au sens littéral, pardonnez la réalité, j’ai eu la chance de rejoindre le supermarché coopératif Superquinquin sur Deule cette année. C’est un projet à taille humaine où l’objectif pour moi au départ était de tisser des liens, sur LinkedIn j’aurais pu écrire : “étendre mon réseau”… mais aujourd’hui, je vois beaucoup d’autres bénéfices secondaires, dont celui de manger des aliments que je pense plus qualitatifs. Notre coopérative propose en effet beaucoup de produits bio à des tarifs plus abordables qu’ailleurs ce qui a nettement augmenté la proportion de produits bio de notre panier. (Si j’ai les mêmes moyens qu’avant, je refusais l’idée d’être facturé de façon exagérée sous prétexte qu’une clientèle aisée implique augmentation drastique des marges…) Si vous êtes dans la métropole lilloise, venez nous rencontrer chez Superquinquin !
Parmi les autres actions, pardonnez le quasi oxymore, mais il y a la lecture. Particulièrement des écrits naturalistes comme ceux de Vinciane Despret. Parfois, lire sur la nature me fait l’effet de lire de la science-fiction tellement le vivant est incroyable. Allez donc lire dans Dieu, Darwin et n’importe quoi qu’une certaine plante arrive à copier le feuillage de sa plante hôte ou pourquoi les gazelles font de tels bonds comme un pied-de-nez aux prédateurs ? Si vous aimez la prosodie belge autant que moi, vous ne pouvez qu’être archi séduit par ses interventions en podcasts sur Radio France et ailleurs.
J’ai aussi beaucoup aimé lire sur les tortues et encore plus sur les requins…
Je vous dis ça, non pas pour vous conseiller une échappatoire intellectuelle, mais parce que je pense sincèrement que plus on découvre le vivant, plus on ne peut que l’admirer. J’espère ainsi qu’on soit plus enclin à laisser leur place aux autres, à essayer de mieux les comprendre, à descendre un peu de notre piédestal (en carton) pour observer tel Jean-Baptiste Favre, l’entomologiste, et s’écrier : “tout est intéressant pourvu qu’on s’y intéresse !”
Voilà donc les deux parades que je vous propose : observer et coopérer.
Est-ce que je vous souhaite un bel été pour finir le billet ?
Sofiane Pamart m’a aidé à écrire cet article avec mon petit corps d’Homo sapiens.

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